I.YI NOTICE BIOGRAPHIQUE
et son retour, vers onze heures du soir, au logis, où il ne retrouve ni Blondel ni sa clef. Ce n'est que le lendemain, vers six ou sept heures du matin, qu'on put faire ouvrir la porte de la chamhre par un serrurier, et constater que Blondel avait forcé le bureau et volé sept sacs contenant 2490 livres*, qui représentaient près de 9000 francs de notre monnaie, emportant du même coup l'habit de couleur, la culotte, le chapeau, le linge dont il était couvert et qui appartenaient à l'abbé. Le commissaire fit une information; mais la police, que plus tard la Bruyère devait traiter si rudement^, ne sut pas retrouver le coupable.
C'est le seul incident que nous connaissions de la vie de la Bruyère au cours des années où il vécut en sage au milieu des siens. La peinture lamentable qu'il a faite de l'intérieur de certaines familles est, j'aime à le penser, très-dissemblable de celle qu'il eût pu faire de la vie en commun dans la sienne. Toutefois le souvenir de sa remarque sur les dures obligations qu'impose l'attente de l'héritage d'un collatéral, le partage des enfants de Mme de la Bruyère en deux groupes, et ce cri même de douleur qu'il semble jeter en parlant des jalousies, des antipathies et des dissentiments secrets de parents qui paraissent vivre en paix', permettraient peut-être de se demander si l'amertume de quelques-unes de ses réflexions n'est pas le fruit de l'expérience quotidienne de la vie commune, et si l'amour de l'étude n'eut pas pour lui cet avantage de l'éloigner de quelques soucis domestiques et du spectacle de mesquines querelles.
Pourvu d'une charge et non d'un emploi, la Bruyère avait
I. Deux voyages avaient été nécessaires pour descendre de la chambre de la Bruyère ce lourd fardeau d'écus et de menue monnaie, déposés dans un bureau en forme d'armoire.
1, Tome II, p. 189, n" 53.
3. « L'intérieur des familles est souvent troublé par les défiances, par les jalousies et par l'antipathie, pendant que des dehors contents, paisibles et enjoués nous trompent et nous y font supposer une paix qui n'y est point : il y en a peu qui gagnent à être approfondies. Cette visite que vous rendez %'ient de suspendre une querelle domestique, qui n'attend que votre retraite pour recommencer. » (Tome I, p. a3o et 23i, n" 40.)
SUR LA BRUYERE. lvii
assez de « fermeté et d'étendue d'esprit » pour se passer des occupations que recherche le vulgaire, « et consentir à demeurer chez soi et à ne rien faire ; » il avait « assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité » et « assez de fond pour remplir le vide du temps. » Il a défini plus tard, en homme qui en sait le pi'ix, la liberté et l'oisiveté du sage. Il renonça cependant, en 1684, à ce qu'il appellera le « libre usage du temps, le choix du travail et de l'exercice, » le droit d'être « seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point. » Dix années pour le moins se sont écoulées où il a pleinement joui de la plus absolue liberté, et une heure vient où elle lui semble « trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne sert qu'à lui faire désirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté'. » Dira-t-on qu'il ne put résister à l'attrait d'une éducation princière ? Céda-t-il à un mouvement d'ambition en s'attachant à la maison de Bourbon? Un revers de fortune l'y avait-il contraint ? Quelle que soit l'explication du fait, il aliéna son indépendance, et prit place parmi les maîtres chargés d'achever l'éducation du petit-fils de Condé.
