‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 79 sur 174 · CONTINUATION DE LA RÉSISTANCE DES ÉTATS · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA RÉSISTANCE DES ÉTATS

contre un, uniquement au cas présent, afin de ne pas exaspérer la noblesse. Il exposait ses idées relativement à l'administration de la province pour le cas où la séparation de l'assemblée aurait lieu, et ces idées étaient aussi modérées que possible; c'était de charger la commission intermédiaire de lever les impôts, de signer la procuration pour les emprunts et d'adjuger les fermes : d'éviter, en un mot, autant que faire se pourrait, de faire passer l'administration dans des mains autres que celles que les Etats auraient eux-mêmes choisies; Il conseillait enfin — et cela seul prouverait quelle était à ses yeux la gravité de la situation — que le roi vînt en personne ù Nantes déclarer que l'avis conforme des deux ordres constituait délibération, et que les impositions générales devaient avoir lieu en Bretagne comme dans le reste du royaume. A ce prix il se portait garant du rétablissement de la tranquillité, mais à ce prix seulement, car il n'existait pas d'autre moyen d'obtenir l'adhésion de la noblesse, tant qu'elle se sentait soutenue par le Parlement et le Parlement lui-même par tous les autres. Toute cette tactique, on en conviendra, n'était pas celle d'un homme qui se serait proposé de porter les choses à l'extrême et de pousser les Etats à leur perte.

Ses inquiétudes et ses conseils étaient du reste prématurés. On n'était guère disposé, à la cour, à prendre les mesures énergiques que les résolutions précédentes semblaient annoncer. On reculait, comme d'ordinaire, devant les actes. Une lettre adressée au roi le 29 janvier, par l'ordre de la noblesse ('), en même temps que le mémoire justificatif de sa conduite, servit de prétexte à cette abstention : on voulut y voir quelques indices de la possibilité d'un retour à la soumission. Il fut donc décidé qu'on ajournerait la décision à prendre sur la validité de la délibération prise par le. clergé et le tiers, et qu'il serait fait k la noblesse — bien que l'usage ne fût pas que le roi répondit à un ordre en particulier — dans les termes les plus paternels et les plus propres à lui inspirer de meilleures résolutions, une réponse capable de ramener des gens « qui ne seraient pas entraînés par une cabale infer- )) nale » ('). En annonçant au duc, non sans un visible embar-

(8) Laverdy à d'Aiguillon, 3 fév. H. 358.

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ras, cette nouvelle faiblesse, dont il ne se dissimulait pas d'ailleurs que les chances de succès étaient bien petites, Laverdy va jusqu'A lui recommander, en désespoir de cause, (jucique adroite distribution d'argent dans l'assemblée, moyen plus persuasif peut-être que la prose royale : « Il se pourrait » que la cabale ne fût pas prévenue, qu'elle n'eût pas le nom- » bre de voix, et que vous fissiez quelque chose avec les gens » sensés : si vous avez besoin d'argent pour rapprocher des » gens absents qui seraient fidèles sujets ou pour le succès en » quelque manière que ce soit, usez-en, tout vous sera rendu ». Le gouvernement royal en était là ! Rendons du reste cette justice au contrôleur général qu'il ne se fit pas un instant la moindre illusion sur le caractère honteux d'une telle manœuvre : « J'avoue, disait-il, quece serait pour moi un coupde poi- » gnard qu'elle fût employée et qu'elle réussit ». Cependant il ne fallait pas hésiter, en cas de besoin, à y avoir recours : dans un post-scriptum désespéré, Laverdy résumait ainsi sa pensée : « Il n'est pas d'effort que vous ne deviez faire, M. le » Duc, ainsi que tous les citoyens attachés à la Bretagne et au » bien du service, pour empêcher les suites fâcheuses qu'un » refus persévérant ne manquerait pas d'entraîner et que je » prévois avec la plus vive douleur. »

« Très chers et bien aimés, disait le roi à sa noblesse dans » ce suprême appel ('), nous avons été touché des sentiments » que vous exprimez et qui sont seuls dignes de notre no- » blesse de Bretagne. Vous ne pouvez trop vous hâter de » nous en montrer l'effet par une prompte accession h l'una- » nimité des deux autres ordres et au zèle de tous nos fidèles » sujets. L'assurance de votre soumission a suspendu notre » décision et les marques de notre mécontentement. Ce sera » avec plaisir que nous vous verrons nous donner des preu- » ves convaincantes de votre obéissance. Nous aimons mieux » agir en père qu'en maître, et nous voulons bien encore » nous promettre que nous trouverons dans un corps aussi » distingué les sentiments dont il doit l'exemple. Nous rece- » vrons alors le mémoire que vous annoncez et nous bannis- » sons volontiers de notre esprit les impressions qu'y produi- » sait votre résistance. » La lettre fut communiquée aux Etats

(M Lettre du 3 fév. II. 358.

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