‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 65 sur 174 · TO · texte numérisé non relu

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Morlaix.

etc.

(') Les remontrances du 18 juillet 1760 sont parliculièrement instructives à cet égard, par ce qu'elles disent et surtout parce qu'elles ne disent pas. Le Parlement y fait une description lugubre de l'épuisement des villes bretonnes ; il attribue tout le mal à la cessation du commerce, h la capture des bâtiments par les Anglais, au discrédit public et parliculior. Il ne pense pas à alléguer les dépenses exagérées d'embellissement. De même, parlant de la misère des cultivateurs, il déplore « leur capitalion excessive, les fouages, le taillon, la gendarmerie, les garnisons, » la solde des milices, les vingtièmes, les sols pour livre, les droits sur les cuirs, X droits de contrôle, de franc-fief, de centième-denier, etc , etc. ; >> mais il ne parle pas des corvées. Pourquoi ce silence? C'est peut-être dans les premières années de l'administration de d'Aiguillon que les travaux furent le plus considérables et que la construction des grands chemins eut le plus d'activité. Mais le Parlement ne pouvait évidemment pas prévoir que, quatre ans plus tard, le mot d'ordre serait de crier sus aux corvées et aux dépenses d'embellissement des villes.

AFFAIRE DU BAIL DES OCTROIS DE REiNiNES 237

finances municipales avaient été plus d'une fois malmenées dans la province ; elles Tétaient encore, elles continuèrent à l'être après le départ du duc d'Aiguillon ; mais le Parlement aurait eu fort à faire s'il avait voulu en rechercher toutes les causes, et il aurait été amené plus d'une fois à incriminer des pratiques dont d'Aiguillon n'était certes pas responsable ('), et certains personnages qui tinrent précisément une place notable dans le parti chalotiste. C'est ainsi que l'épuisement des deniers d'octroi, tant reproché au commandant dans la Réponse des Etats au Mémoire de Linguet, était beaucoup moins imputable à celui-ci qu'au camp adverse, comme le prouve par exemple la fâcheuse histoire du bail des octrois de Rennes. Cette ville avait alTermé ses droits d'entrée, en 1758, à un sieur Addenin, pour le prix de 114,500 livres par an, plus l'obligation pour le fermier de tenir en bon état les écluses de la Vilaine. A peine entré en jouissance, celui-ci mit tout en œuvre pour se soustraire aux conditions de son bail, et, grâce à une maladie de Le Rret, toujours très hostile aux concessions de cette sorte, il obtint par surprise, le 18 août 1761, un arrêt du Conseil réduisant son bail à 90,000 livres pour toutes charges, avec effet rétroactif, ce qui mit la communauté de Rennes dans le plus cruel embarras (^). Elle se pourvut contre cet arrêt et chargea du soin de poursuivre l'affaire son maire, le fameux Hévin, dont une publication récente a essayé inutilement de réhabiliter la triste mémoire (^). Hévin

(') Ainsi les dépenses qu'elles avaient toutes la manie de faire lors du passage de personnages de distinction. D'Aiguillon, auquel elles offrirent mainte fois des fêtes trop splendides et des festins trop coûteux, cherchait plutôt à leur inspirer des vues d'économie. Duportal, maire de Tréguier, un des plus chauds partisans de d'Aiguillon, le priant, en janvier 1766, d'accepter un banquet que la ville comptait lui offrir à son prochain passage, s'efforce de prévenir un refus qu'il craint, parce qu'il sait que le duc n'aime point à accorder ces grâces aux villes, c< par rapport à la dépense que cela leur occasionne. » (H. 624).

(-) Lettre de Vedier, subdélégué général de l'intendant Le Bret, 2 sept. 1761 (H. 623).

(•■') Louis de Villers, Jacques Hévin et le duc d'Air/uillon, Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, mai et juin 1896. L'auteur reproduit un mémoire justificatif du sieur Hévin, sans apporter à l'appui de ce document si suspect par lui-même la moindre preuve.