Fontenelle a dit de Bossuet qu'il « fournissoit ordinairement aux princes les gens de mérite dans les lettres dont ils avoient
I. Les réflexions qu'il semble avoir écrites en pensant à l'emploi qu'il savait faire de sa liberté', soit avant soit après les dixhuit mois qu'il a employés à l'éducation du duc de Bourbon, me'ritent d'être citées textuellement : « Il faut en France, dit-il dès la i" édition, dans le chapitre du Mérite personnel^ beaucoup de fermeté et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi, et à ne rien faire. Personne presque n'a assez de mérite potu- jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fond pour remplir le vide du temps, sans ce que le \'ulgaire appelle des affaires. Il ne manque cependant à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille s'appelât travailler. » (Tome I, p. i54, n" 12.) Et en iGgS, dans le chapitre des Jugements : « .... La liberté n'est pas oisiveté; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travcdl et de l'exercice : être libre, en un mot, n'est pas ne rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point. Quel bien en ce sens que la liberté J » (Tome II, p. 121, n° 104. Conférez encore, ibidem^ p. laa et ia3, n" 109.)
La BRUYIiRE. 1 D
Lvni NOTICE BIOGRAPHIQUE
besoin*. » La Bruyère est le plus illustre des hommes de mérite qui entrèrent, sous les auspices de Bossuet, dans la maison de Monsieur le Prince*.
Le jeune duc de Bourbon, quand la Bruyère devint l'un de ses maîtres, venait d'achever, à l'âge de près de seize ans, sa seconde année de philosophie au collège de Clermont, qui devait bientôt recevoir le nom de Louis-le-Grand. Soit comme interne, soit comme externe', il avait été, pendant six années, l'écoUer le plus choyé et le plus fêté des jésuites, dont la congrégation avait élevé son père à Namur et son grand-père à Bourges. Il n'est compliment qu'il n'eût entendu, éloge dont il n'eût été l'objet. Le P. Talon, le principal du collège, annonçait en lui, toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion, un prince admirable, 11 échappait bien de temps à autre quelques paroles
I. Éloge de Valincourt {OEuvres complètes^ ^74^ i ^ome VI, p. 441). C'est sur l'autorité de l'abbé d'Olivet que l'on a attribué à Bossuet l'introduction de la Bruyère auprès des princes de Bourbon : « Il acheta, dit-il, luie charge de trésorier de France à Caen; mais à peine la possédoit-il (d'Olivet se trompe de dix années) qu'il fut mis par M. Bossuet, arcbevêque de 3Ieaux, auprès de feu Monsieur le Duc, pour lui enseigner l'histoire. » {Histoire de P Académie française, édition de M. Livet, tome II, p. 3l6.)
a. En pénétrant, à la suite de notre auteur, dans la famille des Condé, nous adopterons, pour désigner les trois princes dont elle >e composait, les appellations par lesquelles on les distinguait alors : Monsieur le Prince était le grand Condé; Monsieur le Duc, le duc de Bourbon, son fils; et le duc de Bourbon, son petit-fils. (Voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome VI, édition de 1873, p. 848- 365.)
3. Sur le séjour du duc de Bourbon au collège de Clermont, oomme aussi sur les études qu'il fit au sortir du collège, consultez le Journal de la Bruyère dans la maison de Condé^ publié par
SUR LA BRUYERE. tix
de mécontentement au P. Alleaume, l'un des deux jésuites qui étaient attachés à sa personne en qualité de précepteurs; mais ces plaintes, quand elles se faisaient jour à travers les louanges, étaient mesurées et discrètes*.
On trouve un langage moins flatteur dans les lettres adressées à Condé par un M. Deschamps, qui était chargé de la surveillance générale des études du duc de Bourbon, dirigeait ses lectures et lui donnait des leçons d'histoire et de géographie. Il y signale avec sincérité ses défauts^, et le re-
M. Etienne Allaire dans le Correspondant^ nos <Jes iq août, lo septembre, 35 novembre, aS décembre 1874 et 23 janvier 1875.
