‹ La bruyèreChapitre 15 sur 81 · I. Journal^ tome I, p. 8r et 8a · texte numérisé non relu

I. Journal^ tome I, p. 8r et 8a

a. M. AUaire, le Correspondant, n^duaS novembre 1874, p. 788.

SUR LA BRUYERE. lxv

e deux jésuites. Cette lettre annonce officiellement un vœu qui était déjà connu du P. Talon et agréé par lui depuis quinze jours pour le moins; car le 5 janvier le principal du collège de Clermont renvoyait à Versailles, auprès de leur élève, les deux petits « Pères douillets, » qui se trouvaient s ibien de l'hospitalité des princes de Bourbon. Et quel titre se donnait-il pour leur prescrire le retour? Celui de « vice-gérant du collège de Chantilly; » il écrivait même avec son enjouement habituel : «de notre collège de Chantilly*. » Au collège de Chantilly, devenu succursale du collège de Clermont, la Bruyère fut un moindre personnage que n'avait été Deschamps. La désillusion put lui être douloureuse, s'il avait compté remplir auprès du duc de Bourbon une mission analogue à celle de Bossuet auprès du Dauphin.

Il ne montra toutefois aucun ressentiment aux collègues qu'il proclamait, avec une modestie qui pouvait paraître excessive, de meilleurs maîtres que lui. Peu de jours après la décision qui les maintenait dans leurs fonctions, il se faisait présenter par eux au P. de la Chaise, qu'ils venaient de con-

I. « En ma qualité de vice-gérant de notre collège de Chantilly, je renvoyai hier à Versailles les deux petits Pères, qui, grâce à Dieu et à Votre Altesse Sérénissime, sont si gros, si gras, si potelés, que chacun les prend ici pour des petits pères douillets. Je les mets aussi parmi les bienheureux de leurs communautés, particulièrement étant sous vos auspices, sous ceux de Mgr le Duc et sous ceux de Mgr le duc de Bourbon, qui, commençant de marclier svir vos traces, ira certainement bien loin; et je ne m'étonne pas d'ouïr ce que l'on en dit. Mais je voudrois de bon cœur que vous eussiez vu et ouï les deux petits Pères, environnés de vingt ou trente bons Pères jésuites, qui tous, les uns après les autres, leur font des questions sur notre aimable jeune prince. L'un leur demande : « Mais est-il vrai que le Roi ait déjà conçu tant d'es- « time et d'amitié pour lui? » ce qui donne sujet à un autre de venir aux détails sur l'affaire dont il s'agit. A quoi tous les autres ajoutent leurs questions aussi : « Mais est-ce vrai, ceci? Mais cela « est-il encore vrai ? » Enfin ce qui est le plus plaisant, c'est qu'ils concluent tous par un acte d'humilité qui est encore assez glorieux : « Tout cela fait bien de l'honneur à notre collège ; la « poussière de nos hautes et basses classes n'a rien gâté.... » (M. Allaire, ibidem, p. 788.)

ixvi NOTICE BIOGRAPHIQUE

duire auprès de leur élève. Il en reçut un compliment dont les jésuites prirent aussi leur part : le P. de la Chaise déclara qu'il avait entendu dire au Roi que le duc de Bourbon « n'avoit auprès de lui que d'honnêtes gens et des gens connus. » Les jésuites répétèrent avec empressement le mot à Condé*. Il leur plaît, en toutes circonstances, de lui rappeler les bons offices que les siens peuvent attendre du confesseur du Roi : « Le P. de la Chaise, écrit l'un d'eux quelques semaines plus tard, est toujours attentif à rendre compte à S. M. de tout ce que nous lui disons de M. le duc de Bourbon^. »

Les PP. Alleaume'et du Rosel étaient d'humeur plus accommodante et de société plus aimable que les autres commensaux de la Bruyère. Il était presque leur ami et se fit leur voisin. Au commencement de février, le prince de la Roche-sur- Yon, neveu de Condé, hôte jusque-là de son oncle et de son cousin, avait acheté à Versailles la maison de M. de la Rochefoucauld, le grand veneur, et quitté l'hôtel de Condé. Son déménagement permettait de mieux installer les professeurs du duc de Bourbon, Ce fut tout d'abord aux jésuites que l'on offrit le choix de leurs chambres : la Bruyère se plaça auprès d'eux*.

L'un des devoirs dont l'observation était le plus strictement recommandée aux maîtres du duc de Bourbon, comme aux gentilshommes qui l'entouraient, était de tenir Condé au cou-

I. a Le R. P. de la Chaise, écrit le P. Alleaume le 7 février, après avoir vu LL. AÂ. SS. Mgr le Duc et Madame la Duchesse, vint hier rendre ses devoirs à M. le duc de Bourbon. Il passa par nos chambres et voulut que nous y allassions avec lui. Il dit à M. le duc de Bourbon qu'il n'avoit pas osé venir le saluer sans introducteurs. M. le duc de Bourbon lui répondit qii'il n'en avoit pus besoin, se leva de table où il étoit, le reçut fort honnêtement et le fit asseoir.... Le Père, après lui avoir parlé de diverses choses où M. le duc de Bourbon répondit toujours fort judicieusement, prit congé et nous emmena dîner avec lui. Nous présentâmes aussi au P. de la Chaise M. de la Bruyère, qui avoit envie de le saluer : il en fut fort bien reçu. Le Père lui dit qu'il avoit entendu dire au Roi que M. le duc de Bourbon n'avoit auprès de lui que d'honnêtes gens et des gens connus. )> (M. Allaire, ilndem^ p. 789.)

i. Ibidem^ p. 796.

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