COMMENCEMENTS DE LA GUERRE DE SEPT ANS
aux premières des opérations qui avaient été décidées pour l'amélioration de la navigation de la Loire, s'occuper des travaux résolus par l'arrêt du conseil du 22 avril, et examiner les moyens de ranimer le commerce nantais (']. Puis il descendit la Loire et suivit les côtes jusqu'à Port-Louis, examinant l'emploi des fonds votés pour l'amélioration des ports, et s'occupant déjà des mesures à prendre pour la défense du littoral, caria tension de nos rapports avec l'Angleterre rendait bien douteux le maintien de la paix. Ces différents soins l'obligèrent à prolonger son séjour, qu'il avait d'abord eu l'intention de borner à trois mois, et il ne quitta la Bretagne qu'en décembre.
La gravité toujours croissante de la situation extérieure lui fit donner l'ordre d'y revenir dès le P" mars 1756. 11 s'agissait de mettre les côtes en état de défense et de surveiller l'exécution des ouvrages dont il avait lui-même indiqué la place l'année précédente : lâche difficile, car tout manquait en fait d'armes et de munitions, et la bonne volonté peut-être encore plus que tout le reste (') . En conséquence, de mars à
(') Une lettre qu'il adressait au contrôleur général le 24 août 1755 (H. 636) montre à quoi point il était préoccupé de cet ordre d'idées, à la différence de tant de grands seigneurs du temps qui ignoraient ou méprisaient des intérêts de cette sorte : « Le découragement oîi j'ai trouvé les négociants m'a touché sensiblement » parce que je crois que le bien de l'Etat dépend d'eux et qu'eux seuls peuvent » procurer les vraies ricliesses d'un royaume. Le danger où ils sont d'être pris au » dépourvu k la première brouilierie qui s'élève entre la France et l'Angleterre et » de perdre en un instant le fruit de leurs travaux, les dégoûts auxquels leur pro- » fession est exposée, le peu d'agrément qu'elle leur procure, les obstacles conti- » nucis qu'ils essuient dans leur commerce, font qu'ils ne se sont occupés que des » moyens de faire promptement une fortune médiocre pour se retirer ensuite et » entrer dans la classe des rentiers, gens aussi inutiles qu'à charge à l'Etat. C'est » le parti qu'ont pris la plupart des fameux négociants de Nantes, et le reste suivra » bientôt ce mauvais exemple s"i!s ne sont soutenus, encouragés et protégés effi- » cacement. Le commerce de Nantes qui pourrait être le plus florissant de l'Eu- » rope et faire entrer des richesses immenses dans le royaume se trouvera avant » peu entre les mains de petits négociants qui n'ont ni les talents ni les fonds >) nécessaires pour être utiles à l'Etat.... J'ai fait tout ce qui m'a été possible pour
» ranimer cette chambre de commerce, pour l'assurer de votre protection
» Quelques-uns, parmi lesquels je dois vous nommer le sieur Montaudoin, m'ont » promis de continuer à travailler et m'ont communiqué en même temps plusieurs » idées sur les moyens de rendre leurs travaux plus faciles et plus avantageux à » l'Etat. J'aurai l'honneur de vous en rendre compte.... »
(*) Lettre de i\L d'Aiguillon à Belle-Isle (24 mars 1756, Arch. marine, B* 74, fol. 55). D'Aiguillon s'y plaint vivement du mauvais vouloir de l'intendant de la marine à Brest, et recommande que les ordres à lui envoyés pour fournir armes et munitions soient si précis qu'il lui soit impossible d'en éluder l'exécution. Il
juin 1756, il parcourut les côtes depuis la Loire jusqu'au Mont Saint-Michel, fit armer et approvisionner 193 batteries comprenant 996 canons et 35 mortiers, puis il eut à s'occuper de l'établissement près de Saint-Malo d'un camp de plus de 12,000 hommes, réduit ensuite à environ 7,000 sur les vives instances de la commission intermédiaire, qui avait été décidé en vue d'opérations offensives à tenter contre les iles anglonormandes et peut-être même contre l'Angleterre, auxquelles du reste on renonça. Après avoir commandé ce camp pendant deux mois, il entreprit une seconde tournée générale, où il acheva d'assurer la défense du littoral. Au début de l'année d'Aiguillon considérait comme impossible que les Anglais fussent repoussés, s'ils faisaient quelque tentative en Bretagne : à la fin d'octobre tout était en état, et il regardait la sécurité de la province comme assurée ('). Ce fut seulement après tous ces voyages, d'autant plus fatigants et onéreux qu'il emmenait à sa suite une quarantaine de personnes, ingénieurs et officiers, et lorsqu'il eut reçu un congé régulier, qu'il revint à Versailles recevoir les instructions du ministère pour la prochaine tenue des Etats.
Parmi les mesures qui datent de cette époque, une des plus importantes fut certainement la réforme de la milice gardecôtes. Jusqu'alors, en vertu de l'ordonnance d'août 1681 et d'un règlement du 28 janvier 1716, dans les paroisses situées à moins de deux lieues des côtes, tous les hommes de 16 à 60 ans faisaient partie de la milice garde-côtes, et, à ce titre, étaient astreints à se fournir d'armes et de munitions. Aucun service n'était exigé d'eux ; aussi cette milice ne pouvait-elle fournir que des ressources militaires de valeur nulle, ou tout au moins fort médiocre, comme on ne l'avait que trop vu lors de la tentative des Anglais sur Lorient en 1746. D'Aiguillon jugea utile de modifier ce système, de manière à rendre moins lourdes les obligations des habitants et à en tirer meilleur service. Il fit rendre pour la Bretagne l'ordonnance
demande en même temps l'établissement, sur diverses parties de la cùte, de croisières, dont les ofTIcicrs de marine se souciaient peu. « Ils aiment mieux, écrit-il amèrement, rester tranquilles dans une rade que d'être en mer exposés au mauvais temps, d'autant qu'ils ne seront ni mieux ni plus mal récompensés, de quelque façon qu'ils se conduisent. •>
(•) Lettre du 24 mars 1756, déjà citée, et lettre du 23 octobre (Arch. guerre, 3421), où d'Aiguillon se montre beaucoup plus optimiste.