Hévin, après une jeunesse extrêmement orageuse dont Linguet a raconté la peu édifiante histoire, avait acquis en 1757 l'office de maire de Rennes. Une célèbre lettre de M. de Flesselles du 16 février 1766 (Arch. Ille-et-Vil., C. 247) a fait connaître la manière dont il s'y conduisit. D'Aiguillon a eu le tort d'être trop longtemps sa dupe ; encore en avril 1764 il écrivait en sa faveur ; la conduite

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jipporla dans celte mission une négligence poussée ù un tel point que le mot de com[)licité serait infiniment plus exact. Tout en ayant l'air de poursuivre Le Doucher, négociant de Hennés, le principal membre de la société Addenin, avec la dernière rigueur, il laissa rendre par rintluence d'un sieur Héron, premier commis de M. de Courteille, homme d'une probité douteuse, un jugement en vertu duquel le bail d'Addenin fut définitivement fixé, le 13 juillet 1762, à 92,500 livres (') ; or, en ce moment même, il y avait des compagnies qui oll'raient de le prendre pour 105,000 s'il était résilié. Ces pratiques frauduleuses eurent bientôt niené la ville de Rennes à la ruine et les fermiers de ses octrois, notamment Le Boucher, à la richesse (-). Toutes les villes de Bretagne avaient

d'Hévin qui celte année même manœuvra de façon à empêcher l'envoi d'une lettre où la communauté de Rennes exprimait sa gratitude au commandant, lui ouvrit les yeux. Un arrêt du conseil du 19 mars 1766 lui interdit toutes fonctions de maire et un autre du 28 mai 1766 dut ordonner la résiliation de toutes les adjudications faites jusqu'à ce jour par la ville de Rennes. Après le départ de M. de Flesselles, il essaya vainement de se faire réintégrer dans ses fonctions. On verra plus tard son rôle dans le procès de d'Aiguillon. En 1775, il en était encore à solliciter son rétablissement dans ses fonctions : il ne l'obtint qu'à la condition de remettre sa démission au bout de trois mois. Bien entendu, d'après lui, ses disgrâces n'auraient été dues qu'à la haine de d'Aiguillon qui poursuivait en lui un ami et parent de la Ghalotais. « Une main de fer avait été employée contre lui, faible roseau... » disait M°^o Hévin dans un mémoire pour son mari.

i') Lettre de Le Bret, 21 octobre 1763 (Arch. d'Ille-et-Vil., G. 265). — Par arrêt du 28 novembre 1766, toutes ces circonstances ayant été dévoilées, les parties furent remises dans le même état qu'avant les arrêts de 1761 et 1762 et Addenin condamné à satisfaire à toutes les conditions de son bail. Ce fut alors à son tour de faire opposition à cet arrêt, d'oii un procès interminable, encore pendant en

(-) On ne peut pas ne pas remarquer que plusieurs des hommes avec lesquels M. de la Giialotais était le plus lié se sont trouvés compromis, à des degrés divers, dans cette vilaine affaire. Abeille était un des intéressés dans le bail Addenin (lettre de Duclos au contrôleur général, 30 juin 1770, H. 611) : Hévin était un parent de M. de la Ghalotais, Addenin lui-même un de ses agents (lettre de M. de Caradeuc à Bertrand de Molleville, 25 fév. 1785, Arch. Ille-et-Vil., G. 1966) : et Le Boucher, dont le rôle fut aussi plus que suspect, était un des agents et un des protégés du procureur général : il était un des intermédiaires de la correspondance active qui s'échangeait entre les meneurs du Parlement de Rennes et les autres Parlements du royaume (billet de M. de la Gascherie à M. de Montreuil, Procès, 1, 258 : interrogatoire de M. de Montreuil, II, 432). D'Aiguillon l'appelle « un homme taré sur tous les points » (lettre à Laverdy, 16 juillet 1764, H. 636). Ge jugement sévère parait bien ne pas l'avoir été trop, car il est entièrement corroboré par le témoignage si grave en pareille matière de M. de Robien, homme essentiellement impartial et modéré dans ses appréciations comme dans ses expressions, qui représente constamment dans sa correspondance le sieur Le Boucher comme un fripon : "Je tranche le mot hardiment, » écrit-il le 6 jan-

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