I. Le P. Alleaume me paraît le seul Père qui ne soit pas toujours résolument satisfait de son élève et qui en parle froidement et sans enthousiasme. Eu janvier i683, il rend compte d'une dispute solennelle dans la classe de logique : « Monseigneur ne disputa pas avec grand feu ; mais du moins il ne languit pas, comme il faisoit ordinairement : il dit d'une voix haute, avec assez de présence d'esprit, l'essentiel de ce qu'il falloit dire. » A côté de ce rapport placez celui du P, Talon : « Monseigneur a fait rage dans cette journée; tous nos Messieurs de la maison professe et du noviciat sont sortis ravis de la séance et l'ont accablé de compliments. » Et M. Allaire, à qui nous empruntons ces citations, ajoute : « Le yénérable P. Jourdan pleurait de joie. Le P. Commire embouche aussitôt la trompette héroïque : il présente à Monseigneur un impromptu en vers latins où il le met bien au-dessus de son père et de son grand-père.... » {Journal de la Bruyère, dans le Correspondant^ n» du 10 septembre 1874, p. 1057.) Il n'est pas surprenant que le duc de Bourbon se plût dans la société des Pères plus que dans toute autre, et qu'il aimât tout particulièrement le P. Talon. « Le 4 janvier i684, écrit ce dernier à Condé, il faisoit mauvais temps, et je me suis réfugié dans notre petit hôtel de Bourbon, où j'ai trouvé Mgr le duc de ce nom, grand, gras beau et fort gai. Me voyant de loin, il a fendu la presse de quinze ou vingt jésuites et d'autant de nos pensionnaires, pour venir me sauter au cou. » [Ibidem^ p. 1060 et 1061). Ce petit hôtel de Bourbon était la maison, contiguë au collège, que le duc de ce nom, comme dit le P. Talon, avait habitée pendant son internat. Son père en avait fait don aux jésuites, lorsqu'il était devenu externe.
a. Après s'être exprimé tout d'abord avec quelques ménagements, Deschamps y met peu à peu plus de franchise et de
Lx NOTICE BIOGRAPHIQUE
raède qu'il propose pour l'en gue'rir est de « le jeter dans le monde, » c'est-à-dire de l'enlever aux jVsuites'.
Ce qu'il leur reproche surtout, c'est d'entourer le duc de plus jeunes camarades, que leur âge soumet à ses caprices et à son humeur despotique. « Quand il ne sera plus avec des enfants, écrivait-il, le commerce des personnes raisonnables le fera promptement changer.» M. Deschamps avait un autre
rudesse : « Décidément Monseigneur est despote ; il veut tout ce qu'il veut absolument, et ne peut jouer sans chagrin ni dispute. » La dispute allait jusqu'aux coups. Un jour qu'il argumentait avec un de ses camarades, il le battit violemment, et continua ses emportements à l'hôtel de Condé jusque sous les yeux de sa mère : « .... Il fit si grande rumeur dans la maison, dit M. Allaire, que personne ne savait où se cacher.... Incivil envers tout le monde, insolent envers ses inférieurs, brutal envers ses gens, il prenait plaisir « à « leur cracher des injures à la face, à les battre et à les accabler de o mauvais traitements »..., Il n'avait degoûtque pour les puérilités, et ne faisait aucun cas des hommes et des choses qui pouvaient polir son esprit et son caractère. » Deschamps se plaint sans cesse des badineries et des enfantillages de son élève, et les définit ainsi en janvier 1684 : « Cela consiste à demeurer avec des enfants, dès qu'il en trouve l'occasion-, à s'y occuper de bagatelles avec fureur; à ne pas vouloir s'en détacher, malgré les avis de ses maîtres; à se tenir toujours de travers, comme s'il étoit contrefait; à se moquer de tous les hommes sérieux; à battre ses gens; à se précipiter avec violence, soit qu'il entre dans un appartement, ou qu'il en sorte, au risque de se casser la tête.... » En juin 1684, il désespère de pouvoir « vaincre l'indifférence de M. le duc de Bourbon. » Il ajoute, revenant sur sa taille, qui était l'objet de vives préoccupations : a Au moins il n'est pas si souvent de travers. Il me semble aussi que ses jambes ont un peu allongé. » (M. Allaire, ibi" dem^ p. loSa, io54, loSg, 1061 et 1064)
I. a Le collège et les pédants, écrit-il en décembre 1681, ne sont pas de grande utilité ; Monseigneur en apjjrendroit cent fois plus dans le monde par le commerce de ses semblables ou des personnes de son âge. » Et un autre jour : « Monseigneur ne veut pas secouer les restes de l'enfance ni ses distractions. Tout ce que peuvent dire ou faire les personnes qui sont auprès de lui ne sert à rien. Il n'y a qu'un moyen, c'est de le jeter dans le monde : il faudra bien qu'il fasse comme les autres pour se tirer d'affaire. » {^Ibidem, p. loSa et io53.)
