IV INTRODUCTION
Nous avons clicrclic des preuves des vexations et des crimes du duc d'Aiguillon, et nous n'en avons trouvé aucune. Loin d'avoir déclaré la guerre aux i)rivilèges de la Bretagne, il n'a pas hésité au contraire à les défendi'e contre les atteintes que le pouvoir central était fort tenté de Icui- [)orter. 11 a plaidé, parfois avec une grande et nn^nie une excessive énergie, la cause de ses Etats, de ses libertés, voire même de ses préjugés. Il a eu en mains les moyens de se débarrasser de l'opposition gênante qu'il rencontrait dans ces assemblées, et il a évité d'en faire usage. 11 a sincèrement cherché, tout en restant l'homme du roi, à être aussi le protecteur de la province, et il y a joui pendant longtemps d'une réelle popularité. Il l'aurait conservée, même après le procès des jésuites, au sort desquels il fut plutôt inditTérent, sans la mauvaise querelle que lui suscitèrent quelques magistrats turbulents et décidés à se défaire d'un commandant trop actif et trop clairvoyant à leur gré, querelle dont les privilèges de la province furent beaucoup moins la cause que le prétexte. Fort habilement, l'opposition bretonne transporta la lutte sur le terrain qu'elle savait être le plus défavorable au duc d'Aiguillon et accrédita la fable d'une alliance étroite entre ce commandant et les jésuites, d'une participation active de cette société aux troubles de la province, alors qu'elle ne pouvait pas ignorer que c'était un janséniste avéré, M. de Laverdy, qui avait voulu les mesures contre lesquelles elle protestait le plus vigoureusement. Cette tactique lui valut, outre l'appui de la province, toujours facile à obtenir dès qu'on mettait en avant les grands mots de franchise et de liberté, celui du parti philosophique et de l'opinion publique dans le royaume, et elle réussit à accabler sous le poids d'une impopularité inouïe l'homme dont elle avait juré la perte. Elle ne l'obtint pas cependant sans peine, car elle trouva en d'Aiguillon un homme capable de lui résister et n'entendant pas abandonner aux parlementaires une victoire aussi facile que beaucoup d'autres commandants de province. De là une lutte acharnée, marquée, conune toujours, par des excès et des violence de part et d'autre, où l'opposition eut pour elle l'ardeur de ses haines, la violence de ses pamphlets et la complicité d'une partie du ministère, et où le commandant eut contre lui l'incohérence des actes de l'autre partie. Tour h tour violente ou faible, la politique sans suite du pouvoir contribua singulièrement à aggraver et à prolonger la crise : et, quand sa persévérance eut été lassée par la ténacité de la faction hostile, il n'hésita pas à abanbonner le duc d'Aiguillon et les hommes qui avaient consenti à le servir. Si les chefs principaux de l'agitation parlementaire eurent à subir une longue détention (moins dure toutefois qu'ils ne l'ont prétendu) et plusieurs instructions judiciaires, d'une régu-