DUPLICITÉ DE M DE LA CHALOTAIS
à un zèle désintéressé pour le rétablissement de la paix les vœux qu'il a pu faire pour l'accommodement du différend . Il s'ennuyait à Versailles, désirait revoir sa terre de Vern, et surtout pensait que la pacification de la Bretagne pourrait être pour lui le point de départ d'une fortune politique sans bornes et assurer son triomphe définitif sur le duc d'Aiguillon. Voilà pourquoi il jugeait à propos de travailler à accommoder les choses, jusqu'à un certain point toutefois, sans se compromettre, et en gardant avec soin une ligne de retraite si la proposition ne faisait pas fortune, afin de ne pas perdre la confiance de gens dont il s'était déjà servi et comptait bien se servir encore. « M. le Duc sera confondu ici, écrivait-il à » M, de Garadeuc dans une lettre du 15 janvier qui n'a pas été » produite au procès ('), on aura obligation à moi, suivant ce » que je vois, car la cour est embarrassée et sera bien aise de » sortir du mauvais pas où M. le Duc l'a mise. Tâchez d'un » autre côté que le roi ait consentement sur les deux sols pour » livre, car j'ai promis vos bons offices, ^^«'5 davantage, mais » faites en sorte que l'on puisse dire que vous avez servi... » Et dans une autre lettre du 18, produite, celle-là, au procès (*) : « La cour a été bien embarrassée, puisqu'elle nous a recher- » chés : nous avons gardé notre quant à moi. J'ai promis vos » bons offices, mais je ne voudrais pas que vous vous commis- » siez et je crois bien que vous ne l'aurez pas fait. Tout pour le » roi, et rien pour M. d'Aiguillon qui, j'espère, est perdu ici ». Et sa véritable pensée s'est exprimée dune manière encore bien moins voilée dans une autre lettre dont M. de Garadeuc a dû avouer l'existence, tout en cherchant à en dénaturer le sens trop évident : « Dites à nos amis de tenir ferme et de tout refuser » (*).
L'opposition était d'ailleurs dûment avertie dans chacune de ses lettres que les rigueurs ministérielles n'étaient nuUe-
(') Bien qu'elle tende plutôt, semble-t-il, à inculper qu'à disculper M. de la Chalotais,
(2) Procès, I, 2.32.
(•'') Dans son cinquième interrogatoire (Procès, II, 244) M. de Garadeuc n'avait pas nié l'existence de celte lettre; dans son récolemcnt (III, Gl'l il l'a avouée. Bien que l'original n'en ait pas, croyons-nous, été conservé, et que les amis de la Chalotais qui publièrent le Procès ne l'aient pas mise parmi les pièces qu'ils citent (on le comprend), on peut donc considérer l'existence de cette lettre comme fort probable, en dépit des efforts des clialotistes pour la nier.
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ment à redouter, et cependant il était bien évident que cette crainte seule pouvait être capable d'amener le Parlement et les Etats à résipiscence : « Vous savez, écrivait-il à M. de » Caradeuc le 20 janvier ('), les préparatifs des funérailles du » Parlement et des Etats que les ministres voudraient faire : » iuais le roi, plus honnête homine queux, ne veut point le mal, » il veut la paix, et il mérite qu'on la fasse pour lui <i quelque » prix que ce soit. Pour les ministres, M. d'Aiguillon, son oncle, » etc., ...ils méritent la haine publique etparticulière... Je vois » très clairement que ceci culbutera avant peu. Il n'est pas » possible que cela dure ». Le Journal du commandement cite ce passage bien plus significatif encore d'une lettre de M. de la Ghalotais dont nous n'avons pas vu l'original, et dont l'authenticité n'est donc pas certaine, mais peut, après ce qui précède, être considérée comme possible. « Tenez bon, aurait dit » le procureur général, la cour est plus embarrassée que nous: » elle a peur : Saint-Florentin est blâmé ici universelle- » ment » (^).
Quant aux autres mandés, ils s'étaient montrés aussi pour le projet des avocats extrêmement tièdes : « Nous écrivons » chacun de notre côté les faits à nos parents et amis, mandait ->' M. de Montreuil à M. de la Bellangerais (') : je ne sais pas » si mes camarades les ornent de réflexions; pour moi, j'ai » préféré les mander crûment et rester boutonné. » Et le 27 janvier : « Je ne me suis déterminé à écrire le 15 que parce » qu'on m'a persuadé que de renfermer en moi-même des » faits intéressants venus à ma connaissance, c'était m'en ren- » dre juge et m'exposer à des reproches bien fondés. La façon » dont j'ai écrit prouve assez que je n'ai été guidé que par ce » principe... Je n'ai point entendu exciter le Parlement à faire » ce qu'on exigeait ». Le 3 février, M. de Montreuil parle plus clairement encore... {^) : « J'ai été entraîné par la néces- » site... J'ai désiré ardemment que le parlement prit le parti » qu'il a préféré, et qui me paraît le meilleur. »
(') C'est cette lettre dont M. de la Clialotaisa été obligé de convenir qu'elle était trop vive (i" Mémoire, p. 38). Il allègue pour excuse l'état moral où il se trouvait, après un venial injuste occasionné par une calomnie qu'il avait détruite.
(') Journal, III, 1009. Cette lettre est citée dans un rapport anonyme envoyé de Rennes au duc d'Aiguillon (H. 630).
(3) Procès, I, 384.
(*)Ibid., 1,386.