DOUBLEMENT ET TRIPLEMENT DE LA CAPITATION
Les Etats se rendirent en ce qui concernait le doublement des cotes à partir de 20 1. mais élevèrent les plaintes les plus vives contre l'interprétation donnée par le ministre au triplement de la capitation, notamment contre sa prétention d"y astreindre les anciens officiers de finance, et les employés et commis des fermes : et d'Aiguillon, qui leur avait fait des promesses un peu différentes des dernières volontés du contrôleur général, prit là-dessus leur défense avec la dernière vivacité : « J'aurais compté pour rien, écrit-il le 13 novembre » au contrôleur général, le désagrément d'être désavoué vis- » à-vis de toute une province assemblée, s'il en eût résulté » quelque avantage pour les finances du roi. Je suis trop » dévoué à son service pour ne pas y sacrifier mon amour- » propre, ma gloire et ma vie. 11 y a longtemps que j'ai fait » mes preuves à cet égard : elles sont connues de Sa Majesté » et doivent l'être de ses ministres. Mais je ne puis me dis- » penser de vous représenter que l'interprétation forcée et » l'extension que vous voulez donner à l'édit de février der- » nier ne seront jamais adoptées par les Etats, et qu'ils rom- » pront plutôt tous les abonnements et les rachats auxquels » j'ai eu tant de peine à les faire consentir, et que je crois » très avantageux pour le roi, que d'y acquiescer... Vous ne » devez point vous flatter que les Etats consentent à donner » 500,000 1. et si vous persistez à exiger cette somme qui » excède de beaucoup la véritable valeur de cette imposition » aux termes de l'édit, il faut vous attendre à voir rompre » tous les abonnements convenus. Je ne vous répéterai point » ce que j'ai déjà eu l'honneuf de vous mander sur les suites » funestes qu'aurait cette rupture, bien persuadé que vous » en sentez comme moi le danger... Les Etats n'offriront «jamais plus de 330,000 1. pour le doublement et le triple- » ment de la capitation, et je crois que vous conviendrez » qu'ils ne doivent pas en donner davantage lorsque vous » aurez lu ce que M. l'évêque de Vannes et M. Le Bret vous » mandent à ce sujet. Si vous m'autorisez à recevoir cette » somme l'affaire sera promptement consommée; si vous pen- » sez qu'elle doit être rejetée, vous pouvez la regarder comme » totalement manquée. Au reste, Monsieur, je vous prie » d'observer qu'il y a 67 jours que l'assemblée est commencée )) et qu'il est temps de la finir pour la tranquillité de la pro-
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» vincc et le bien même du service du roi. Il sera inutile » désormais qu'il y envoie des commissaires puisque ses » ministres ont aussi peu de confiance en eux » (').
Ikrtin subit l'ascendant de ce ferme langage et laissa à peu près carte blanche au commandant pour terminer cette afifaire au mieux des intérêts du roi; aussi bien ne pouvait-il pas se dissimuler que l'abonnement était nécessaire et qu'il ne fallait espérer aucun succès d'une régie, impossible d'ailleurs à tenter sans l'enregistrement au Parlement. D'Aiguillon n'eut donc plus à débattre l'affaire qu'avec les Etats, ce qui était déjà un soulagement important. Ceux-ci étaient d'accord avec le contrôleur général pour évaluer le doublement et les quatre sols pour livre d'icelui à 302,191 1., mais ils limitaient leurs offres pour le triplement à 17,011 1. et réclamaient 10,183 1. de diminution en faveur des paroisses ravagées par les Anglais; tandis que la manière de compter du contrôleur général portait le triplement h 67,126. Le déliât restait donc ouvert entre le chiffre de 358,774 1. voulu par le ministère et celui de 309,019 offert par les Etats (^). Résolu à leur faire donner quelque chose de plus, d'Aiguillon mit adroitement à profit ime circonstance fâcheuse, une maladie de Le Bref, qui, frappe le 20 novembre d'une attaque, dut depuis lors rester étranger aux débats de l'assemblée. Tous les calculs sur la capitation avaient été faits par lui; d'Aiguillon déclara à la commission qu'étant peu au fait des questions de finance, il y avait dans les opérations de Le Bret des choses qu'il ne comprenait pas bien, des déductions dont il ne se rendait pas très bien compte, et qu'il importait qu'elle refit son travail avec plus de détail, et le mit sous les yeux avec toutes pièces au soutien. La perspective, il en avait déjà fait l'expérience, était de celles qui inspiraient aux Etats assez d'épouvante pour les disposer à en passer par où l'on voudrait; cette petite ruse, à laquelle d'Aiguillon déclare n'avoir eu recours qu'avec une extrême répugnance et seulement à cause de son grand désir d'être utile au service du roi, réussit à merveille. La commission essaya en vain de le fléchir; il se maintint avec opiniâtreté dans ce retranchement,