‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 18 sur 174 · RÉFORME DE LA MILICE GARDE-CÔTES · texte numérisé non relu

RÉFORME DE LA MILICE GARDE-CÔTES

du 25 février 1756, qui restreignait à 10,000 le nombre des hommes assujettis au service de la garde-côtes, pendant cinq ans, ordonnait qu'ils fussent rassemblés sfx jours par an pour s'exercer, leur attribuait pendant ce temps une solde dont une imposition levée sur les habitants exempts devait faire les frais, et donnait aux milices une organisation vraiment militaire par la constitution de cadres réguliers : des officiers devaient être nommés par le roi et pourvus d'appointemenls fixes. La Bretagne fut divisée en 20 capitaineries générales, dont chacune devait fournir un bataillon de dix compagnies, chaque compagnie comprenant 50 hommes, 25 fusiliers et 25 canonniers. Un inspecteur général ayant rang de colonel (') et 3,600 1. d'appointements était mis k la tête de toute la garde-côtes et avait sous ses ordres les 20 capitaines généraux, les majors et aide-majors. On eut ainsi une troupe organisée, au lieu d'une cohue; les 60 ou 65.000 1. nécessaires pour le paiement des états-majors et des soldats coûtaient moins cher aux paroisses que l'obligation où elles étaient jusque-là de se fournir d'armes et de munitions; et les intérêts de l'agriculture étaient mieux sauvegardés par l'appel, à de lointains intervalles, de 10,000 hommes, que lorsque 90 ou 100,000 pouvaient être sous le coup d'une mobilisation. Mais toute innovation était contraire au génie breton, et cellelà surtout, qui soumettait à une autorité régulière et à une règle fixe une organisation abandonnée jusqu'alors à l'arbitraire des gentilhommes dans les paroisses, et qui astreignait les officiers de la garde-côtes à un service régulier. Aussi des plaintes s'élevèrent-elles contre le nouveau système, et comme les véritables raisons pour lesquelles on était mécontent ne

(') Ce fut, pendant le commandement de d'Aiguillon, le comte de La Noue, qui devait se montrer un ardent partisan du duc et épouser sa cause, parfois avec un excès de vivacité. Le caractère de cet officier et le dépit de la noblesse bretonne de voir cette fonction occupée par un ami du commandant furent certainement pour beaucoup dans l'impopularité de la nouvelle institution.

Les autres grades devaient être exclusivement réservés à des Bretons, et quand par hasard un ministre songea à porter atteinte à cet engagement, d'Aiguillon ne manqua jamais de l'en dissuader avec la plus grande énergie. Une lettre qu'il a écrite au maréchal de Belle Isie, dans une occasion semblable, le 8 août 1759, est conçue en termes si curieux et montre si bien combien d'Aiguillon était loin d'être pour la Bretagne le tyran intraitable que la légende a représenté, qu'il nous a paru utile de transcrire en entier cet important document historique, — Cf. Appendice I,

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pouvaient être dites, on en allégua de miséral)les. On parlait de la terreur jetée dans l'esprit des habitants par le tirage au sort, et cela quand il n'y avait pas encore eu de tirage, d'Aiguillon ayant consenti en 1757, sur la demande des Etats, à ce que les hommes astreints au service fussent désignés pour la première fois non par le sort mais par les chefs des compagnies : on prévoyait la prochaine dépopulation des 450 paroisses assujetties à fournir les miliciens, et on blftmait d'autre part (fait d'ailleurs inexact) que les miliciens fussent forcés pendant cinq ans de rester dans leur paroisse sans pouvoir la quitter : on prophétisait que les miliciens auraient des occasions de dissipation fréquentes, incompatibles avec le travail et la stabilité qu'exige l'agriculture, que personne n'en voudrait plus pour métayers ou pour domestiques, qu'ils déserteraient le travail des champs pour devenir faux sauniers et contrebandiers : à quoi d'Aiguillon répliquait que les obligations auxquelles les miliciens seraient soumis étaient au contraire de nature à prévenir le libertinage des jeunes gens et que l'ancien système, obligeant chaque habitant à avoir fusil, baïonnette et cinq coups de poudre et de plomb, risquait au contraire d'amener des fraudes et des meurtres beaucoup plus que le nouveau. Ces arguments étaient décisifs : mais rien ne put réconcilier la noblesse bretonne avec cette innovation et elle continua à s'en plaindre et à exciter contre elle l'opinion dans les campagnes en répandant le bruit mensonger que les nouveaux miliciens étaient destinés à être envoyés en Bohême ou au Canada (').

(') Mémoire contre la garde-côtes, fourni à la connmission intermédiaire par Le Chapelier, substitut des procureurs généraux syndics, et réponse au mémoire de la commission intermédiaire. (Arch. d'Ille-et-Vil., C. 1144).

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