‹ La Brie d'autrefoisChapitre 17 sur 33 · LE BAPTÊME D'UN NOUYEAU-NÉ · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME D'UN NOUYEAU-NÉ

'où vient qu'elle se trouve ainsi tout en fête, la maison des jeunes époux Simon ? C'est que, depuis trois jours, un rejeton leur est né, fils gros et rose, espoir de Tavenir, bonheur du présent, et que ce matin même il sera présenté sur les fonts baptismaux. Déjà la matrone qui a présidé à l'entrée du bébé en ce monde tient Tenfant sur ses genoux et de ses doigts légers le revêt et le pomponne.

La porte s'ouvre, et, bras dessus, bras dessous, un couple jeune et joyeux fait son entrée. La jeune fille coquettement coiffée du bonnet rond

traditionnel, camisole rouge, cotte à bâtons noirs et blancs, tablier à bavette, fichu brodé sur les épaules, croix d'or sur la poitrine : c'est la marraine. Le jeune homme vêtu de la veste à boutons d'or, culotte courte, chapeau noir haut de forme, cravate blanche à coins de dentelle, souliers à boucle, larges anneaux d'or aux oreilles : c'est le parrain. A peine sont-iis entrés que le jeune garçon tire du panier qu'il tient au bras un joli bouquet de fleurs artificielles, orné d'un long ruban immaculé, et, s'approchant respectueusement de la jeune fille :

« Mademoiselle, dit-il en s'inclinant :

Je vous offre ce bouquet, Qui n'est ni beau ni bien fait; Il n'y manque qu'une fleur, C'est la fleur de votre cœur; Mettez-y la main, 11 n'y manquera plus rien, »

La jeune fille « met la main » au bouquet, qu'elle place sur sa poitrine; après quoi, suivant

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de près la matrone qui porte l'enfant, on se dirii^e vers Téfflise.

La cérémonie terminée, un cornet de dragées au fond duquel se trouve une pièce d'argent est offert au prêtre, un autre cornet au clerc paroissial, aux enfants de chœur une poignée de dragées et quelques sous.

A la porte se rencontrent les sonneurs, qui, après avoir carillonné joyeusement le baptême, viennent au bruit de coups de fusils, de pistolets, etc., solliciter la récompense de la peine qu'ils se sont donnée. Le parrain met la main au gousset, et l'on regagne ensuite la demeure du bébé.

Durant le trajet, le parrain et la marraine lancent à toute volée à Tessaim d'écoliers qui les suivent de généreuses poignées de dragées. Parfois, maint compère se plaît à y mêler de gros haricots, — cruelle déception pour les pauvres gamins, race gourmande, comme chacun sait. Ajoutons bien vite qu'ils ne se gênent guère

d'ailleurs pour rendre monnaie de la pièce et se venger de cette mystitication — ou de cette lésinerie — en criant à tue-téte :

A la crasse! A la crasse!

V a d'ia crasse au fond du sac'

Entîn, le nouveau chrétien est remis à sa mère et c'est par un gai et plantureux repas que se termine la journée.

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