SUR LA BRUYÈRE. lxi
grief encore : les condisciples du duc de Boui^bon n'étaient pas d'assez haute naissance à son gré. Peut-être pour lui-même eût-il souhaité de plus le voisinage de maîtres moins habiles à se concilier l'affection et les préférences de leur écolier favori.
M. Deschamps n'était pas le seul, dans l'entourage du grand Condé, qui eût voulu retirer plus tôt du collège de Clermont l'élève qu'on avait le plus à cœur d'y garder. Pierre Michon. ou, pour lui donner le nom sous lequel il est connu, l'abbé Bourdelot, auquel était confiée la direction de la santé du petit duc, disait « tout haut ce qu'il pensait de l'éducation des jésuites et des thèmes latins du jeune prince '. » Le P. Talon demandait plaisamment à Condé la permission de percer la langue de Bourdelot ; mais ses railleries l'inquiétaient sans doute plus qu'il ne le voulait montrer, car l'on pouvait craindre qu'il ne fût l'interprète des sentiments du père de l'auguste élève ^, La victoire néanmoins était restée aux jésuites. L'habileté du P. ïalon, l'influence du P. Bergier, qui vivait familièrement à Chantilly, l'attachement de Condé, qui se montra plus fidèle aux jésuites que son fils et le fut jusqu'à la mort, tout explique la défaite de Deschamps et de Bourdelot.
C'est au mois de juin ou de juillet 1684 que les études du duc de Bourbon prirent régulièrement fin au collège de Clermont; mais les jésuites ne perdirent pas tout à fait leur élève : le P. Alleaume et le P. du Rosel, qui avaient été ses précepteurs particuliers au collège en même temps que Deschamps, ne devaient pas encore se séparer de lui'. Moins
1, Ibidem^ p. loSo.
2, « Les jésuites, qui admiraient Monsieur le Duc comme un profond poUtique, dit M. Allaire (^ibidem, p. 1048), ne s'attendaient pas à toutes les tribulations qu'il leur ménageait avec ses secrets desseins sur l'éducation et l'avenir du duc de Bourbon. Ils eurent à soutenir contre les gentilshommes de son service, et contre tous ceux qui, pour plaire à Monsieur le Duc, voulaient émanciper son fils et lui apprendre la cour, une guerre d'influence bien autrement sérieuse que les combats classiques entre les externes et les internes du collège de Clermont. Les archives de la maison de Condé nous fournissent sur ce sujet les documents les plu complets. »
3, « Engagés pour huit ans [ou plus exactement pour la durée de
LXii NOTICE BIOGRAPHIQUE
heureux, M. Deschamps ne put le suivre plus longtemps. Sa santé était gravement altérée : il demanda un premier congé au mois de juillet ou d'août. Pour le suppléer, on fait appel tout à la fois à la Bruyère et au mathématicien Sauveur : le premier enseignera l'histoire, la géographie, les institutions de la France; le second sera chargé des études militaires, jusque-là confiées à Deschamps, et tout d'abord de la géométrie, qui précédera l'étude de « la fortification. ■>■> La Bruyère entre le i5 août dans ses nouvelles fonctions*. Le 6 septembre,
