‹ La Brie d'autrefoisChapitre 14 sur 33 · VENTE DE LA MARIER · texte numérisé non relu

VENTE DE LA MARIER

A peine les rires excités par la sortie tumultueuse des guillonneux ont-ils cessé, qu'un garçon se lève et annonce que, « suivant l'habitude, » on va procéder à la vente de madame la mariée et Tadjuger au plus offrant et dernier enchérisseur.

« Avis à ceux qui désirent la posséder », continue-t-il, en accentuant ses paroles d'un sourire narquois à l'adresse de l'époux, qui cherche à faire bonne contenance. L'un des jeunes gens crie alors la mise à prix; un autre, une assiette à la main, se dispose à ramasser le montant des

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enchères, et la vente commence, acharnée, sans trêve ni merci, entre les dames et le marié, les demoiselles et les jeunes gens, combattus euxmêmes par les noceux mariés. Mais on comprend bien que les chances sont inégales et que, malgré les chaudes péripéties de la lutte, les garçons qui dirigent la vente s'arrangent toujours de façon à se rendre adjudicataires.

Une fois en possession de la mariée, les jeunes gens la gardent à vue à tour de rôle et ne la livrent à son mari que s'il consent à surenchérir d'une somme qui lui est désignée, et cela le plus tard possible; on veut, en effet, jouir longuement du dépit qu'il éprouve à ne pouvoir approcher de sa femme.

L'argent provenant de la vente est généreusement versé par les garçons entre les mains des demoiselles et s'applique tout entier à l'acquisition de dragées et de pralines, que la mère de Fun ou de l'autre des époux distribue par cuillerées à tous les convives.

34 Lt^ ^rie d'autrefois.

Cet "usage ayant amené certaines contestations entre jeunes gens et marié, les uns ne voulant pas abandonner ce qu'ils appelaient leurs droits, et Tautre se refusant à racheter sa femme, on finit par le délaisser entièrement, et la vente de la mariée fut remplacée par celle de sa jarretière, qui se pratique encore à l'heure où nous écrivons. Cette vente n'est absolument que la parodie de la première, avec cette différence toutefois que les rubans ou faveurs de mariée {sa jarretière) sont, après l'adjudication, coupés et distribués à tous les gens de la noce, qui s'honorent de les porter à leur boutonnière.

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