‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 73 sur 174 · ARRÊT DL" CONSEIL SUPPRIMÉ ET LACÉRÉ · texte numérisé non relu

ARRÊT DL" CONSEIL SUPPRIMÉ ET LACÉRÉ

môme la précaution d'en avertir M. de Montbourcher, qui présidait alors le Parlement. Mais un conseiller des enquêtes s'avisa de dénoncer l'affichage de cet arrêt comme fait sans permission et attache de qui que ce fût, et le Parlement saisit avec joie cette occasion d'infliger audit arrêt l'outrage d'une suppression, comme à un vulgaire libelle imprimé sans permission. II chargea M. de la Chalotais de faire information de cet affichage irrégulier et d'en apporter des exemplaires à la cour. Il commença par rendre le 21 un arrêt supprimant l'imprimé de ses propres remontrances, comme pour bien établir que la suppression par arrêt du conseil était nulle et non avenue : puis le 22 il en rendit un autre singulièrement plus hardi : il portait que les affiches du prétendu arrêt du conseil seraient lacérées, et faisait défense à toute personne de rien afficher sans permission et sans observer les règles prescrites et accoutumées. La proclamation de cet insolent arrêté fut faite dans les rues de Rennes avec le plus grand éclat, par un huissier du Parlement précédé d'un trompette qui sonnait le rappel; la foule rassemblée, l'huissier lisait k haute voix le texte de l'arrêt; puis son compagnon lacérait les affiches de l'arrêt du conseil et apposait l'autre à la place. A cette nouvelle, l'irritation fut extrême à Versailles ; Saint- Florentin déclara qu'il n'avait jamais vu pareille insolence depuis quarante et un ans qu'il était au ministère ('). Il accourut tout bouillant de colère au conseil et proposa de mander en cour le président de Cucé, rapporteur, et le procureur général. Il n'obtint que le veniat de ce dernier et, le 26 novembre, en même temps qu'était rendu un arrêt du conseil cassant celui du Parlement et ordonnant le réaffichage de celui du 8, fut envoyé à M. de la Chalotais l'ordre de venir immédiatement à la suite de la cour pour rendre compte de sa conduite. Ce qui avait exaspéré les ministres contre lui, c'était que l'arrêt parlementaire visait spécialement les conclusions du procureur général et il leur parut avec raison intolérable que l'homme du roi fût précisément celui qui concluait à la lacération et à la suppression de ses arrêtés. M. de la Chalotais

(') Lettre particulière à d'Aiguillon, 27 nov. H. 631. La résolution de Saint-Florentin fut toute spontanée; on voit même par une autre lettre de lui du 2 décembre que d'Aiguillon aurait préléré qu'on se bornât à réimprimer l'arrêt du conseil en y mettant l'attache de l'intendant. .

27G LA METAONK ET LE DL'C d'aIGCILLON

s'est vigoureusement défendu contre cette inculpation; il a fait remarquer que ses conclusions n'avaient été que pour la suppression au greffe, c'est-à-dire en particulier et sans éclat, des deux exemplaires qu'il avait apportés avec lui, et que c'était l'habitude dans les arrêts rendus en matière publique de viser toujours les conclusions du procureur général, soit qu'elles aient été suivies, soit qu'elles ne l'aient pas été. Il est difficile de trouver cette argumentation bien concluante. Elle prouve la prudence de M. de la Chalotais, mais elle laisse extrêmement douteuse sa prétendue modération, et son désir de conciliation. Rien ne lui eût été plus facile que d'arrêter, s'il l'eût voulu, les démarches trop vives du Parlement, sur lequel il exerçait un empire surabondamment démontré par toute la suite de cette histoire. Mais il n'entrait pas dans ses plans de pacifier les choses, et il semble, au contraire, avoir éprouvé un véritable plaisir à exaspérer ses adversaires. De leur côté, les ministres montrèrent leur impéritie ordinaire en faisant un tel éclat mal à propos, car si les intrigues de M. de la Chalotais étaient certaines, ils n'avaient pas entre les mains de preuves évidentes à en fournir, et celui-ci pourrait bien avoir dit vrai quand il se vante de les avoir forcés de convenir que leur bonne foi avait été surprise, et d'avoir obtenu d'eux des excuses embarrassées. Quant au Parlement, il répondit au veniat de son procureur général en décidant des remontrances et en convoquant pour le 3 décembre une assemblée générale de tous ses membres.

Ce n'était pas dans le but de trouver quelque terrain d'entente. Il savait que le ministère, alors en négociation avec le Parlement de Paris pour l'enregistrement d'un édit qui tout en présentant pour le remboursement des dettes de l'Etat un plan plein de promesses séduisantes et d'arrangements ingénieux, aboutissait par le fait à la création de quelques impôts nouveaux, ne redoutait rien tant que des orages parlementaires et ferait tout pour les éviter. On pouvait aller de l'avant sans rien craindre, et les mandes eux-mêmes étaient les premiers à conseiller une conduite agressive. « Il est de la der- » nière importance, écrivait M. de Montreuil à M. de la Bellan- » gérais, son oncle, le 30 novembre, que le Parlement se con- ) duise vigoureusement à l'assemblée du 3 décembre... et je » vous prie de dire à ceux avec qui vous voudrez bien en con-

Page 1