‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 82 sur 174 · INCIDENTS DIVERS · texte numérisé non relu

INCIDENTS DIVERS

moins le mal était fait : il dépendait maintenant de quelques têtes exaltées ou de quelques esprits difficultueux de faire surgir, quand ils le voudraient, une contestation où le concours de beaucoup de gens de mauvaise foi, et même d'une foule de gens de bonne foi, car les Bretons n'examinaient jamais quand il était question de leurs privilèges et suivaient aveuglément quiconque prenait pour mot d'ordre le grand mot de liberté, leur était d'avance assuré ('),

Ayant ainsi préparé ses armes pour les luttes futures, l'opposition ne s'occupa plus qu'à rendre aussi laborieuse que possible la fin de la session où mainte affaire délicate, notamment le vote des fonds pour les grands chemins et l'adjudication des fermes, était encore à traiter. Toujours désireux de retarder le plus possible, le bastion réussit à faire traîner pendant un mois encore la conclusion de ces deux affaires essentielles. A chaque instant il faisait surgir quelque incident propre à faire perdre du temps et à exciter les esprits; il faisait passer une journée entière en futiles discussions sur un article de la Gazette de Lcyde dont les gentilshommes affectaient une vive indignation, parce qu'il y était dit que la noblesse de Bretagne proposait des motions dont le seul but était de ne pas obéir au roi; il faisait décider à ce propos l'envoi d'un mémoire justificatif de la conduite de la noblesse

(') Anecdotes des Etals, H. 631. — La lettre de d'Aiguillon du 2 mars 1765 raconte les faits d'une façon un peu différente, mais le fond est toujours le même. Ce ne seraient pas les mots et autres droits qui auraient été rajoutés, mais les mots « sur les octrois des villes <> qui auraient été raturés sur le texte de la délibération par laquelle les Etats demandaient restitution du produit des sols pour livre de juillet à octobre 1764. Le résultat était identique. — Il y avait en Bretagne une telle ténacité quand il s'agissait des privilèges vrais ou prétendus de la province, et une telle répugnance à avouer qu'on avait pu se tromper en les portant trop loin, qu'une fois cette question soulevée, on persista avec obstination à soutenir la thèse de la nécessité du consentement national pour la levée des droits de traite. Le bailliage d'Aiguillon lui-même se montra à cet égard aussi intraitable que le vrai Parlement. — Lorsqu'une déclaration du 8 jansicr 1767 prorogea divers droits de la ferme générale et les fameux sols pour livre, le pseudo-Parlement ne l'enregistra qu'après neuf mois de retard, et il eut soin de mettre dans son arrêt d'enregistrement des clauses faisant expresses réserves du droit des Etats d'y donner leur consentement. Le ministère songea à casser cet arrêt; mais il recula devant la perspective d'un conflit qui aurait été plus fâcheux encore avec le nouveau Parlement qu'avec l'ancien; et il se contenta d'un palliatif fort insuffisant, une letlre du premier président, au nom de sa compagnie, oii était reconnu le droit pour Sa Majesté de diminuer ou augmenter à sa guise les droits sur les denrées et marchandises. Le contraire n'en restait pas moins consigné sur les registres.

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pendant la tenue et ce nicmoirc était rempli d'attaques violentes contre le clergé et le tiers; comme d'Aiguillon se refusait à l'envoyer sans le leur avoir préalablement communiqué, on parlait de lui demander raison de ses procédés désobligeants envers la noblesse et de la partialité qu'en toute occasion il montrait pour les autres ordres. Ces contestations étaient absurdes; mais elles avaient l'avantage de surexciter les passions et celles-ci étaient en effet violemment déchaînées lorsqu'il s'agit de délibérer sur le fonds des grands chemins.

