D) EQUILIBRE CALORIQUE
La confrontation entre la perspiration basale et la dépense calorique peut nous donner des renseignements sur l’équilibre calorique et sur la régulation thermique.
Le principe fondamental de l'équilibre calorique est celui de l’équivalence de la production et de la déperdition de chaleur à température constante.
Nous mesurons la production par les échanges gazeux respiratoires.
La déperdition lui est égale, dès lors que la température est stable, que le sujet soit apyrétique ou fébricitant.
Restent à étudier les modalités de la déperdition.
Celle-ci se fait selon 3 modes
1° Perspiration cutanée ou pulmonaire.
Chaque gramme de vapeur d’eau entraîne 0,6 calories.
2° Conductibilité de l'organisme, qui tend à se refroidir continuellement, de même que tout corps plongé dans un milieu plus froid. On a discuté si ce refroidissement obéit à la loi de Newton qui donne le refroidissement d’un corps organique homogène. Il est vraisemblable que ce n'est pas sans une certaine approximation tenant à l’hétérogénéité du corps et aux vêtements. Ce refroidissement n'a pu être étudié que sur le cadavre ; et Guillemot et Bouchut ont trouvé que le cadavre d’un adulte de 60 kgs, normalement vêtu, perd 550 calories en été, 1450 en hiver. Nous n'avons aucune notion sur la perte de la chaleur par conductibilité chez le vivant.
3° La convection de chaleur à la peau par circulation sanguine est fonction de la vitesse et du débit de la circulation artérielle et veineuse et des réactions vaso-motrices cutanées. |
Tous les physiologistes depuis Claude Bernard admettent que c'est là le principal facteur de la régulation thermique.
Ch. Richet écrit : « La peau suffit avec ses défenses actives et passives, pour régler la température du corps ». Il démontre que le froid s'accompagne de vaso-constriction périphérique, et la chaleur de vaso-dilatation.
Lefèvre conteste que le froid s'accompagne tou-
SR
Jours de vaso-constriction ; il décrit > modes de réactions cutanées au froid :chez les sujets débilités, une vaso-constriction avec pâleur et, chez ceux qui en peuvent faire les frais, une hyperhémie active ; dans cette hyperhémie, la peau est resserrée, alors que dans l'hyperhémie au chaud, qui existe chez tous les sujets, la peau est relâchée. Mais il considère comme inattaquable, la notion du rôle capital joué par la circulation cutanée.
De ce résumé, nous tirerons la notion pratique suivante :
Chez un malade, c'est-à-dire chez un sujet alité pour qui le milieu extérieur est invariable, la déperdition de chaleur se fait suivant 2 processus :
1° L’évaporation de l’eau, cutanée ou pulmonaire. 2° Le rayonnement direct,
par conduction et convection qui dépend essentiellement du débit de la circulation générale et des réactions vaso-motrices périphériques. |
C’est ce dernier processus qui réglerait l'équilibre calorique.
Nous étudierons successivement 3 aspects du problème :
1° L'équilibre calorique du nourrisson apyrétique.
>° L'équilibre calorique du fébricitant.et en particulier du bronchopneumonique.
3° Les facteurs de la régulation thermique.
7 Mey
a) Equilibre calorique du nourrisson apyrétique
Nous nous contenterons, dans cette étude, d’aborder un aspect du problème à savoir la part qui, dans l’éimination calorique, revient à la perspiration et au rayonnement direct. |
Nous avons des mesures simultanées de la dépense calorique et de la perspiration ; nous savons que la dépense caloriqueestégaleà la somme perspiration + rayonnement direct. Il nous a paru commode de discuter les variations du rapport perspiration/dépense calorique, que nous dénommons : rapport calorique de perspiration.
Chez Ar... (n° V), perspiration basale : 360 gr. valant 210 calories.
Dépense minimum : 550.
Rapport calorique : 39 %.
Chez Gauth. (n° IX), perspiration basale : 180 gr. valant 110 calories.
Dépense minimum : 110 cal.
Rapport calorique : 100 % (?)
Nous ne rapporterons pas en détail une série d’observations
Grif. agité rapport calorique 58 %
Kor. calme » » 1200 Lard. calme » » ho %
agité ») » 63 ee Rog. calme » » 36 %
agité ») » 65 %
Dans l'ensemble, le rapport calorique de la perspiration varie entre 4o et 60 %,. Il est plus élevé pendant les phases d’agitation.
b) Equilibre calorique du bronchopneumonique. Voici les valeurs trouvée chez nos malades :
Co..., perspiration basale : 220 gr., soit 130 cal. Dépense minimum : 175 Rapport calorique : 75 %.
Deuxième mesure.
Perspiration basale : 340 gr., soit 200 calories. Dépense minimum : 220 calories.
Rapport calorique : 90 %.
Maur..., pendant la coqueluche.
Perspiration basale : 220 gr., soit 180 calories. Dépense minimum : 250 calories.
Rapport calorique : 55 %.
Pendant sa poussée de congestion pulmonaire Perspiration basale : 550 gr., soit 330 calorie. Dépense minimum : 470 calories.
Rapport calorique : 70 %.
