‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 67 sur 174 · NOUVELLES REMONTRANCES ET NOUVELLE DÉPUTATION · texte numérisé non relu

NOUVELLES REMONTRANCES ET NOUVELLE DÉPUTATION

» puissance souveraine... A eux le reproche de faire naître » des difficultés qui pourraient exciter des divisions entre vos )) sujets, s'ils vous étaient moins attachés. Punissez votre -» Parlement, s'il est coupable; mais si on l'a calomnié, les )) lois vous demandent vengeance », Le 17 août, à la suite d'une délibération tronquée à laquelle avaient été conviés pour la forme tous les membres absents ('), les remontrances furent définitivement arrêtées, cachetées et scellées. Le roi, toujours débonnaire, avait consenti qu'elles lui fussent apportées par une grande députation de huit membres du Parlement et non par un président et deux conseillers, comme il l'avait d'abord demandé. On nomma pour cette grande députation MM. de Robien, du Pont, de Boux de Saint-Mars, de Gouvello, de Grimaudet, de Montreuil, de Kersalaûn et de Guiray, avec défense expresse d'engager aucune négociation avec aucun des ministres et d'écouter aucune proposition sans en donner avis à la cour et avoir reçu ses ordres.

La députation se mit en route et présenta ses remontrances le 26 août. Le 31, elle eut audience pour recevoir la réponse de Sa Majesté. Le ton en était sensiblement moins énergique que celui de la réponse précédente, et les ennemis de d'xViguillon purent remarquer avec plaisir que pas un mot n'y était dit pour défendre l'administration du duc contre les attaques du Parlement. Evidemment le gouvernement, irrésolu, divisé, subissant tour à tour toutes les influences, ne savait pas à quel parti s'arrêter pour prévenir les troubles graves qu'il prévoyait et qu'il redoutait à l'excès. «J'ai désap- )) prouvé, disait le roi, que mon Parlement de Bretagne ait » fait entrer dans son arrêt d'enregistrement de ma déclara- » tion du 21 novembre des objets étrangers à cette loi et j'ai » voulu lui en faire sentir les conséquences, mais mon Parle- » ment n'a pas dû penser que j'aie douté de sa fidélité et de » son zèle, sur lesquels je lui ai toujours rendu assez de jus- » tice pour qu'il n'ait pas besoin de se justifier auprès de moi; » ainsi je vous répète que mon intention est que cette affaire » n'ait aucune suite. Je serai toujours attentif à maintenir les

(') 11 y eut ce jour-là six présidents et soi.xanle-dix-sept conseillers. On impo.'sa bruyamment silence à tous ceux qui, comme MM. de Langle et de la Biochaye, voulurent protester contre la teneur des remontrances et défendre l'administration des grands chemins. Toute objection fut étouffée avec scandale.

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» privilèges légitimes des Etats et à pourvoir dans le temps )) et de la manière que je le jugerai convenable aux objets » qui intéressent le véritable bien d'une province qui, à son » ancienne et première dépendance de ma couronne, que » mon Parlement no doit jamais lui laisser oublier, joint les » avantages qui lui ont été assurés lors de sa réunion et qui » ne me sont pas moins chers qu'à elie-mèine ('). Je connais » l'ulililé des usages qui y ont lieu par rapport aux corvées, » et si, dans la suite, il s'y glissait fjuelques abus, j'emploie- » rai mon autorité pour y remédier. Mon Parlement ne doit » pas perdre de vue que le bien de mon service exige la plus » parfaite intelligence enlre tous ceux qui exercent mon auto- » rite dans la province, et que ce qui y serait contraire ne » pourrait que me déplaire. «M. de Laverdy avait précédemment dit et répété à ses correspondants du Parlement que si l'enregistrement contenait des articles de nature à déplaire au roi, rien ne pourrait lui ôter de l'esprit la conviction que son Parlement n'avait demandé la déclaration que pour exciter des troubles et des querelles, ni l'empêcher de faire usage de son autorité pour réprimer cette audace. L'attentat avait été commis et le roi déclarait maintenant, en termes soigneusement calculés pour ne pas irriter la susceptibilité de sa cour, n'avoir jamais douté de sa fidélité et de son zèle! Dans une lettre du même jour à son neveu, Saint-Florentin déplorait le peu de fermeté de cette réponse et affirmait que, si on l'eût cru, elle eût été d'un autre style. Ce fut sans doute pour suppléer à ce qu'elle ne disait pas ou ne disait pas assez que Maupeou et lui prirent à part MM. de Montreuil et de Kersalaiin, et leur déclarèrent que le roi était très mécontent d'eux personnellement, qu'ils s'étaient faits les instruments de la haine de M. de la Gascherie contre le duc d'Aiguillon, que le roi leur défendait très expressément de faire imprimer leurs dernières remontrances, que ce qui y était avancé sur les grands chemins était faux et qu'on avait bien voulu leur épargner l'humiliation de le leur dire en face; mais cette cette démarche nouvelle, venant après une déclaration royale

(') M. de Laverdy méditait dès lors l'ouvrage historique qu'il devait faire paraître l'année suivante pour démontrer que l'union de la Bretagne à la France n'avait pas été l'association de deux Etats souverains et indépendants, mais la réunion d'un fief compris de temps immémorial dans la mouvance de la couronne.

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