On se rappelle que dès le début de la session d'Aiguillon avait fait faire par la commission des grands chemins une vaste enquête sur cette partie si attaquée de son administration. Il en attendait une éclatante justification et cet espoir fut réalisé : les lettres qui furent adressées à la commission, par tout ce qu'il y avait de plus considérable et de plus honoré dans la province, furent unanimes à faire l'éloge du commandant, et si quelques-unes relevèrent certains abus, c'étaient des torts imputables à la négligence ou à la partialité de quelques fonctionnaires subalternes, et que le duc avait précisément montré beaucoup de vigilance pour réprimer dès qu'il en avait eu connaissance; quoi qu'en aient dit les libelles hostiles, il est impossible d'admettre que tous ces corresponnants aient été des témoins intéressés, ou complaisants, ou terrorisés : c'étaient des maires, des recteurs de paroisses, des membres du Parlement, des gentilshommes surtout, dont l'indépendance et la sincérité ne sauraient être légitimement suspectées. Il n'est que trop vrai qu'il y avait en Bretagne de faux témoins : la suite de cette histoire en fournira maint exemple. Mais rien ne donne le droit d'insinuer qu'il ne s'y trouvait que de faux témoins, et c'est cependant à cette conclusion calomnieuse que l'excès de la passion tendrait à entraîner les ennemis de d'Aiguillon dans leur acharnement à incriminer les auteurs de dépositions qui les gênent ('). Il appartient à l'histoire impartiale de prendre la défense de la province contre ces prétendus patriotes. Dans l'impossibilité de transcrire cette correspondance dont la copie ne remplit pas moins de 200 pages dans deux liasses conservées aux Archives nationales (-), donnons au moins une idée, par quel-

(') Cf. Réponse des Etats au Mémoire de Linguet.

(') II. 538 et 5i0. On peut voir par là à quel point est contraire à la vérité l'as-

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quelques citations prises absolument au hasard, tle ces témoignages écrasants :

Rozy, maire de Redon, écrit le 20 novembre 1764 (') : « Les seules plaintes qui soient parvenues à ma connaissance » ont toujours été portées contre les syndics, députés et prin- » cipaux habitants, en ce que ceux qui font la répartition des » tâches placent celles de leurs parents et amis dans des par- » ties de routes où il n'y a presque rien à faire... mais quel » moyen de remédier à ces abus inséparables de toute répar- » tition, où la faveur a toujours quelque part ? Je dois au reste » ajouter que ceux qui se sont plaints en pareil cas à M. le duc » d'Aiguillon ont eu justice ».

De la Guerche »n écrit : « Non seulement il ne m'est parvenu » aucune plainte sur les grands chemins que d'Aiguillon a » bien voulu confier à mes soins, mais au contraire les cor- » voyeurs se louent de la façon avec laquelle ils sont gouver- » nés. »

Le recteur de Plélan : « J'ai connaissance de quelques par- » ticuliers qui ont porté des plaintes sur certains dommages. » je suis témoin qu'on leur a rendu la justice qu'ils récla- » m aient. »

Delà paroisse de Saint-Ouen de la Rouairie (route de Rennes à Avranches) : « Personne n'a de plainte à porter contre l'ad- » ministration présente, si ce n'est qu'il me paraîtrait conve- » nable de ne pas laisser à l'avenir les ingénieurs maîtres d'en- )) voyer des garnisons dans les paroisses, n'étant pas toujours » assuré d'avoir dans mon département le sieur Cailleau qui » a bien voulu jusqu'à présent me laisser le maître de la puni- » tion lorsqu'ellea été nécessaire... J'ai toujours trouvé M. d'Ai- » guillon disposé à soulager les corvoyeurs et h leur procurer » toute espèce d'encouragement. »

M. de la ]\Iotte de Lesnage, h propos des routes des environs d'Antrain : « Souvent j'ai pris sur moi d'accorder aux cor- » voyeurs des suspensions de travaux suivant leur besoin : j'ai » sollicité le commandant d'accorder des gratifications aux pa-

sertion de M. de la Chalolais (4™e Mémoire) qui soutient qu'on ne fit aucune enquête pour savoir si les plaintes étaient fondées, et que tout fut étouffé par autorité, (•j Ce maire avait été emprisonné en 1762 (H. 639) par ordre de d'Aiguillon, sur le soupçon de certaines malversations commises dans les travaux publics de sa communauté. Son témoignage favorable n'en a que plus de poids.

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)) roisses qui se trouvaient avoir dans leurs tâches des travaux » pénibles cl des monticules escarpés : je rends hommage à la » vérité en vous disant que j'ai toujours trouvé d'Aiguillon dis- » posé à accorder des grâces et un soulagement réel aux cor- » voyeurs, qui, dans mon département, n'ont certainement, ni » eux, ni personne, aucune plainte fondée à porter... Tant que » ces travaux ne pourront être faits à prix d'argent et qu'on » sera forcé de les continuer par corvée, on ne peut mieux faire )) que de continuer l'administration actuelle, à la condition néan- » moins qu'il sera ordonné qu'à l'avenir les ingénieurs ou pré- » posés ne pourront envoyer de garnison ou maréchaussée dans » les paroisses ou chez les corvoyeurs qu'avec l'avis oupermis- )) sion par écrit des gentilshommes qui sont chargés de l'ins- » pection des routes, lesquels connaissent par eux-mêmes le » besoin de punir quand il le faut et en même temps ont un » intérêt immédiat de ménager les corvoyeurs, qui sont pour la » plupart nos vassaux ou gens qui nous appartiennent. »

