OPPOSITION DES ÉTATS DEVANT LA CHAMBRE DES VACATIONS
conduite ultérieure de M. de Goniac, les appréciations favorables que d'Aiguillon ne cessa de porter sur son compte ('), le soin qu'il mit à faire l'apologie de sa conduite, forcent à écarter cette hypothèse. Etait-ce étourderie? M. de Coninc n'était pas exempt de ce défaut; mais il est bien difficile d'admettre qu'une démarche de cette importance ait été hasardée par lui à la légère. Reste une troisième hypothèse, beaucoup plus plausible, à savoir que Coniac ait agi ainsi par calcul, par politique, et que la tactique ait été combinée de concert avec le commandant lui-même. Il semblait impossible que la chambre des vacations se prêtât à ce qu'on attendait d'elle : d'Aiguillon en était persuadé, et l'entendait continuellement répéter par le premier président, les avocats généraux et tous les magistrats présents à Nantes. Dès lors, l'occasion n'étaitcUe pas superbe de briser entre les mains de l'opposition larme trop tôt brandie par M. de Goëtanscourt? N'était-ce pas un coup de maitre que de laisser faire cette démarche, de permettre cette opposition destinée à échouer ? Pouvait-il y avoir une meilleure occasion de dégoûter les Etats d'avoir jamais recours au Parlement, et de semer entre ces deux corps des germes de division, pour le plus grand avantage du service du roi? Telle fut, selon toute vraisemblance, la pensée du commandant : tel fut le plan qu'il suggéra, ou tout au moins qu'il laissa suivre, au président du tiers; et telle fut la raison pour laquelle il s'abstint de signifier à M. de Robien défense de désemparer de Nantes (-). M. de la Chalotais dans son quatrième mémoire, et tous les libellistes du parti, ont accusé d'Aiguillon de n'avoir laissé partir jNI. de Robien que dans le but de tout brouiller, d'amener Etats et Parlement aux démarches irrémédiables, afin de les présenter au roi comme
{') Dans une lettre du 16 oct. (H. 631), d'Aiguillon qualifie la conduite de M. de Coniac d'irrégulière. Mais bientôt après, et même après l'arrêt de la chambre des vacations, il excusa constamment la démarche des Etats et l'altitude du président du tiers : il y voyait avant t)ut un acte conservatoire des prétentions et des privilèges des Etats, corroborant ce qu'il avait sans cesse répété, et sans succès, à tous les contrôleurs généraux. 11 l'interprétait moins comme un essai de lier partie avec le Parlement, que comme un reproche adressé à celte compagnie d'avoir enregistré la déclaration avant qu'elle leur eût été communiquée.
(-) Le succès d'une pareille défense eût d'ailleurs été bien douteux. Les Etals pouvaient envoyer secrètement un courrier à Rennes : ils pouvaient aussi faire partir M. de Robien malgré la défense de d',\iguillon, et un pareil conflit eût singu lièrement aggravé la situation.
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des rebelles et de déchaîner la guerre entre lui et ses fidèles sujets. Suivant eux, d'Aiguillon était autorisé à suspendre la perception des sols pour livre et n'avait qu'un mot à dire pour arrêter la réclamation juridique des Etats. Ils veulent oublier que d'Aiguillon avait en ell'et sollicité, mais non encoi-e reçu, cette autorisation; qu'elle lui avait même été formellement refusée (') : que ce fut seulement le 10 oct. que Saint-Florentin lui expédia de nouvelles instructions relativement aux sols pour livre, et le 18 que Laverdy se résigna enfin à lui donner carte blanche pour agir en cela au mieux des intérêts du roi. Ils oublient également que si d'Aiguillon avait fait intervenir l'autorité pour empêcher le départ de M. de Robien, euxmêmes eussent été certainement les premiers à lui faire un crime de cette intervention abusive et contraire aux privilèges de la province. C'est alors qu'ils eussent eu beau jeu à dénoncer sa tyrannie, son projet arrêté de détruire la constitution de la libre Bretagne, sa politique de persécution et de vengeance : c'est alors qu'ils eussent répété à tous les échos « que le règne de l'homme voulait détruire celui des lois. » Que dire enfin de cette affectation d'imputer à d'Aiguillon la responsabilité des conséquences fâcheuses d'une délibération prise par l'assemblée des Etats? Cette délibération, — dont les mêmes auteurs se sont évertués d'ailleurs à prouver la légalité — n'était-elle donc prise que pour forcer d'Aiguillon à en arrêter l'effet? Si elle était de nature à jeter le trouble dans la province, pourquoi les Etats l'ont-ils prise? Pourquoi surtout l'ont-ils prise avec tant de hâte? La faute du commandant, en la supposant démontrée, excuserait-elle la leur, et n'est-ce pas vouloir faire violence au bon sens que de prétendre que lorsqu'un crime est commis, celui qui en reste témoin impassible est plus coupable que le criminel lui-même? Au reste, discuter cette singulière théorie est d'autant plus inutile qu'elle est pleinement réfutée par les aveux formels échappés au parti du bastion. M. de Begasson la Lardais, qui certes mérite d'être cru lorsqu'il se trouve parler à la décharge du duc d'Aiguillon, déclare de la façon la plus nette qu'il était impossible de s'attendre à ce que la chambre des vacations
{*) Observations de M. de Laverdy sur la lettre du duc d'.-Viguillon du 1.3 oct. (II. 35G, H. 625). Dans sa iellre du 14 oct. (H. 631) Laverdy paraît encore opposé à toute concession.