Tome II, p. 86-88, n" ai
5. Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de P. Corneille^ par J. Taschereau, édition de i855, iu-12, p. laS.
SUR LA BRUYERE. cv
tume si vive sur la condition des écrivains; mais nous serions, m'est avis, bien injustes si nous nous le représentions comme un auteur avide d'argent! C'est pourtant ce qu'a fait la Harpe*. Il ne pouvait connaître, il est vrai, le témoignage que Saint-Simon, bon juge en ces matières, a porté du désintéressement de la Bruyère ; il ignorait sans doute aussi l'anecdote contée par Maupertuis sur l'abandon gratuit de son manuscrit; mais comment n'a-t-il pas compris que tout, dans les Caractères, proteste contre cette accusation d'âpreté au gain? Il aurait pu voir que la Bruyère du moins n'avait pas de rancune contre le libraire qu'il enrichissait; car, en 1698, il lui permettait de faire suivre les Caractères de son Discours à V Académie et y joignait une préface qui devait assurer la vente d'une édition nouvelle.
LA BRUYÈRE A l'aCADÉMIE.
« L'orateur et l'écrivain, dit la Bruyère dans sa préface de 1689, ne sauroient vaincre la joie qu'ils ont d'être applaudis*. » La première édition même des Caractères lui avait fait connaître cette joie, et chaque nouvelle édition la ravivait. Il souhaita, en 1691, que l'Académie consacrât le succès de son livre, et il s'offrit à ses suffrages. Deux élections eurent lieu cette année : l'une, au mois d'avril, après la mort de Villayer,
1. a C'est avec peine, dit la Harpe, dans un passage que j'abrège sur la déclaration àH Antïsthtne ^ qu'on voit un écrivain que son talent rend digne d'écrire pour la gloire, avouer qu'il écrit pour le gain, et se plaindre crûment au public de n'être pas assez payé de ses ouvrages.,.. Il y a.... trop peu de la fierté d'un honnête homme à dire : Ai-je de Vor?... Quand vous avez pris le parti d'écrire, vous deviez savoir que ce n'étoit pas le chemin de la fortune. » (Cours de littérature, seconde partie, 5/èc/e de Louis XIF^ hvre II, chapitre m, section 11, Morale.)