Mett..…., perspiration basale : 240 gr., soit 140 calories. |
Dépense minimum : 280 calories.
Rapport calorique : 50 %.
Ga..., perspiration basale : 500 gr., soit 300 calories,
Dépense minimum : 340 calories.
Rapport calorique : 85 %.
Bout..., perspiration basale : 190 gr., soit 110 calories.
Dépense minimum : 155 calories.
Rapport calorique : 67 %.
Sev.., perspiration basale : 4oo grammes, soit 240 calories.
Dépense minimum : 250 calories.
Rapport calorique : 95 %. x
Br..., perspiration basale : 290 gr., soit 175 calories.
Dépense minimum : 200 calories.
Rapport calorique : 87 %.
Sch..…., perspiration basale : 380 gr., soit 230 calories.
Dépense minimum : 250 calories.
Rapport calorique : 90 %.
Dans presque tous ces cas, le rapport calorique est voisin de 80 %.
Il en résulte que la presque totalité de la chaleur émise l’est par la perspiration et que le rôle de rayonnement direct, c'est-à-dire de la circulation cutanée, tend à s’annuler. ns
C'est donc la perspiration qui est le principal agent de l'équilibre. Nous attribuons à ce fait une haute valeur pronostique, car il implique un grand ralentissement de la circulation périphérique, c’està-dire un trouble cardio vasculaire important.
E) RÉGULATION THERMIQUE DU BRONCHOPNEUMONIQUE
Nous avons quelques observations qui montrent des variations parallèles de la température, de la perspiration et de la dépense calorique.
Il est admis qu’une variation thermique correspond à un excès soit de la production, soit de la déperdition. Cet excès est égal au produit de la chaleur spécifique du corps par son poids et par la variation thermique. Excès — Pe x P x (T—T) — 0,83.:x 2 x (T —T').
Ainsi quand la température d’un nourrisson de 3 kilogrammes s'élève de 1°, l'excès de la production sur la déperdition, atteint 2,5 calories.
On sait que la fièvre résulte de > processus : production accrue, ou déperdition réduite. Nous avons eu l’occasion d'observer les 2 phénomènes (rappelons que la perspiration est un peu inférieure à la PH/d'environ.E er.)
1) Dans un cas particulier, l'enfant Lefr... (n° VID dont nous pratiquions la pesée horaire en série, nous trouvons un jour une PH de 3 gr. au lieu de 8 ; la température venait de s'élever à 38°. On saisit sur le vif le processus d’une élévation thermique par diminution de la PH.
2):0bS:J0b45 (n° XXII) Broncho-pneumonie par exposition au froid chez un enfant de 2.200 gram-
mes.
Première mesure le jour de la mort à 10 heures.
Perspiration, 10 grammes, soit 6 calories.
‘Gaz carbonique, inappréciable.
Chute thermique, de 39° à 35°,7, soit 3° Fe
Excès théorique de la déperdition : 3,3 x 2,2 x DO 0 NCA
C’est précisément le nombre mesuré.
2° mesure, Perspiration, 10 gr., soit 6 calories.
Gaz carbonique : 16 ce par minute, soit 5 calories par heure.
Excès de la déperdition : 1 calorie.
La température baisse de 35,7 à 39,4.
3) Obs. Br... (n° XX). Le jour de la mort.
° mesure : perspiration : 10 gr., soit 6 calories. Gaz carbonique : 20 ce min., soit 6,6 cal/eure. Chute thermique de 42,2 à 4r.
2° mesure : perspiration inappréciable.
Gaz carbonique : 4o ce.
Elévation thermique : à 42,3.
4) Obs. Guich... (n° XXIIT.
Mesure faite pendant une période de température stable :
Perspiration : 20 gr., soit 12 calories.
Gaz carbonique : 65 ec, soit 21 cal/heure.
On en déduit : rayonnement direct = 21 — 12 = 9 cal. ”
À 9 heures : Perspiration, 13 gr. = 8 calories.
-Gaz carbonique : 65 cc/min. = 21 cal/heure.
La température monte de 38,6 à 39,4.
De 10 h. 5 à r1 h. à : perspiration : 30 gr., soit 18 calories.
Gaz carbonique : go cc/min., soit »8 cal/heure. Température stable.
Donc, avec un excès de la production sur la perspiration de g ou 10 calories, il y a équilibre thermique, et avec un excès de 13 calories, soit 4 calories de plus, il y a élévation thermique de o°,8.
Cette élévation chez un enfant de 6.500 gr. correspond précisément à un excès théorique de 4 calories.
Il semble donc que les variations de la PH, soient un des principaux facteurs de la régulation thermique.
Conclusion.
De l’ensemble de notre travail, nous tirons 2 éléments : ce qui nous paraît caractériser au point de vue pathologique, la broncho-pneumonie du nourrisson, C’est :
1) Le rôle essentiel de la perspiration dans la nutrition, dans l'équilibre calorique, et dans la régulation thermique.
2) Ce n’est pas que la perspiration soit très accrue, en valeur absolue, mais elle doit cette importance relative à la diminution de l’apport alimentaire.
C’est cette diminution que nous allons rapidement
étudier.