Tome I, p. 349, n" Sa
2. Ibidem^ p. 344, "" ^^i ^^ P- 54o> »" v. Dave serait, en ce cas, Gourville.
3. Nous avons déjà proposé (tome II, p. 289) cette interprétation du caractère de Ménalque^ qui était aussi celle d'Ed, Fournier. Lassay, bien plus que Saint-Simon, insiste sur les distractions d'Henri-Jules de Bourbon : « Quelquefois il vous appelle, et puis il n'a plus rien à vous dire, et il s'en va d'un autre côte. Souvent il commence un discours, et ensuite il oublie qu'il vous parle et que vous êtes làj il s'assoit et se relève dans le moment, et marche avec un air égaré, en marmottant entre ses dents d'une manière qui fait peur. » [Recueil de différentes choses, tome II, p. 357 ^^ 358.)
4. Tome II, p. igfi, n" 64. — Saint-Simon parle plusieurs fois de son goût pour les mécaniques, analogue à celui d^Hermippe : Toyez la note suivante.
SUR LA BRUYERE. lxxx
Interrogé par le président Bouhier, Valincourt s'est donné la peine d'affirmer que la Bruyère était bien l'auteur unique de ses livres : « Pour la Bruyère, qui a été fort de mes amis, il ne devoit guère qu'à lui-même ce qu'il a écrit, et Monsieur le Prince Henri-Jules, dont j'ai eu l'honneur d'être le favori, étoit bien plus capable de marquer aux écrivains le ridicule de leurs écrits que de leur fournir des idées ou des bons mots*. »
Le fils valait un peu mieux que le père ; mais quel élève, et plus tard quel maître, dans son domestique, dut être celui dont Saint-Simon parle en ces termes :
« C'étoit un homme très-considérablement plus petit que les plus petits hommes, qui, sans être gras, étoit gros de partout, la tête grosse à surprendre, et un visage qui faisoit peur.... Il e'toit d'un jaune livide, l'air presque toujours furieux, mais, en tout temps, si fier, si audacieux qu'on avoit peine à s'accoutumer à lui. Il avoit de l'esprit, de la lecture, des restes (V une excellente éducation^ de la politesse et des grâces même, quand il vouloit, mais il le vouloit très-rarement. Il n' avoit ni l'avarice, ni l'injustice, ni la bassesse de ses pères, mais il en avoit toute la valeur, et montré de l'application et de l'intelligence à la guerre. Il en avoit aussi toute la malignité et toutes les adresses pour accroître son rang par des usurpations fines, et plus d'audace et d'emportement qu'eux encore à embler. Ses mœurs perverses lui parurent une vertu, et d'étranges vengeances qu'il exerça plus d'une fois et dont un particulier se seroit bien mal trouvé, un apanage de sa grandeur. Sa férocité étoit extrême, et se montroit en tout. C'étoit une meule toujours en l'air, qui faisoit fuir devant elle, et dont ses amis n'étoient jamais en sûreté, tantôt par des insultes extrêmes, tantôt par des plaisanteries cruelles en face, et des chansons qu'il savoit
I. Bibliothèque nationale. Manuscrits français, n° 24 4^0, Correspondance du président Bouhier, tome XII, p. 899. Voyez plus loin, p. Lxxxvi, la suite de cette lettre, datée du 3i octobre 1725. — Saint-Simon confirme le jugement de Valincourt : « .... Il s'amusoit assez aux ouvrages d'esprit et de science; il en lisoit volontiers, et en savoit juger avec beaucoup de goût, de profondeur et de discernement. Il se divertissoit aussi quelquefois à des choses d'arts et de mécaniques, auxquelles il se connoissoit très-bien. » (MeTOOj>e^,tome VI,p. 33i et 332-, voyez encore ci-dessus, p. lxxvii, le commencement du portrait.)
Lxxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE
faire sur-le-champ, qui emportoient la pièce et qui ne s'effaçoient jamais ; aussi fût-il payé en même monnoie plus cruellement encore. D'amis il n'en eut point, mais des connoissances plus familières, la plupart étrangement choisis, et la plupart obscurs comme il l'étoit lui-même, autant que le pouvoit être un homme de ce rang. Ces prétendus amis le fuyoient.... Ce naturel farouche le précipita dans un abus continuel de tout, et dans l'applaudissement de cet abus qui le rendoit intraitable, et, si ce terme pouvoit convenir à un prince du sang, dans cette sorte d'insolence qui a plus fait détester les tyrans que leur tyrannie même. Les embarras domestiques, les élans continuels de la plus furieuse jalousie, les vifs piquants d'en sentir sans cesse l'inutilité, un contraste, sans relâche, d'amour et de rage conjugale, le déchirement de l'impuissance dans un homme si fougueux et si démesuré, le désespoir de la crainte du Roi, et de la préférence de M. le prince de Conti sur lui, dans le cœur, dans l'esprit, dans les manières de son propre père, la fureur de l'amour et de l'applaudissement universel pour ce même prince, tandis qu'il n'éprouvoit que le plus grand éloignement du public, et qu'il se sentoit le fléau Je son plus intime domestique,... toutes ces furies le tourmentèrent sans relâche et le rendirent terrible, comme ces animaux qui ne semblent nés que pour dévorer et pour faire la guerre au genre humain : aussi les insultes et les sorties étoient ses délassements, dont son extrême orgueil s'étoit fait une habitude et dans laquelle il se complaisoit*.... »
Le portrait de la duchesse de Bourbon fait, à quelques égards, un heureux contraste avec ceux de son beau-père et de son mari dans la galerie de Saint-Simon*. Tous les contemporains ont loué, avec lui, sa « grâce non pareille, » et le charme séduisant de son esprit, qui « enchaînoit » ceux même « qui avoient le plus lieu de la craindre ; » mais encore cette « sirène des poètes, » toujours « enjouée, gaie, plaisante avec le sel le plus fin, » était-elle « méprisante, moqueuse, piquante, incapable d'amitié et fort capable de haine'. » A l'âge où l'a connue la Bruyère, sa vie se passait « dans le frivole et dans les plai-
I. Tome Vil, p. 287-289. Le duc de Bourbon a dû, lui aussi, fournir bien des traits aux Caractères, mais on ne peut lui appliquer avec certitude d'autres allusions satiriques que les conseils donnés à Tkeagène (tome I, p. 338, n» 2, et p. 538, n" i).
a. Tome VI, p. io5.