Picquet de Melesse, prévôt de la maréchaussée, écrit : « Lorsque M. le duc d'Aiguillon me pria de veiller sur les )) travaux d'une partie du grand chemin de Rennes à Chàteau- » briant, mon premier soin fut d'instruire les syndics et cor- » voyeurs des cinq paroisses occupées sur cette partie de route » quej'étais autorisé h recevoir leurs plaintes et que je pouvais » les assurer que l'on y aurait égard lorsqu'elles seraient fon- » dées :il ne m'en a été remis aucune et je n'ai remarqué aucun )) abus de la part des ingénieurs. »

Le correspondant de Locminé (') cite ce fait, que d'Aiguillon a en sa présence payé de son propre argent des ouvriers pour faire sur la route de Josselin la tâche d'un corvoyeur mutin, et par là lui éviter garnison. 11 loue le duc d'avoir chargé des gentilshommes de la surveillance des travaux des chemins, et de leur avoir laissé le soin de changer le temps des travaux suivant la commodité de chaque canton.

A Quimperlé, on témoigne hautement sa satisfaction de l'ouverture des routes; à Brest, fermiers et propriétaires font également l'éloge de l'administration, et Bergevin, procureur du roi près le corps de ville de Brest, cite un exemple personnel de l'avantage considérable que la contrée a tiré de

(>) Morbilian.

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ramélioration de la viciiialité ('). Morlaix n'a qu'un regret, c'est qu'on ait tant attendu. « II n'y a point, déclare le cor- » respondant, d'habitants des bourgs et des bourgades qui ne » désirent avoir de grands chemins ; il y en a même quelques- » uns qui ont demandé permission de les faire » C^).

Dans la région de Lannion, Tréguier, Guingamp, Saint- Brieuc, les approbations prennent souvent un caractère enthousiaste, soit que ce pays ait été jusqu'alors particulièrement déshérité, soit que d'Aiguillon, propriétaire des terres de Plélo et de Pordic, s'y soit spécialement intéressé.

« J'ai vu moi-même, écrit le capitaine aide-major du batail- » Ion de garde-côtes de Tréguier, le duc d'Aiguillon parcourir )) les routes de nos quartiers plusieurs fois, écouter les plaintes » du moindre paysan et leur rendre justice sur-le-champ; il ne » nous reste qu'à correspondre à son zèle, d'autant plus avan- » tageux à notre province que le paysan même semble oublier )) les travaux immenses qu'il a été obligé de faire, en voyant » l'utilité d'un si grand ouvrage ».

M. de la Lande-Calan écrit de Saint-Brieuc : « Jusqu'à » présent, je n'ai eu aucune plainte et je ne crois pas qu'il m'en » vienne, ne connaissant personne qui soit dans le cas de se » plaindre, même les corvoyeurs, auxquels on a rendu la cor- » vée le moins à charge qu'il a été possible, en ne les y occu- » pant que dans les temps les moins utiles au labourage; à » l'égard des abus, il s'en est commis, et même des vexations, » par les différents préposés à la confection des routes ; mais » aussitôt que je les ai fait connaître au duc d'Aiguillon, il y a » sur-le-champ remédié et ceux-là ne subsistent plus : il en » reste néanmoins encore auxquels il n'y a que les Etats et » vous qui puissiez remédier... »

Le recteur de Ploëzal, près Pontrieux : « Nous devons une )) éternelle reconnaissance à M. le duc d'Aiguillon pour les » peines et les soins qu'il s'est donnés afin de procurer à la

(1) Trois métairies qu'il possédait étaient louées chacune 132 1. ; toutes trois ont eu des terres expropriées pour la construction des routes. Cependant il les a louées par la suite 150 1., plus 300 1. de « gants » et il a dû ainsi aux travaux publics une augmentation de revenu annuel d'environ 154 1.

(^} Ce fait semblerait corroborer ce que dit, dans un mémoire de 1774, M. du Closneuf de Ilelloco (de Nantes) (H. 645), à savoir que de nombreuses requêtes pour ouverture de routes étaient déjà déposées, mais qu'on les fit prestement retirer, lorsqu'en 1764 le Parlement partit en guerre contre les grands chemins.

