‹ La bruyèreChapitre 44 sur 81 · Voyez ci-dessus, p. lxxx · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. lxxx

3. Avant Éd. Fournier [la Comédie de J. de la Bruyère, tome II, p. 56 1 et suivantes), Walckenaer avait fait de Bensserade l'actif adversaire des prétentions académiques de la Bruyère; c'était là une simple conjecture. Il y a d'ailleurs un peu de confusion dans l'historique, tel que l'a fait Walckenaer, des candidatures de la Bruyère à l'Académie. Dans son Étude sur la Bruyère (p. 69), il date sa première candidature de l'élection de novembre 1691, où fut nommé Pavillon; dans ses Remarques et éclaircissements (p. 679), il le dit encore concvu-rent de Pavillon lors de sa première candidature, et cependant 11 nous la montre combattue par Bensserade, oubliant que c'est de Bensserade lui-même, décédé le 19 octobre, que Pavillon fut le successeur.

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le croit en ge'néral. Lorsque les noms des candidats, proposés soit par le Directeur, soit par d'autres académiciens, avaient été discutés à loisir, chacun inscrivait son vote sur un bulletin*. Le dépouillement des bulletins ne devait pas s'opérer en séance. Le Directeur, le Chancelier et le Secrétaire, assistés d'un membre désigné par le sort, les ouvraient hors de la salle de la réunion, puis faisaient connaître à la Compagnie le nom qui avait réuni la phn'alité des voix, tenant secrets les noms des candidats moins heureux *. C'est alors que l'on soumettait l'élu de la majorité à un scrutin par boules, en vue duquel chaque académicien avait reçu, à l'avance, une ballote noire et une ballote blanche, et que les procès- verbaux nomment tantôt le premier scrutin, bien qu'il fût en réalité le second, tantôt « le scrutin de proposition. » Ce vote était suivi, dans une séance ultérieure, d'un autre scrutin par ballotes, qui étiiit la dernière épreuve, et qui s'appelait, dans les procèsverbaux, soit le second scrutin, bien qu'il fût le troisième,

I. Tout d'abord, dans les premiers mois qui suivirent la fondation de l'Académie, il avait été procédé de vive voix aux élections : les académiciens étaient en quelque sorte nommés par acclamation. Mais en décembre i634 il fut décidé qu'à l'avenir l'on opinerait sur les candidatures par billets. Les statuts de l'Académie, approuvés en i635, ne font pas mention de ce vote par bulletins; mais il fallait nécessairement qu'un vote de ce genre précédât le scrutin par boules ou ballotes, qui est la seule formalité prescrite par ces mêmes statuts, et qui, s'exprimant par balles blanches ou noiies, ne pouvait porter que sur un seul nom, déterminé à l'avance. Voyez sur cet usage Vllistoire de r Académie de l'abbé d'Olivet (passim), V Histoire de r Académie française^ par M. Paul Mesnard, V Éloge de Lan guet de Gergy par d'Alembert {OEuvres, i8ai, tome III, p. 38i), et les registres de l'Académie, qui éclairent utilement d'ailleurs certains passages des divers auteurs qui ont parlé des élections académiques.

a. Parmi les procis-verbaux dont nous avons eu les copies sous les yeux, un seul indique le nombre des suffrages obtenus dans le scrutin par billets, celui dont nous parlons ci-après, p. cxxviii, où les voix se partageaient également entre deux concurrents et où la Bruyère vota pour un troisième. Le secrétaire Régnier Desmarais se contente d'ordinaire de noter l'obtention de « la pluralité des uffrages, »

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soit le « scrutin d'élection*, jj Le de'sir d'e'viter des choix qui pussent désobliger le Protecteur avait introduit dans les usages académiques la procédure que nous venons d'exposer. Richelieu ayant blâmé l'une de ses élections, l'Académie, pour ne plus être exposée à pareille mésaventure, avait institué les deux scrutins par boules : le premier confirmait le vote préparatoire par bulletins, fixant la candidature que la Compagnie devait charger l'un des siens de proposer à l'approbation du Protecteur ; le second consommait l'élection.

Le scrutin préparatoire, qui se faisait par bulletins, était le plus intéressant, car il mettait fin à la compétition des concurrents. Au scrutin de proposition, les académiciens dissidents avaient presque tous désarmé, sinon tous : le candidat n'obtenait guère que des boules blanches. Le public considérait dès lors l'élection comme achevée, et les gazettes en annonçaient le résultat comme définitif 2.