ses éludes), avec l'approbation du Père général de la Compagnie, au service du jeune prince, ces deux précepteurs ne le quittaient jamais; quand l'un était absent, l'autre prenait sa place; quoi que fît leur élève, il était toujours sous leurs yeux, pendant le jeu et pendant le travail, pendant qu'il était au collège et pendant qu'il était en vacances à Paris, à Chantilly ou ailleurs. Ils se surveillaient l'un l'autre et rendaient compte de leurs actions à la Compagnie. » {Le Correspondant, avril 1874, p. 53o.) Il n'y eut pas, ce semble, d'Interruption dans le service des PP. AUeaume et du Rosel. M. Allaire nous les montre auprès de leur élève au moment oii il est présenté à la cour (août 1684) '• « Le P. Talon, dit-il (10 septembre 1874, p. 107 1), informé de ce qui se passait par du Rosel et AUeaume, ne peut contenir un cri de triomphe : qu'on vienne donc douter aujourd'hui de ses prophéties sur M. le duc de Bourbon et mépriser le pédantisme de son collège ! »
I. La date exacte de l'entrée de la Bruyère dans ses fonctions nous est fournie par un extrait de l'un des registres de comptes de la maison de Condé, que veut bien nous faire parvenir, au moment où nous mettons sous presse, M. Flammermont, archiviste du château de Chantilly : ce passage nous fait connaître en même temps les « gages » que recevait la Bruyère comme maître d'his— oire : « A M. de la Bruyère, qui apprend l'histoire à Mgr le duc de Bourbon, la somme de 612 1. 10 s. pour ses gages de 4 mois et demi, depuis le i5 août 1684, qu'il est entré auprès de Son Altesse Sérénlssime, jusques et y compris le dernier décembre du dit an, à raison de i5oo livres par an, ainsi que Leurs Altesses Sérénis— simes l'ont réglé, suivant ledit état, ordre et quittance du 5 août i685. » {Registre aux comptes n° 96, compte de l'année i685, n" 99.) Il est vraisemblable que ce traitement n'a pas été fixé dès l'entrée de la Bruyère, si, comme nous le supposons, l'on n'a réglé qu'un peu plus tard la part qu'il devait prendre à l'éducation du duc de Bourbon. On remarquera qu'il n'a reçu que le 5 août i685 les
SUR LA BRUYÈRE. lxiii
une lettre de lu Noue du Vair, adressée à G)nde', dont il e'tait l'un des gentilshommes, signale pour la première fois sa présence auprès du duc de Bourbon, à Versailles. La Bruyère y est nommé après le maître de danse : « M. le duc de Bourbon va bien. Fabvier fut plus content hier de sa danse ; il portoit mieux ses bras et son pied droit. MM. de la Bruyère et Sauveur sont contents de son application. » Et de la Noue ajoute : « Il a toujours quelque enfance. »
Condé, comme l'on sait, vivait alors à Chantilly. Son petitfils vint l'y rejoindre le i3 septembre. Deschamps, qui devait l'accompagner, avait été obligé de solliciter un nouveau congé, et presque aussitôt de prendre une retraite définitive'. Ses suppléants allaient devenir ses successeurs. Ils ne se rendirent toutefois à Chantilly qu'au mois d'octobre ; la Bruyère, que retint à Paris la maladie de Cordemoy et qui demeura auprès de lui jusqu'à sa mort*, y arriva quelques jours après Sauveur.
gages qui lui étaient dus pour la seconde quinzaine d'août et les quatre derniers mois de 1684. Pour i685, son traitement est encore de i5oo li^Tes, et il ne les reçut de même que l'année suivante (Registre n° 99, compte de 1686, n" 629), et sans doute aussi tardivement.
