Tome I, Discours sur Tltéopliraste^ p
2 . Les Clefs de la Bruyère, dans le journal le Temps^ 38 août 1866.
SUR LA BRUYERE. xci
du procédé de Théophraste, qu'il délinit lui-même « cette unique figure qu'on appelle description ou énumération. » Il y accumule les traits personnels, les manières individuelles prises sur le fait et d'après nature, qui peuvent servir d'étiquette et permettre de reconnaître le modèle dont il fixe l'image. Mais cherchez un à un ces caractères dans lesquels il décrit ainsi les gens et les fait agir et parler^ : ils appartiennent soit à la quatrième édition, soit aux éditions suivantes. S'il est vrai que les trois premières ne contiennent aucune réminiscence de la méthode de Théophraste, et que plus tard la Bruyère se plaise à la lui emprunter dans un certain nombre d'additions, on en peut conclure, avec quelque vraisemblance, que les réflexions de 1688 ont été composées avant que sa traduction l'eût familiarisé ^ avec la manière de l'auteur grec. Il a déclaré dans son Discours qu'il n'avait ni ce suivi le projet » ni « poursuivi le travail 3) de Théophraste, et en effet il ne l'imitait guère dans son texte de 1688; niais aux deux raisons qu'il en donne, je substituerais volontiers celle-ci : qu'il ne connaissait pas ou ne connaissait guère l'ouvrage du moraliste grec, lorsqu'il écrivit ses premières remarques.
Nous avons dit ailleurs comment la Bruyère fit sa traduction, ayant sous les yeux tout à la fois le texte original, dont il savait s'expliquer le sens, et plusieurs versions latines, de préférence celle de Casaubon. L'on a pu voir quels avaient été ses scrupules et sa probité de traducteur'. Nous n'y reviendrons pas. Son livre, quand il n'eût contenu que les Caractères de Théophraste, n'aurait point passé inaperçu, car sa traduction plut aux savants, et les lettrés de la cour la goûtèrent*; mais son nom, connu des seuls érudits, ne serait guère
1. Voyez par exemple tome I, p. 218, n" 9; 220, n"* 12 et i3; 222, n" i4; 226, n" 27.
2. Il relit d'ailleurs, de temps à autre, Théophraste dans la version qu'il en a publiée, et même il lui ariive iin jour de lui emprunter un membre de phrase pour le transporter dans un caractère qu'il ajoute aux premiers publiés : voyez tome I, p. 4", note 4, et p. 226, note i.