‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 21 sur 174 · UNION DU PARLEMENT ET DES ETATS · texte numérisé non relu

UNION DU PARLEMENT ET DES ETATS

» les entendre, nous la verrons bientôt revenir à ces conseils » publics qui, exempts de passion, dictés par l'honneur et la » vérité, n'ont jamais eu d'autres vues que l'intérêt de sa » gloire, le bien de l'Etat et le salut des peuples. » Quand d'Aiguillon eut communiqué à la députation chargée de ces remontrances l'art. 4 de ses instructions, qui lui interdisait de recevoir, d'envoyer, ou de souffrir qu'il fût envoyé aucun mémoire relatif au vingtième et où il était dit que rien ne saurait à cet égard modifier la volonté du roi, l'agitation fut grande sur le théâtre et il put avoir un avant-goùt des orages violents auxquels il allait être appelé à tenir tête. « Aujour- » d'hui, écrit l'évêque de Rennes au contrôleur général (•), les » Etats ont repris leur forme naturelle : la déraison poussée » jusqu'à l'absurdité et soutenue avec violence, l'oubli des » égards et de l'honnêteté, la fausseté, l'ingratitude, l'extra- » vagance, la brutalité, tout est en campagne ». 11 fut obligé de lever la séance. D'Aiguillon partageait entièrement ses impressions pessimistes et jugeait inévitable de sévir contre ceux des membres du Parlement qui excitaient leur compagnie et encourageaient la résistance des Etats, leur promettant de ne jamais enregistrer le second vingtième, quoi qu'on fît pour les y contraindre, si l'Assemblée ne voulait pas y acquiescer, et de traiter en concussionnaires et perturbateurs du repos public ceux qui tenteraient de procéder à cette levée avant l'enregistrement. « La province est perdue, écrivait-il » le 31 décembre, et l'autorité du roi anéantie si nous faiblis- » sons, mais le mal serait encore plus grand, s'il est possible, » si, après avoir pris quelque parti ferme et vigoureux, on ne » le soutenait pas... M"*" de Pompadour me mandait il y a » quelque temps que le roi était très déterminé à faire dorôna- )) vant exécuter ses volontés et respecter son autorité. Le mo- » ment est venu où il faut agir en conséquence de cette bonne » et sage résolution ». Et il signalait aux sévérités gouvernementales quatre conseillers auxquels il imputait la principale responsabilité dans les menées parlementaires, notamment MM. de la (iascherie et du Pargo (^). Toujours plus favorable

(>) 28 décembre 1756, 11.336.

(2) Louis Gharelte dp la Gascherie (1712-1787), fils aîné de Louis Charelte de la Gascherie, sénéchal de Nantes, avait une charge de.conseiller au Parlement de Bretagne depuis le 9 août 1737. Ennemi implacable du duc d'Aiguillon depuis les

aux Etats qu'au Parlement, il conseillait de remettre à plus tard la punition de deux ou trois membres de l'assemblée particulièrement turbulents, « parce que le temps des Etats » est un temps de liberté et que toute la province se plaindrait » si on enlevait quelques-uns de ses membres, quoique dans le » fond on fût bien aise d'en être délivré » (').

événements de 1757, il fut toujours à la tête de l'opposition parlementaire contre le commandant. M. du Pargo en voulait à d'Aiguillon parce qu'il l'avait signalé à M. de Saint-Florentin comme impropre à remplir la place de sénéchal de Hennés. Les deux autres, MM. de Guerry, appartenaient à une ancienne famille parlementaire, d'autant plus influente qu'elle avait à la cour la chaude protection de la duchesse de Saint-.\ignan, leur parente. (Lettre d'Ogier, janvier 1768, H. 371). Fort ménagés par le duc en 1757, ils lui en surent gré pendant quelque temps et une lettre que M. de Guerry père adressait au commandant en 1760 est assez curieuse à cet égard. « .Je ne saurais assez vous remercier de tout ce que vous me faites l'honneur de me dire d'avantageux pour ma famille et pour moi ; je vous supplie de ne pas m'oublier dans les apostilles que vous mettrez, je ne dis pas sur la liste, mais sur la litanie que vous enverrez : car, suivant les propos du public, il y en a de plus courtes à l'église : je me suis déjà bien trouvé de celle que vous (fîtes?) sur mon compte, et je n'oublierai jamais les obligations que je vous ai de la façon dont vous en usâtes à mon égard : je vous supplie d'en user de môme dans l'occasion qui se présente, et je suis siir de réussir. » Cela ne les empêcha point de compter en 1764 et 1766 parmi ses adversaires les plus acharnés. D'Aiguillon ne les nommait pas dans sa lettre du 31 décembre et quand Saint-Florentin lui envoya en réponse, le 3 janvier, quatre lettres de cachet pour en faire usage selon les circonstances, deux de ces lettres étaient en blanc, celles qui devaient concerner les deux Guerry : elles ne furent pas utilisées.

(•) De ce nombre était certainement un des représentants les plus curieux de l'esprit de résistance obstinée qui animait la noblesse bretonne, Auguste du Groesquer, qui était alors en train de manifester les derniers restes d'une ardeur près de s'éteindre. Il avait environ soixante-dix ans et était aveugle, mais toujours vert d'esprit et de corps, et il venait de le prouver en épousant quelques mois auparavant une jeune demoiselle de quinze ans de la maison de Goyon (lettre de la Boissière, 26 décembre 1756, H. 336). Il y avait plus d'un demi-siècle qu'il faisait aux Etats un bruit terrible, interrompu seulement par de fréquents exils, qui l'avaient mené jusqu'à Berlin et jusqu'en Pologne. Il avait été un des gentilshommes exécutés en effigie en 1720 et désignés en 1726 pour être exclus des Etats. Les lettres de cachet qu'il avait reçues pendant son orageuse carrière ne se comptaient pas : c'était de celles-là qu'il disait plaisamment que le roi lui avait fait l'honneur de lui écrire plusieurs lettres auxquelles il avait eu la prudence de ne pas répondre. Doyen de la noblesse aux Ftats de 1756, il en avait été élu président par intérim le 23 décembre, pendant une de ces indispositions qui affectaient régulièrement à chaque session les présidents titulaires, afin de fournir à quelque membre de l'ordre l'occasion d'attraper la gratification de 9,999 1. 19 s. 11 d. que les Etals accordaient toujours à leurs présidents intérimaires, au grand scandale de d'Aiguillon, qui blâmait ce gaspillage, mais qui d'ailleurs n'osait pas s'y opposer, tant il avait à cœur de ménager les Etats (d'Aiguillon à Clautrier, jjrcmier commis du contrôle général, 28 juillet 1757, H. 459). Dans celte présidence il se montra, au dire de d'Aiguillon, « plus violent et plus déraisonnable qu'il n'était il y a cinquante ans. » Ce fut le digne couronnement de cette existence turbulente : M. du Groesquer

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