‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 26 sur 174 · ARRESTATION DE MM. DE LA GASCHERIE ET DU PARGO · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE MM. DE LA GASCHERIE ET DU PARGO

en corps. Il avait eu soin, de plus, de ne pas faire chauffer l'église. Quand après cette messe solennelle, qui ne dura pas moins d'une heure et demie, tous revinrent au palais, gelés et transis, et désireux surtout de regagner leurs domiciles, le premier président n'eut pas de peine à leur faire entendre qu'ils avaient eu, en général et en particulier, des torts envers le roi, qu'il n'était pas extraordinaire qu'il eût puni ceux qu'il en croyait les auteurs, qu'il ne désapprouverait pas sans doute que la Compagnie lui fit des instances respectueuses eu faveur de ses deux membres, mais que ce serait leur rendre un mauvais service que d'interrompre les fonctions. 55 voix contre 19 décidèrent qu'on ne ferait que des remontrances. Le Parlement se tint désormais pour quitte envers ses deux collègues et après avoir, pour la forme, boudé le commandant pendant quelques jours, messieurs, et surtout mesdames leurs femmes, qui ne tenaient pas à se priver longtemps des banquets et des danses, reprirent en grand nombre le chemin de l'hôtel de Blossac, comme si rien ne s'était passé.

Même métamorphose au sein des Etats où aux orages terribles du 10 succéda le 11, merveilleux elfet des réflexions salutaires qu'inspirait le sort des deux conseillers! le calme le plus profond. D'Aiguillon s'attendait à être obligé de venir sur le théâtre pour faire enregistrer d'autorité la délibération et le greffier ne la lut, au début de la séance, qu'en tremblant : mais pas une voix ne s'éleva; la délibération fut signée par les présidents sans la moindre opposition, et la noblesse, comme les autres ordres, nomma quelques-uns de ses membres pour la députation chargée d'aller demander au duc communication des rôles du vingtième, communication que celui-ci était trop heureux d'accorder. Le lendemain les Etats refusèrent même d'écrire au roi en faveur de MM. de la Gascherie et du l*argo, comme le leur demandait un des affidés du Parlement. Cette conduite exemplaire ne se démentit pas un seul instant les jours suivants.

Quant à la cour, où MM. de la Gascherie et du Pargo comptaient des parents, des amis, et avaient pour eux tous ceux, en assez grand nombre, qui haïssaient le commandant, le petit coup d'Etat que celui-ci s'était permis n'y eut pas un moins heureux succès; et c'était là, peut-être, qu'il était le plus difficile de le faire accepter. Saint- Florentin y parla avec

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aillant de force qu'il en était capable en faveur de son neveu, lit voir que cet exemple était nécessaire, et les protecteurs de MM. de la Gascherie et du Pargo n'osèrent rien dire ('), M"" de Ponipadour, qui était bien revenue, depuis quelque temps, de son ancienne prédilection pour les parlementaires et à qui d'Aiguillon écrivit personnellement pour lui expliquer sa conduite, lui répondit dans les termes les plus flatteurs : « Le roi, disait-elle (*), est très content de votre con- » duite, et je ne puis trop louer votre prudence et votre fer- » meté. Servez-vous en toujours aussi utilement. Monsieur, et » soyez persuadé qu'avec une telle conduite pour les affaires du » roi, vos ennemis ne pourront rien auprès de moi et que c'est » la meilleure façon pour conquérir mon amitié ».

Cependant la commission du vingtième pâlissait sur les documents volumineux que d'Aiguillon s'était empressé de lui faire communiquer. Il s'était bien douté, en lui faisant porter des montagnes de cartons, si vastes qu'elle avait dû louer un appartement exprès pour les placer, qu'elle en aurait vite assez de ce travail fastidieux, et que l'instant serait favorable pour obtenir non pas 1,400,000 1., car il persistait à considérer ce chiffre comme irréalisable, mais 1,240,000 I., le plus, selon lui, que pût donner la régie et qu'on pût demander légitimement aux Etats. En effet, après quelques jours de labeur, la commission n'eut plus qu'une pensée, en finir à tout prix, et le 16 janvier l'évêque de Saint-Brieuc vint en son nom déclarer à l'Assemblée qu'il était difficile, pour ne pas dire impossible, de faire usage des documents fournis par la régie, et que le mieux était de s'en remettre, pour le chiffre de l'abonnement, à la bonté du roi. A peine eut-il prononcé ces mots que des affidés, qu'on avait eu soin de disperser dans les différents cotés de la salle, et parmi lesquels l'aJjbé Desnos, alors grand-vicaire de Saint- Brieuc, candidat à un évéché, et quelque temps après récompensé par celui de Rennes de ses services dans cette mémorable journée, se fit particulièrement remarquer par la vigueur de ses poumons, firent retentir l'air des cris répétés de Vive le roi! avec tant de force, d'ensemble et de persis-

(') LeUre paiiiculière de Saint-Floronlin îi (rAif;iiillon, 22 janv. H. 630.

[-) Miiede l^ompadour à d'Aiguillon, 22 janv. (liil)l. deNantes, uis.67U, pièce215).

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