I. a On donna à M. Deschamps, dit M. Allaire (le Correspond dant^ n" du aS octobre 1874, p. 33o),la maladrerie de Dammartin, dont il prit le titre et laissa la jouissance au médecin Longuereau. Il n'avait plus qu'à rédiger les mémoires de Turenne pendant que la Bruyère occuperait sa place dans la maison de Condé auprès du duc de Bourbon. » On nomma de plus M. Deschamps chevalier de Saint-Lazare, et Louvois, sollicité par Gourville, obtint que sa réception se fît « gratis. » Il mourut l'année suivante.
a. « Je viens d'apprendre par 31. Sauveur, écrivait Condé à Bossuet dans la première quinzaine d'octobre, et avant le i4, que M. de Cordemoy étoit fort malade. J'en suis dans la plus grande peine du monde, car j'ai pour lui beaucoup d'estime et d'amitié.... Je ne doute pas que vous n'en ayez une grande douleur, sachant l'amitié que vous avez pour lui. » Quelques jours plus tard, entre le 14 et le 19 octobre, Antoine Bossuet, frère du prélat, parlait ainsi de la mort de Cordemoy à Condé : « Le mauvais état de la maladie de M. de Cordemoy, dont j'eus l'honneur de rendre compte à V. A. S., eut bientôt la suite funeste que V. A. S. a su. Je n'ose lui en rien dire davantage, et je me contente de prier M. de la Bruyère de le lui faire savoir. » (A. Floquet, Études sur Bossute^
txiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
Le duc de Bourbon avait été présenté :i la cour au mois d'août, et l'on annonçait qu'il serait bientôt le gendre du Roi par son mariage avec l'une des filles de Mme de Montespan ; il fut résolu qu'on lui donnerait des oÉSciers. La goutte qui retint un mois à Paris son père, Monsieur le Duc, retarda jusqu'au 19 décembre la conférence oij le Roi régla avec lui « tous les marchés de sa maison. » Dangeau, qui les montre « enfermés l'après-dînée » pour régler ces « marchés, » nous apprend simplement la nomination d'un premier écuyer, qui fut M. de Saintrailles, colonel du régiment d'Enghien*. On fit l'économie d'un gouverneur, d'un ])remier gentilhomme de la chambre et d'un capitaine des gardes. Le choix des préce))teurs et des maîtres fut sans doute le principal objet de cette conférence ; car Louis XIV prétendait connaître tous ceux qui entouraient le duc de Bourbon. Il semble que la distribution des rôles n'ait pas été faite entre les maîtres sans quelques hésitations. Le 9 février i685, la Bruyère rappellera très nettement à G)ndé la déception qu'il avait éprouvée en partageant avec d'autres le soin d'achever l'éducation de son petitfils, alors qu'il s'était flatté d'être son précepteur unique. Peut-être l'enseignement spécial et technique de la fortification ne lui eût-il pas convenu, bien qu'il ait montré que les termes de l'art mihtaire lui étaient familiers; mais il eût certainement suppléé sans peine et sans regret ses « collègues » les jésuites, dont le mandat venait d'être renouvelé.
Le 20 janvier i685, par une lettre qu'il adressait au Père général de la société de Jésus à Rome ^, Monsieur le Duc exprimait son désir de conserver encore pour quelque temps
tome III, p. 539 et 54i.) Cordemoy fut enterré le lundi soir 16 octobre. Aux termes du récit de M. Alla ire (le Correspondant, n" du a5 octobre 1874, p. 336), la Bruyère n'aurait pas attendu l'inhumation de Cordemoy pour aller à Chantilly, et aurait donné de vive voix à Condé les détails qu'il était chargé de lui transmettre; mais la lettre d'Antoine Bossuet semble aussi bien annoncer une lettre de la Bruyère que son arrivée à Chantilly. Les premières lettres de la Bruyère à Monsieur le Prince n'ont pas été conservées dans les Archives de la maison de Condé,