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» pioviiice des routes sûres et commodes ; sa bonté l'a fait des- » cendre dans le plus grand détail pour allier les travaux de la » campagne à la corvée et il a si bien réussi que le peuple qui » criait d'abord s'étonne aujourd'hui de la prompte exécution » d'un projet qui lui paraissait d'abord impossible ; il sent tout )» l'avantage des grandes routes et, malgré qu'il lui en coûte, » il se livre facilement à la réparation de celles qui peuvent lui » être de quelque utilité. »

Citons enfin, à cause de son importance spéciale, le témoignage de Le Brig-ant, de Pontrieux, qui pouvait avoir contre d'Aiguillon quelques ressentiments personnels, et qui était par situation tout inféodé au parti parlementaire (') : « Quoi- » que je sois peut-être le seul particulier de la province qui » aurait le droit de souhaiter que d'Aiguillon n'y fût jamais » venu, il n'en est cependant aucun qui sente plus vivement le » bien qu'il y a fait et la reconnaissance que la province devra » dans tous les temps à ses sages directions concernant les » grands chemins. S'il y a eu quelques murmures dans les » premières années, parce que le laboureur n'apercevait pas » l'équité de la direction et l'avantage qui lui en résulterait, il » est actuellement déprévenu et il s'y livre d'autant plus gaie- » ment qu'il a éprouvé qu'il travaillait pour lui ; ainsi, loin de » lui trouver aucune répugnance, il y a quatre paroisses limi- » trophes de notre diocèse et de celui de Tréguier qui seraient

(') Ce Le Brigant était, croyons-nous, le même qui s'était attiré en 1760 une assez désagréable aventure. Avocat et procureur fiscal à Pontrieux et imbu contre le militaire de ces sentiments hostiles, fort répandus parmi les gens de robe, dont l'expression se retrouve dans plus d'un passage des Mémoires de M. de la Clialotais, il avait écrit le 2 juin 1760 une lettre de plaintes contre M. de Grossolles, commandant dans le diocèse de Tréguier; entre autres faits allégués était celui-ci, qu'un lieutenant de IVoyal-Berry ayant fait une chute en montant un cheval de campagne, le paysan à qui ce cheval appartenait avait été forcé de donner un écu de 6 1. D'Aiguillon fut chargé de tirer l'affaire à clair, et peu après Le Brigant rétablissait dans une autre lettre la vérité des faits : c'était un procureur de Pontrieux qui, ayant connu l'aventure, avait imaginé d'intimider ce paysan, de lui faire craindre une peine rigoureuse et lui avait demandé une forte somme pour accommoder son affaire; ce malheureux n'avait pu fournir qu'un écu de 6 1. que le procureur avait gardé, àl'insude roflicier qui s'indigna vivement de cette escroquerie quand plus tard il en eut connaissance. « Je reconnais de plus, ajoutait Le >' Brigant, que c'est par une crainte mal fondée et sur des bruits piiLlics qui " n'avaient aucun fondement que j'ai parlé et fait mention des prétendues mena- » ces de M. le chevalier de Grossolles ». Le Brigant fut enfermé pour quelque temps aux Sept lies (11. 640*}.

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» prêtes à ofl'rir leurs bras et leurs voitures pour contribuera » un pont... ».

Quelques critiques, quelques desiderata trouvent place, naturellement, au milieu de ce concert d'éloges; on se plaint que l'exemption accordée aux veuves tourne à la surcharge des autres habitants, que les corvoyeurs n'aient pas de masses pour casser les pierres selon les prescriptions de l'ordonnance, que les charretiers ruinent les routes en les faisant parcourir par des charrettes à deux roues trop pesamment chargées, que des paroisses aient été convoquées à une distance plus grande que celle fixée par les ordonnances, etc.; quelques correspondants (*) se plaignent que leurs paroisses aient eu plus de tâche à faire que ne le comportait leur rôle de capitation, que les exécutions militaires par la maréchaussée se fassent avec trop de rigueur. Au total, sur 1C7 lettres écrites à la commission, 31 seulement font prédominer le blâme sur l'éloge. En y joignant les quelques requêtes que l'on put inspirer à certaines paroisses f) de présenter à la

(*) De la Belinaye, de Fougères; Duteil Séré, de Vilré, etc., etc.