I. Comme pour le vote par billets, Régnier Desmarais omettait d'inscrire dans ses procès-verbaux le nombre des voix qui formaient la pluralité des boules blanches obtenues dans les scrutins par boules. Il eût été conforme aux statuts d'apporter pîus de précision dans la rédaction des procès-verbaux, et d'indiquer et le nombre des académiciens présents et celui des boules. La présence de vingt académiciens était exigée par l'article 1 1 des statuts approuvés en i635 ; mais, par tolérance, on considéra comme valables les élections faites par dix-huit membres, s'il ne se produisait aucune réclamation. De plus les boules blanches devaient dépasser de quatre le nombre des noires. Suivant d'Alembert, dans V Éloge précédemment cité de Languet^ si le nombre des noires était égal au tiers du nombre des votants, l'Académie était fermée à perpétuité au candidat qui n'avait obtenu que la pluralité. D'Alembert rappelle que Fontenelle eut une boule noire, la Bruyère plusieurs, Fénelon deux, la Fontaine sept : c'est le scrutin de présentation qui donna ces résultats, sauf peut-être pour la Fontaine, qui avait eu contre lui, dans le scrutin par billets, sept bulletins qui portaient le nom de Boileau • il n'a pas été dit encore si ces sept voix lui demeurèrent contraires dans le scrutin de présentation.

3. La présentation au Roi, qui était le protecteur de l'Académie depuis 1671, n'était pas toujours cependant une pure formalité : on sait que Louis XIV suspendit, pendant six mois, l'élection de la

ex NOTICE BIOGRAPHIQUE

C'est au dernier scrutin, sans nul cloute, que Mezeray, qui fut secrétaire perpétuel de l'Académie de 167 5 à i683, déposait dans la boîte, à chaque élection, la boule noire par laquelle il témoignait de son indépendance et prétendait constater celle de la Compagnie. Personne, après sa mort, ne continua cette tradition d'opposition systématique, et la nomination même du successeur de Bensserade nous offre l'exemple d'une élection qui, vivement disputée au début, réunit, à la dernière heure, comme d'ailleurs l'avait fait celle de Fontenelle, tous les suffrages sans exception. Les procès-verbaux des séances où elle s'accomplit sont rédigés avec la brièveté habituelle. « La pluralité des suffrages ayant été pour M. Pavillon, » on passe au scrutin, et« toutes les boules, à la réserve d'une seule, » lui sont « favorables : » voilà pour la séance du 22 novembre, celle où se fit le scrutin de proposition. Le scrutin d'élection ne donne que des boules blanches à M. Pavillon : voilà pour la seconde séance, qui se tint le i" décembre. Il peut y avoir quelque intérêt à compléter les comptes rendus officiels.

La place vacante était sollicitée par « plusieurs sujets considérables, 5) dit le Mercure galant. S'il en était présenté plus de deux, du moins n'étaient-ils que deux entre lesquels les chances de succès semblaient se partager quand l'Académie se réunit le 22 novembre : l'un était la Bruyère; peut-être l'autre était-il Tourreil. Mais la candidature imprévue de Pavillon, qui surgit au cours de la séance pendant la discussion des titres, vint déjouer les prévisions. Paul Tallemant, qui l'avait improvisée, en a raconté lui-même le succès dans l'éloge qu'il prononça de Pavillon, en 1705, devant l'Académie des inscriptions :

« Je n'oublierai pas ici, dit-il, la manière extraordinaire et

Fontaine. Et l'approbation du Roi obtenue, l'Académie n'estimait pas toujours qu'elle fût irrévocablement engagée à consacrer définitivement la candidature qu'elle avait adoptée ; car on la vit, en ifiSg, discuter de nouveau, à la seconde séance électorale, celle de Gilles Boileau, qu'elle avait accueillie au scrutin de proposition; peu s'en fallut même que, cédant aux intrigues unies de Ménage et de Pellisson, elle ne se dégageât d'un scrutin à l'autre. Mais cet incident est, je crois, unique dans les annales de l'Académie,

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nouvelle dont il fut mis à l'Académie françoise. Je lui avois souvent dit qu'une place dans cette célèbre compagnie lui convenoit extrêmement, surtout puisqu'il n'étoit guère occupé ; mais sa modestie le retenoit, et les sollicitations qu'il croyoit nécessaires l'en avoient toujours détourné. L'Académie se trouva balancée entre deux personnes qui partageoient les voix, et formoient deux partis qu'on ne pouvoit accorder. Je ne sais par quel instinct il me vint dans l'esprit de parler de M. Pavillon; mais, dès que je l'eus nommé, il se fit un applaudissement général ; on abandonna les deux partis auxquels on paroissoit si attaché, et tout se réunit, en un moment, en faveur d'un mérite qui parut supérieur à tout autre. Cette élection peu usitée étonna tout le monde, et M. Pavillon, à qui j'en portai la nouvelle, en fut lui-même dans une surprise qui n'est pas croyable*. »

