II INTRODUCTION
s'est (Iccliaiiic iivcc le |»liis de violence. Ce peu enviable! privilège appartiendrait iieul-rlrc an du(; (rAiguillon, bien qu'il ait été le plus modéré. El la raison en est simple : d'Aiguillon a été plus tôt, et par conséquent plus longtemps que ses futurs collègues, en butte aux attaques l'iiricuscîs d'un parti particulièrement redoutable par la persistance et l'acharnement de ses haines. Terray n'était i)as encore en vue, et Maupeou, dont la défection prochaine n'était pas soupçonnée, était encore l'idole des Parlements, que déjà d'Aiguillon était signalé par eux à l'exécration publique comme le tyran de la Bretagne, le despote éhonté qui avait prisa tâche de mettre à néant ses libertés traditionnelles, et le persécuteur impitoyable du plus glorieux et du plus vénéré de ses enfants.
Telle est encore aujourd'hui l'idée que l'on se fait le plus généralement de son fameux commandement en Bretagne, et l'on n'a que l'embarras du choix pour noter sous la plume des historiens l'écho de ces accusations formidables. Pour la plupart d'entre eux, d'Aiguillon fut le destructeur de son Parlement et le tyran de ses Etats, l'ennemi vindicatif et haineux de son procureur général, l'instrument contre lui des vengeances jésuitiques. Adversaire d'ailleurs implacable de la Bretagne tout entière, de ses lois, de ses privilèges, de sa noblesse, oppresseur de ses populations, il l'aurait traitée en pays conquis, n'aurait rien épargné pour y étouffer la vie politique qui tendait à s'y rallumer et pour courber la libre Bretagne sous le régime néfaste des pays d'élection; il aurait été par excellence le champion du despotisme dans sa lutte contre l'indépendance provinciale, d'autant plus odieux qu'il aurait apporté dans cette guerre des procédés mielleux et de petites habiletés sournoises, employant l'espionnage, s'efforçant de semer la division dans les corps, dans les ordres, dans les familles, pour arriver plus facilement à ses fins. Avec cela, doué de peu de talent et d'un petit esprit, médiocre comme général, lâche devant l'ennemi. On aurait, au contraire, vite épuisé la liste des historiens qui se sont hasardés à porter de ses actes et de sa capacité un jugement plus favorable (^), et il semble même parfois que ceux qui le défendent n'osent pas aller jusqu'au bout de leur opinion. Tel M. Cruppi, qui dans son beau livre sur Linguet, amené à discuter les charges produites contre d'Aiguillon lors du fameux procès de 1770, en proclame hautement l'inanité, et conclut cependant que d'Aiguillon est un personnage trop suspect, trop ju.stement décrié pour qu'on songe à signer sa réhabilitation, quoi-
(') M. Vatel, dans son Histoire de M'^s du Barry, est le plus remarquable à cet égard.