DÉMISSION DU PARLEMENT (22 MAI
bourcher, de Villeblanclie, de Keranroy, Desnos des Fossés, etc., avaient parlé fortement contre les démissions, quelquesuns en ajoutant, il est vrai, qu'ils se rangeraient cependant au parti que prendrait la majorité. Une commission fut chargée de rédiger les motifs de la grave résolution qu'on allait prendre. Le mercredi 22 mai, jour solennel, son travail fut apporté aux chambres assemblées, au nombre de 86 magistrats. C'était un résumé de toute l'histoire des troubles du Parlement depuis l'envoi de la déclaration de 21 novembre. On s'appliquait à y démontrer la parfaite régularité de toute la conduite du Parlement ; s'il avait enregistré la déclaration, ce n'était que relativement à lui, et sans qu'il eût jamais oublié le droit des Etats d'y consentir ou de s'y opposer : l'acceptation des Etats était nécessaire pour autoriser toute levée de deniers dans la province, et leur opposition devant le Parlement légitime : le Parlement avait eu le devoir de la recevoir et avait le devoir de la juger : les lettres patentes du 7 novembre et tout ce qui s'en était suivi étaient donc contraires aux droits, franchises et libertés de la province, et tendaient à priver le Parlement de la plus importante de ses fonctions : des magistrats avilis par les imputations accablantes contenues dans les réponses du roi, mis dans l'impuissance de faire respecter ces lois dont ils devaient rendre le dépôt aussi intact qu'ils l'avaient reçu, n'avaient plus qu'à consommer l'abdication d'un ministère désormais inutile. « Si nous continuions nos fonctions, disait le Parlement dans une lettre adressée le même jour h toutes les autres classes, nous serions contraints ou d'étouffer le cri de la loi, et ce serait trahir l'Etat, ou de frapper du glaive de la justice les réfractaires à ses arrêts, et ce serait désobéir au roi ».
Telles étaient les phrases déclamatoires qui servaient à déguiser les véritables causes de tout l'esclandre, à savoir l'entêtement, la mauvaise humeur, l'esprit de corps, l'amour du désordre pour lui-même, l'espoir chez quelques-uns de perdre le commandant de la province, la faiblesse et la peur chez plusieurs autres, et ces derniers étaient certainement les plus nombreux ('). C'est ainsi que beaucoup de ceux qui
(') Un personnage, dont les amis les plus zélés des Parlements ne pouvaient pas et ne peuvent pas contester l'autorité, reconnaissait tout le premier la futilité des motil's allégués pour justifier les démissions de Rennes, Dans une lettre du 5 août
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s'étaient prononcés le hiiuli contre les (lémissions en signèrent l'acte le mercredi. Les présidents de Montbourcher, de (Uiiiteaugiron, de Robien, furent dans ce cas. Le président de Cuillé, retenu chez lui p.ir la maladie, avait écrit qu'il ne signerait pas : le premier président vint en personne lui apporter l'acte de démission, et il n'osa refuser d'y ajouter son nom. M. de Brilhac, absent aussi, céda également aux instances menaçantes qui lui furent adressées. M. de Villeblanche, qui s'était montré très vif contre les démissions, faiblit au moment suprême : il déclara qu'il sacrifiait à son attachement pour la compagnie son avis et sa charge, et qu'il allait signer contre sa conscience : on lui cria de n'en rien faire : « mais le ton de ceux qui parlaient ainsi, la fureur peinte dans leurs regards, leurs gestes d'emportement, annonçaient à M. de Villeblanche le sacrifice honteux qu'on exigeait de lui, et la crainte l'emporta sur le sentiment intime de ses devoirs » ('). M. de Montluc fit aussi défection. Douze magistrats seulement restèrent inébranlables aux menaces, aux insultes, et à la séduction de l'exemple. Ces douze héros du devoir, ces douze J. F.,, qui allaient servir de plastron à tant d'injures, furent MM. Desnos des Fossés, de Maniière de Guer, Huart de la liourbansais, de la Bourdonnaye de la Bretesche, Duparc, de Caradeuc de Keranroy , Le Borgne de Coëtivy, de Grand' Chambre ; le président de Langle de Coëtuhan, MM. de Rosili et Blanchard du Bois de la Miice, alors de service en Tournelle : de la Forest d'Armaillé, de la première des enquêtes : et Conen de Saint-Luc, de la deuxième des enquêtes. Leur supplice commença immédiatement. Qui pourrait retracer toutes les avanies, toutes les persécutions raffinées qui leur furent systématiquement prodiguées? Mis en quarantaine par leurs ex- col lègues, menacés d'être exclus du Parlement, eux et leur enfants, jusqu'à la troisième génération, montrés du
1765 (H. 436) au contrôleur général, qui avait soUicilé sa médialion, après tant d'autres, pour terminer les troubles, Monclar, le fameux procureur général d'Aix, déclarait le Parlement de Rennes inexcusable « d'avoir voulu suspendre de son autorité une levée qui doit êlre uniforme dans tout le royaume, après avoir enregistré lui-même, et après que toutes les formes usitées pour établir des perceptions semblables avaient été remplies. » 11 refusait le nom de « vrais et fidèles parlementaires » à tous ceux qui tracassent sans savoir où ils vont ■> et qualiliait de folie une délibération que Grenoble venait de prendre en faveur de Rennes. (') Journal du commandement, IV, 162.