RÉSOLITIONS VIGOUREUSES DU MINISTÈRE
nue presque impossible, le gouvernement, qui n'avait plus d'ailleurs besoin de ménager le Parlement de Paris, son dernier édit ayant été enregistré, s'était sérieusement ému, et avait pris la résolution d'user de rigueur. Le 12 janvier furent adressées à tous les membres du Parlement de Rennes des lettres de cachet leur ordonnant d'être au palais le 22, pour y entendre lecture des ordres du roi : ces ordres, qui furent envoyés le 17, leur prescrivaient de reprendre leurs fonctions et de procéder à l'enregistrement pur et simple de l'arrêt du conseil et des lettres patentes du 28 décembre. On élabora un projet d'édit pour ériger la Chambre des comptes de Nantes en cour des aides et lui attribuer la connaissance de toutes les contestations relatives à la levée des impôts en Bretagne (') : en attendant, un arrêt du conseil attribua à l'intendant, fort marri d'un pareil cadeau, la connaissance des affaires de cette nature (*). Quant aux Etats, le roi leur adressa une lettre sévère et menaçante, rappelant tous les écarts auxquels ils s'étaient livrés depuis plus de trois mois : « Votre » assemblée dégénère de plus en plus en dissension et en » tumulte : les affaires de notre Etat en souffrent : celles de la )) province dépérissent, etles peuples qui la composent en sont » les victimes : vous ne pouvez donc considérer trop sérieuse- » ment qu'il ne nous serait pas possible de laisser les choses » dans une pareille situation, sans manquer à ce que nous nous » devonsà nous-mêmes, à notre Etat, et surtout au peuple de » la province.... Après en avoir usé en père, nous nous trouve- » rions dans la nécessité d'agir en maître, et d'user du pouvoir » souverain que nous tenons immédiatement de Dieu. Nous M ne le déploierons jamais qu'à regret, et si nous y sommes » forcés par vos écarts. Vous devez donc revenir sans différer » à une conduite plus réglée et plus soumise, et pour nous don-
(2) Dans une lettre h Saint-Florentin du 21 janv. (H. 358), Le Bret s'applique à démontrer l'impossibilité d'une pareille attribution, pour laquelle aucun avocat, huissier, etc., ne voudra prêter son concours. Chargé d'autre part de dresser de concert avec d'.\iguiIlon la liste des cinq ou six membres les plus turbulents du Parlement, Le Bret supplie qu'on l'en dispense, allègue son éloignement de Rennes, qui ne lui permet pas d'être bien au courant, et conseille de s'en rapporter h ce que mandera le duc, sans que lui-même y soit pour rien. Et c'est là l'homme qu'on a représenté comme l'exécuteur inflexible et sans scrupule des volontés ministérielles !
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» lier une première marque de ce retonr que nous voulons bien » encore attendre de vous, il ne peut vous rester qu'à obéir » aux ordres que nous vous donnons aujourd'hui. » Ces ordres étaient de délibérer dans les 24 heures sur le secours extraordinaire, sous peine de désobéissance, et de terminer les autres affaires dans le plus bref délai. D'Aiguillon était chargé de notifier cette lettre, de séparer les Etats si, les vingtquatre heures écoulées, deux ordres refusaient de délibérer ou étaient d'avis de rejeter le secours extraordinaire, et d'éloigner de Nantes, avec exclusion k jamais des Etats, quiconque entreprendrait de jeter le trouble dans l'assemblée (*). On lui annonçait des ordres pour, après la séparation des Etats, faire enfermer dans des châteaux quatre des gentilshommes les plus turbulents et pour en faire exiler quatre hors de la province (^). En cas de besoin, on enverrait des troupes. Enfin le ministère agita la question de l'envoi en Bretagne du duc de Penthièvre , gouverneur de la province, pour adresser aux Etats et au Parlement un appel suprême àl'obéissance. D'Aiguillon protesta en termes nobles et élevés contre ce projet, montra que sa présence deviendrait inutile du jour où le gouverneur serait là, et réussit à faire supprimer cette partie du programme ministériel.
Ce fut pendant la séance du 22 janvier, après l'invasion du théâtre par les notaires dont on a vu plus haut le récit, que
(') Mémoire pour servir d'instruction au duc d'Aiguillon, 17 janv. H. 625. — Six lettres de cachet en blanc lui furent envoyées à cet eflet. (Lettre de Saint-Florentin à d'Aiguillon, 17 janv., H. 631). MM. de Pire et de la Colinière étaient spécialement visés. Le ministère leur reprochait d'avoir, lors d'une des entrées que d'Aiguillon avait dû faire aux Etats, parcouru les bancs de la noblesse pour l'exciter à sortir dès qu'il paraîtrait, et à aller protester par devant notaire contre tout ce qui se passerait en son absence.
(-) L'idée d'un procès instruit à l'extraordinaire contre les plus séditieux, qui avait déjà traversé l'esprit du contrôleur général, faisait de plus en plus fortune dans le ministère. Parmi les nombreux projets élaborés en janvier 1765, se trouve celui de la constitution d'une commission extraordinaire pour connaître souverainement des menées pratiquées en Bretagne contre le bien du service du roi. Les membres même en furent désignés : ce devaient être MM. de Trudaine, de Bernage, de Fontanieu, de Marville, de Viarme, de Senozan, conseillers d'Etat : de Bacquencourt,Fargès, Journet, de Pont, d'Agay, de Monlyon, maîtres des requêtes: M. do l*ernay devait remplir les fonctions de rapporteur, M. de Crosne celles de procureur général. Elle devait tenir ses séances à l'Arsenal. Les motifs indiqués étaient que les auteurs de ces troubles et machinations secrètes pouvaient avoir des parents cl des alliés dans le Parlement de Bretagne et d'ailleurs que ce Parlement venait de cesser le service. (IL 643),