‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 22 sur 174 · DÉSORDRE DANS LKS ÉTATS · texte numérisé non relu

DÉSORDRE DANS LKS ÉTATS

En attendant, et pour tirer l'assemblée d'une inaction toujours dangereuse, le duc hasarda, le 31 décembre, la demande, délicate aussi, de la capitation. La réponse fut qu'il y avait une affaire entamée, celle du vingtième, et que les Etats ne pouvaient traiter de deux choses à la fois. L'évêque de Rennes s'empressa de saisir l'occasion que l'opposition lui fournissait bien involontairement et déclara, en clôturant la séance, que les Etats étaient remis au lendemain pour délibérer sur le vingtième. Mais on lui répliqua avec fureur que ce n'était pas sur le vingtième qu'il s'agissait de délibérer, mais sur la réponse du commandant aux remontrances, et en effet, le 1" janvier, le bastion se cantonna obstinément dans cette position pendant toute la journée, qui fut « terrible. » Celle du 2 ne le fut pas moins : « La » noblesse, écrit d'Aiguillon (*), refusa obstinément de don- » ner un avis jusqu'à neuf heures du soir. La plus grande » partie de ses membres, qui étaient successivement sortis » pendant l'après-midi pour diner, revinrent le soir, la tête » fort échauffée : les conseillers du Parlement qui condui- » saient la cabale se glissèrent dans l'Assemblée à la faveur » de l'obscurité de la salle, et y amenèrent avec eux des » avocats et des procureurs qui leur sont dévoués, de sorte » qu'à dix heures le théâtre était plus rempli qu'il ne lavait » été depuis l'ouverture des Etats, plus déraisonnable et plus )) emporté que jamais. Après plusieurs contestations, aussi » absurdes qu'indécentes, on commença à s'ennuyer : les » uns voulaient aller au bal, les autres se coucher; il ne fut )) plus question que de trouver un moyen honnête de se » retirer. » On le cherchait encore lorsque vers une heure du matin l'évêque de Rennes, effrayé d'une pernoctation et de ses suites, prit sur lui de sortir de la salle, par une fenêtre, parait-il, et fut suivi de tout son ordre; ce qui fit dire le lendemain à M. de Régasson, que le premier ordre de la province, après avoir bu et mangé toute la journée, s'était retiré

mourut le 16 janvier 1757. Celait, selon l'évêque de Rennes « le plus grand fou qu'il y eût dans ce pays, où ils sont assez communs. » D'Aiguillon lui reconnaissait de l'esprit et de la capacité dans les affaires, mais déplorait que porté à la faction, et ne trouvant de repos que dans le désordre, <- il eût en tout temps préféré le triste plaisir d'exciler des troubles à celui d'être utile à la province par ses lumières. »

(') 5 janvier, II. 336. — Journal du Commandement, I, 333.

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furtivement de sa cliaml)rc pour regagner son gite. Quand on s'apei'cut de leur retraite, la noljlesse et le tiers ne virent rien de mieux à faire que de se retirer aussi, et remirent la délibération au lendemain, chambres tenantes.

11 fallut encore perdre les journées des îi et -4 Janvier pour arracher entin aux Etats une délibération sur le second vingtième, à savoir l'otl're d'abonner les deux vingtièmes pour 900,000 livres chacun, pour deux ans, sauf dans le cas où la paix viendrait à être conclue avant ce délai, et à condition que la province fût autorisée à emprunter, et à ne pas lever par imposition, la somme de cet abonnement. Cette délibération était inacceptable, à cause de la modicité du chiffre et des restrictions apportées, et d'Aiguillon dut la repousser aJjsolument. Néanmoins iJ considéra comme un grand succès d'avoir enfin mis l'affaire en train, et prompt à l'espérance comme il l'avait été quelques jours auparavant au découragement, il jugea inutile de faire usage, au moins pour le moment, des lettres de cachet qu'il avait demandées et qu'il venait de recevoir. « Je vous promets, mande-t-il à Saint-Flo- » rentin le 5 janvier, que sans abuser de la petite portion » que le roi a bien voulu me confier de son autorité dans » cette province, sans la porter au-delà de ses justes bornes, » je saurai la faire respecter. La cabale parlementaire a reçu » un furieux échec dans les deux dernières séances... Dans » cette position, je crois inutile de faire un éclat aussi grand » que celui de faire enlever les quatre chefs de la faction » parlementaire, mais il faudra bien s'y déterminer si elle » reprend le dessus. Leurs intrigues, leurs menées, leurs » propos séditieux ne font qu'augmenter, mais je pense qu'ils » en seront encore plus punis si leurs compatriotes ne les » écoutent pas et rentrent dans leur devoir, que si on em- » ployait la force pour les réduire. » On voit que ce despote intraitable ne souhaitait rien de plus que de ne pas être obligé de sévir, et qu'il voulait quand même espérer que cette dure extrémité lui serait épargnée. Malheureusement il se trompait : les 5 janvier et jours suivants, au lieu d'entamer de nouvelles propositions pour l'abonnement, les Etats se refusèrent à toute autre chose qu'à faire faire un nouveau mémoire des griefs, et ne voulurent pas davantage entendre parler d'aucune autre affaire tant que celle du vingtième ne

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