LE LENDEMAIN DE NOCES. — VIN CHAUD ET LAIT BOUILLANT
De grand matin, les garçons, musique en tête, arrivent sous les fenêtres des nouveaux mariés, frappent à la porte et font un tapage infernal jusqu''à ce que celle-ci tourne sur ses gonds. A peine est-elle entr'ouverte, qu'ils se glissent par l'ouverture et présentent à chacun des époux un bol de vin chaud où nagent quelques tranches de pain , — la traditionnelle rôtie au sucre.
Ceux-ci se montrent tout confus de cet impertinent hommage, car, s'il y a gloire pour les jeunes gens à découvrir le lieu où les mariés se sont retirés et surtout à les surprendre le matin au lit, c'est une sorte d''humiliation pour ces
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derniers de n'avoir pas su dissimuler leur fuite ainsi que leur retraite à Toeil vigilant de ceux qui les poursuivaient, et ils doivent s'attendre aux plaisanteries les plus hasardées des loustics de la noce. Ce nouveau tribut payé aux antiques coutumes, la troupe Joyeuse s'en va de porte en porte courir le lait boullu chez les noceux, c'està-dire prendre une tasse de lait bouillant préparé à leur intention chez la plupart des invités.
La journée se passe ensuite comme celle de la veille : repas, réjouissances à peu près identiques.
N'oublions pas cependant une promenade à la ville voisine, où, précédés des musiciens, les invités vont payer — comme cadeau de noces — divers ustensiles de ménage aux nouveaux époux, et d'où chacun revient portant triomphalement sur l'épaule l'objet ou les objets dus à sa propre générosité.
Autrefois, les jeunes gens et les filles se cotisaient et offraient au marié et à la mariée de
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larges rubans aux couleurs éclatantes, que Tun et l'autre devaient porter en sautoir pendant toutes les promenades. En échange de ce gracieux tribut, les époux donnaient des cornets de dragées.
Les réjouissances se continuent encore le troisième et souvent le quatrième jour; des excursions dans les pays limitrophes et des danses et rafraîchissements chez les invités de ces pays en forment la plus grande partie; mais c'est toujours à la maison de noce, dans un souper et des danses finales, qu'expirent ces fêtes pleines d'entrain, de bonne humeur et de gaieté folle.
Telles étaient, dans toute leur franche simplicité, ces pratiques des jours de noces dans nos campagnes. Mais, nous l'avons dit en commençant , ils s'en vont les vieux usages briards; chaque minute, chaque seconde de notre siècle indifférent et réaliste en emporte les derniers restes, et le temps n'est pas éloigné où, sauf les pages de quelque recueil où ils seront heureuse-
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ment consignés, nul n'en gardera le moindre souvenir.
Avouons pourtant qu'elles avaient du bon, ces antiques et joyeuses fêtes de Thyménée, et que les réjouissances dont elles étaient l'objet, le bouillant entrain qui y présidait, valaient bien les lignes que nous venons de leur consacrer.