« L'applaudissement » qui accueillit à l'Acade'mie la proposition de Tallemant ne fut pourtant pas aussi unanime qu'il le dit; car, sur vingt-cinq académiciens présents et comptés par le Mercure^ sept demeurèrent fidèles à la Bruyère et inscrivirent son nom sur leurs bulletins, dans le vote par billets qui suivit la discussion des titres. Le Mercure n'enregistra point ces sept voix données à l'auteio' des Caractères^ et Tallemant semble les avoir oubliées; le chiffre s'en trouve dans une lettre de la Bruyère lui-même à Bussy Rabutin. La candidature de Pavillon obtint néanmoins un beau triomphe des le premier vote : elle y put réunir dix-huit voix, si toutefois le rival inconnu de la Bruyère fut abandonné de tous ses amis. Au scrutin de proposition, six des électeurs de la Bruyère se rallièrent à ceux de Pavillon. Au scrutin d'élection, le i*'' dé-

I. Eloge de M. Pavillon^ en tête des OEuvres de M. Pavillon, éditions de la Haye, ijiS, et de Paris, 1720. — Le Mercure galant fait une brève allusion à la manière dont l'élection fut inopinément proposée et acceptée : « .... L'Académie,... après avoir écouté les propositions qui lui furent faites de plusieurs sujets considérables, se choisit elle-même M. Pavillon.... Le Roi, à qui il fut proposé, comme celui qui avoit eu le plus de suffrages, lui a donné son agrément, et toute la cour et Paris y ont applaudi, » Le Mercure galant accompagne cette nouvelle d'un grand éloge du nouvel académicien : son principal mérite devait être à ses yeux d'avoir retardé, par sa nomination inattendue, celle de la Bruyère. Voyez le Mercure de novembre 1691, p. 278 et suivantes.

cxii NOTICE BIOGRAPHIQUE

cembre, il n'y a plus de dissidence : toutes les boules sont blanches.

Bussy était l'un des sept académiciens qui, devançant le jugement de la postérité, avaient protesté contre la préférence que la Compagnie avait donnée à Pavillon sur la Bruyère. Il avait applaudi, du fond de sa retraite de Bourgogne, à l'élection de Fontenelle ; mais, dans celle où notre auteur échoua, il s'était séparé de Fontenelle et de ses amis. Instruit ensuite de l'appui qu'il avait reçu de lui, la Bruyère s'empressa de le remercier : « Les Altesses à qui je suis seront informées de tout ce que vous avez fait pour moi, Monsieur. Les sept voix qui ont été pour moi, je ne les ai pas mendiées, elles sont gratuites ; mais il y a quelque chose à la vôtre qui me flatte plus sensiblement que les autres, » Et Bussy répond avec une courtoisie que l'on a prise à tort pour de l'ironie : « Les voix que vous avez eues n'ont regardé que vous : vous avez un mérite qui pourroit se passer de la protection des Altesses, et la protection de ces Altesses pourroit bien, à mon avis, faire recevoir l'homme le moins recommandable. Jugez combien vous auriez paru avec Elles et avec vous-même, si vous les aviez employées*. »

Il nous paraît presque certain que Racine, Bossuet, Boileau, Régnier Desmarais avaient voté avec Bussy. Pour les deux autres voix, il faut, je crois, choisir entre les noms de Renaudot. Rose, Novion, Segrais ou Huet. J'ajouterais le nom de la Fontaine, si, quelques mois auparavant, la Bruyère n'avait publié un très-désobligeant caractère du fabuliste. Il devait lui en faire réparation plus tard; mais, à cette date si rapprochée de la publication de son portrait, la Fontaine avait le droit d'en garder quelque ressentiment.

L'édition de 1691, qui donnait le caractère de la Fontaine, renfermait aussi celui de Théobalde^ c'est-à-dire de Bensserade : la tâche eût été délicate pour la Bruyère, si on l'avait élu à la place de Bensserade et s'il avait dû faire l'éloge académique du poète qu'il venait de railler si cruellement. Elle convenait mieux à Pavillon, auteur de jeux d'esprit et de badinages en prose et en vers, surtout en vers, qui étaient fort à la mode.

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