I) TRAITEMENT HYGIÉNIQUE
L’'hygiène du bronchopneumonique, comme celle de tout malade, sera assurée par l’aération, le soleil, la chaleur et une attitude convenable.
Aération. — L’aération nécessite un cubage d’air considérable et que nous avons déjà déterminé. Il ne faut pas oublier de tenir compte du personnel
TOSLE
nombreux qui ne quitte pas de tels maïades, et, pour une salle de 4 malades, on doit disposer de 120 mètres cubes. M. le Professeur Marfan recommande d'ouvrir les fenêtres 4 ou D fois par Jour, plus ou moins longtemps, selon les conditions atmosphériques. Il condamne la pratique qui consiste à saturer l'air de vapeur d’eau, surtout chargée de principes balsamiques comme ceux que dégagent les feuilles d’eucalyptus ; car la chambre est emplie de vapeurs irritantes qui finissent par en rendre l'air irrespirable. Les Américains, pour mieux assurer la ventilation des poumons malades ont été jusqu'à faire séjourner les enfants en plein air tout le jour, ne les rentrant que pour le change dans une pièce chauffée. Ils semblent toutefois n'avoir pas trouvé d'avantage considérable à cette pratique.
À la Maternité, des jalousies sont constamment ouvertes, sauf lors du change.
Il nous semble que les fièvres « inverses » à température matinale plus haute, s’observent surtout quand la fenêtre n’a pas été ouverte pendant la nuit.
Soleil. — Si, à l’aération, on peut associer l’action tonique et bactéricide du soleil, seul agent réellement capable de stériliser les surfaces souillées qui lui sont exposées, on diminue autant qu'il est possible les chances de surinfection hospitalière.
Chaleur. — Enfin il est indispensable d'empêcher le refroidissement auquel les nourrissons sont si sensibles. Une chaleur ambiante suffisante équivaut à
une épargne de calories, ce qui est précieux pour traiter des malades en voie de dénutrition ou tout au moins en instance de dénutrition. La chambre sera donc chauffée à 18 ou 20 degrés, et il n’est pas mauvais que la température atteigne 23 ou 24 degrés, au moment des changes et des bains. Pour donner une idée de l'importance du refroidissement, signalons seulement que, chez un nourrisson de 3.500 gr., bien portant, laissé nu pendant une heure, en été, à une température de 27 degrés, la température rectale s’est abaissée de 37 à 35,5.
Bien entendu, l'enfant est couvert de laine, la tête coiffée d'un bonnetdelaine.S'ilest hypothermique, il sera protégé par une ou deux boules chaudes placées dans le berceau, et enveloppé, non seulement dans la laine, mais dans l’ouate. On peut, si la température reste au-dessous de 36, le réchauffer dans un bain à 38, et recouvrir sa chemise d’une couche d’ouate entourée par une enveloppe de taffetas imperméable. 11 faut, en ce cas, surveiller fréquemment la température, car cet enveloppement est susceptible de provoquer de l’hyperthermie.
Attitude. — Reste à éviter la congestion hypostatique : l’enfant ne sera pas laissé en décubitus dorsal, mais il sera couché sur le côté et le plus possible promené dans les bras, le tronc presque vertical.
Il) DiÉTÉTIQUE.
Deux points sont à considérer : la nature et la quantité des aliments
1° Nature. — Beaucoup de malades supportent sans peine le lait ou le régime mixte, lait et bouillies, auquel ils étaient soumis. Il n'y à pas à modifier la composition de leurs biberons.
Les autres vomissent le lait de vache, ont une certaine diarrhée, et pourtant boivent l’eau avec avidité. Cette intolérance s’observe chez ceux que l’on a récemment sevrés. On devra leur rendre du lait de nourrice, ou, à défaut du lait d’ânesse, ou même essayer des bouillies légères de farines maltosées ou torréfiées. D’ordinaire, il tolère mieux des biberons plus dilués, et on les composera d’une moindre quantité de lait ou de farine pour une même capacité totale. S'il s'amaigrit, on les sucrera à 10 % au lieu de 5 %,. |
M. le Professeur Marfan recommande de diluer le lait avec de l’eau d'orge et, deux fois par jour, avec du thé très léger.
2° Quantité. — Là encore, il convient de faire deux catégories de cas. Quand le nourrisson, peu atteint, garde son appétit, on peut lui laisser son alimentation habituelle. Il est d’ailleurs rare que l’appétit soit intégralement conservé.
Quand le petit malade refuse le biberon, .çu’on arrive à peine en 24 heures à lui faire absorber la
moitié de sa ration, il convient d'étudier la nature de son anorexie,
Elle dépend, soit de l'encombrement du tube digestif par des mucosités, soit d’une toxi-infection profonde.
Dans le premier cas, il convient de force: l’alimentation, imposant à l'enfant la cuiller ou le biberon. S'il vomit, il évacue des glaires, et le vomissement est parfois suivi d’un réveil passager de l’appétit. C’est dans ces cas qu'un lavage d'estomac, s’il n'est pas contre indiqué par la dyspnée, rendra les plus grands services.
Il paraissait logique de tenter de favoriser la dissolution du mucus par l'acide chlorhydrique. Les petits malades ont reçu, soit avant, soit une demiheure après chaque tétée une cuillerée à café d’une solution d’acide chlorhydrique titrée à 4 pour 1000. Cette thérapeutique n’a eu aucun succès.
Si l’enfant est profondément intoxiqué, on s’efforcera pourtant de lui faire prendre par cuillerées, de demi-heure en demi-heure, le plus qu'il acceptera.
En règle générale, en matière d'alimentation, la balance est le meilleur guide. Il est certain qu'elle ne permet pas de discerner les amaigrissements cachés derrière une rétention hydrique, mais on peut dire, avec une approximation cliniquement suffisante, qu’un enfant malade, dont le poids ne baisse pas, prend assez.
Nous avons vu que la dénutrition des bronchopneumoniques est essentiellement due à l'insuffi-
sance de l’apport alimentaire Tout l'effort du per: sonnel soignant doit être tourné vers l'alimentation. Certes, les nourrissons profondément infectés ne tolèrent pas l'alimentation qu'on leur offre. Mais il nous semble qu'un apport alimentaire suffisant reste uné gros élément de pronostic favorable.
III) TRAITEMENT RÉVÜLSIF,
La révulsion est la partie fondamentale du Uaitetement. Le bain est son agent essentiel : il combat la congestion de l'appareil pulmonaire et lutte soit contre l’hyperthermie, soit contre l’hypothermie.
On utilisera des bains chauds à 37 ou 38 degrés, répétés 3 à 6 fois par jour, autant chez les hyperthérmiques, dont la température dépasse 39, que chez les hypothermiques au-dessous de 36. L'enfant y est maintenu 5 à ro minutes. La respiration se ralentit ; la cyanose diminue, la peau rougit, le bain est souvent suivi par un sommeil calme, par une tétée plus aisée. -
Dans les broncho-pneumonies suraiguës, on pourra sinapiser un bain sur deux ; son action est ainsi rendue plus rapide et plus efficace. La balnéation ne comporte que deux contre-indications : une asthénie si prononcée que l’on puisse craindre un collapsus dans le bain et une hyperexcitabilité telle que le bain réveille des convulsions.