(2) Notamment celles de Bruc, de Maure, dont M. de Bégasson était seigneur et où l'on relevait triomphalement une tâche de 4,860 toises de chemin, alors que la capitation ne s'élevait qu'à 2,226 1.; de Pipriac, de Guipry, de Guichen, toutes dans rille-et-Vilaine, la plupart à peu de distance de Rennes et du Parlement; de Carquefou, de Derval (Loire-Inférieure), à peu de distance du pays de M. de la Gascherie, etc , etc. Les Etals, constatant que les faits allégués dans ces requêtes étaient contredits par les rapports des ingénieurs, les renvoyèrent aux membres de la commission dans les diocèses intéressés pour en examiner la vérité. Or, les vérifications des commissaires intermédiaires, en 1765 et 1766, furent, s'il se peut, encore plus désastreuses pour les plaignants que les rapports émanés des correspondants des Etats. Il fut constaté, par exemple (11 juin 1766, Arch. Ille-et-Vii. G. fonds non encore classé), que la paroisse de Maure n'avait pas eu à empierrer 4,860 toises, comme elle le prétendait, mais 3,653, avec une hauteur réduite, si bien que la quantité de matériaux fournis était restée inférieure à celle qu'on eût été en droit, d'après le règlement, d'exiger pour un empierrement de 2,226 toises. Partout des chiffres inexacts, des confusions volontairement faites entre la tâche d'entreprise et celle de construction, des allégations dénuées de preuves sur de prétendus abus des garnisaires, etc., etc., étaient ce qui donnait aux plaintes une apparence de consistance. La paroisse de Parce, qui se plaignait d'avoir été assujettie à 1,390 toises d'entretien, plus à 610 d'empierrement, était obligée de reconnaître, dès le commencement des vérifications, qu'il s'agissait de 1,390 toises de lâche d'entretien, du nombre desquelles 610 formaient la tâche d'empierrement. La requête de la paroisse de Combourgtillé était l'œuvre d'un procureur, anciennement député de cette paroisse, destitué et mis en prison par ordre de l'intendant, qui, sur le refus du syndic et du recteur de la signer, l'avait signée lui-même du nom du syndic. Celle de Landéan,qui se plaignait d'un travail supplé-

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commission, on a le total de tout ce que les efforts des ennemis de d'Aiguillon purent réunir à la charge de l'administration : bien peu de chose, comme le remarque justement Linguet, eu égard à la propagande acharnée des anti-cheministes. Presque toutes ces plaintes roulent sur une prétendue disproportion entre la tâche de corvée et le rôle de capitation; mais elles négligent de distinguer entre la tâche d'empierrement, qui devait être proportionnelle à la capitation, et celle d'entretien, qui en était distincte; elles ne s'expliquent pas sur les suppléments de tâche dont certaines paroisses s'étaient volontairement chargées contre salaire et parfois même peut-être sans salaire; elles oublient systématiquement qu'en pareille matière c'est plutôt l'esprit que la lettre de la loi qu'il convient de suivre; que telle toise de chemin présente de grandes difficultés à construire et telle autre presque aucune; que les cotes de capitation se fractionnent à l'infini en sous et en deniers, mais que la nature ne se prête pas à des divisions si minutieuses -et si exactes; que la règle d'une toise par livre de capitation a d'ailleurs été établie pour des routes de cinquante-deux pieds de large et qu'il semble légitime d'augmenter proportionnellement cette longueur quand il s'agit de routes réduites à une largeur de quarante-deux pieds ('). En définitive, un seul fait un peu grave put être relevé à la charge de l'administration, et encore était-il évident qu'il inculpait non la direction supérieure, mais quelque subalterne négligent: uncorvoyeurde Pipriac(Ille-et-Vilaine), mis en prison pour non paiement de frais de garnison, y était resté 24 heures sans qu'il fût pourvu à sa subsistance.

Le rapport de la commission des grands chemins ne fut que le résumé des faits révélés par cette enquête. Tous ceux que la passion n'aveuglait pas furent unanimes à rendre hommage à la grandeur du service rendu, et à reconnaître qu'il restait peu de chose à faire pour porter cette administration à la perfection. Soucieux de réaliser ces quel-

mentaire, omettait avec soin de dire qu'elle avait été indemnisée pour ce travail. Il est extrêmement rare que les plaintes des paroisses soient reconnues bien fondées. En 1769, les vérifications des plaintes portées aux Etats aboutiront au même résultat.

(*) Lettre d'un des membres de la commission des grands cbemins à M. deMonc... (Arch. d'Ille-ct-Vil., C. 1773). C'est une brochure apologétique de l'administration des grands chemins, écrite par M. de la Noue.

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