OPÉRATIONS MILITAIRES EN
s'armait alors h Brest, avait sur les flottes anglaises de la Manche, pouvait réussir et rien n'empêchait de s'y maintenir assez de temps pour détruire et incendier les ports, magasins et arsenaux : mais il importait de profiter du moment favorable, qui sans doute ne se retrouverait plus, car il fallait s'attendre à ce que nos ennemis sortissent rapidement de l'état de désorganisation et de stupeur où les avait trouvés le commencement de la guerre, et à ce que la France au contraire perdit bientôt l'apparence de supériorité que lui avaient value quelques succès imprévus. Conquérir la paix par quelque coup d'éclat était le seul moyen d'éviter que l'épuisement du royaume ne nous contraignît ensuite à la subir. « Nous nous » ruinons de plus en plus, écrivait d'Aiguillon, le royaume » s'épuise, et si nous n'en imposons pas au plus tôt à l'Eu- » rope par quelque coup de vigueur qui oblige les Anglais » à demander la paix, je crains bien que nous ne soyons » nous-même forcés à la faire faute d'hommes, de mate- » lots et d'argent. 11 faut courir les provinces pour con- » naître l'excès de leur misère et le peu de ressources qu'on » en peut tirer désormais. Les campagnes sont désertes, le » peuple est écrasé, et la noblesse est fort mécontente du » gouvernement, surtout depuis la guerre d'Allemagne, con- » tre laquelle elle a des préjugés insurmontables ». Cette lettre, qui fait honneur à la justesse de son coup d'œil, est du 17 octobre 1757 ('), alors que nous n'avions encore éprouvé aucun revers grave, trois semaines avant ce désastre de Rosbach qui, du propre aveu de Bernis, commença seulement à lui dessiller les yeux et à lui dévoiler notre irrémédiable faiblesse. D'Aiguillon prophétisait en vain : ni le ministère, ni la marine n'avaient assez d'énergie pour oser tenter semblable entreprise et l'ordre arriva en octobre de cesser les armements.
Au lieu de l'exécution de ces vastes projets, c'était de misérables tracasseries que d'Aiguillon était obligé de s'occuper : conflits avec les bureaux de la guerre pour la subsistance des troupes, conflits avec la commission intermédiaire pour le casernement et pour l'imposition des milices (^), conflits de
(') Arch. guerre, vol. 3452.
(2) Les États avaient abonné cette imposition, en 1734, pour 188,0501.; ils prétendaient ne pouvoir rien imposer au-delà de cette somme, mais le ministère sou-
Bi L.V BRETAGNE ET LE DUC d'aIGUILLON
préséance avec la marine pour tles questions d'étiquette ('), ou pour le commandement des batteries et retranchements de la rade de IJrest, que les deux armées de terre et de mer se disputaient. D'Aiguillon en fit d'ailleurs le sacrifice, au moins momentanément : « Je céderai d'autant plus aisément à M. du » Guay, écrit-il avec une amère ironie (-), le commandement » qu'il prétend avoir, que les batteries et les retranchements » dont il s'agit sont à présent dans le meilleur état de défense » et couverts par les postes que j'ai mis en avant : mais si les » Anglais paraissaient assez en force pour nous y faire crain- » dre une entreprise, je crois que vous ne désapprouveriez » pas que je revendiquasse tous mes droits, et je suis per- » suadé que pour lors on ne me les disputerait pas ».
On sait que le cas ne se présenta point et que les Anglais ne firent cette année-là aucune tentative sur les côtes de Bretagne. En novembre 1757, après en avoir reçu la permission du roi, d'Aiguillon quitta la province et alla passer l'hiver dans ses terres, laissant les côtes bretonnes sous la surveillance de six de ses lieutenants, MM. de Grossolles, de Saint- Pern, de Balleroy, de Gronembourg, de Sainte-Croix et de Polignac. 11 revint à son poste dans les premiers jours de mai 1758, au moment où il venait d'être élevé au grade de lieutenant-général .
Il commença comme d'ordinaire sa tournée par les côtes méridionales de la Bretagne et se trouvait à Port-Louis lorsqu'il reçut la nouvelle du débarquement à Cancale du duc de Marlborough et de 15 à 16,000 Anglais, qui ne tardèrent pas à paraître devant Saint-ÎNIalo et à se rendre maîtres de
tenait que la concession faite aux Etats en 1734 n'avait été que la permission d'imposer à leur gré et sous leur surveillance la somme nécessaire pour les besoins du service, à (juelque cliifTre qu'elle s'élevât. Or, en 1757, la guerre amenant une notable élévation de frais, l'arrêt du conseil du 20 fév. fixa la part de la Bretagne à 416TO6 I. 5 s. 6 d. La commission fit une vive résistance avant d'imposer celte somme, et elle ne se résigna qu'à grand'peine, à la pluralité des voix des commissaires du clergé et du tiers contre ceux de la noblesse, et après qu'une assemblée générale des commissaires diocésains eut décidé à une faible majorité de faire l'imposition de la somme demandée. <> Voilà la commission tout à fait montée sur le ton des Etats, et par conséquent insupportable » remarquait 1 évêque de Rennes (14 juin 1757, H. 550) à propos de ces incidents.
(•) Dès 1756, un violent conflit s'était élevé entre d'Aiguillon et les autorités maritimes, à propos de visites. La marine repoussait la prétention du commandant d'être visité le premier à son entrée dans la ville de Brest.
C-} Lettre au marécbal de Belle-Islo, 10 juillet 1757. A. G. vol. 34C7.