Janvier 1692, p. i^S
2. a .... Je ne laisse pas de craindre que le public, pour la première fois, ne se dispense de la soumission dont il se pique envers vous, et ne murmure en faveur des illustres concurrents à qui j'ai honte de me voir préféré. » [Recueil des harangues, tome II, p. 354.)
3. Tourreil avait été, sans en prendre ni en recevoir le titre, gouverneur de Phélypeaux, le correspondant de la Bruyère. Pontchartrain néanmoins n'aurait pu être désobligé de voir la Bruyère entrer en compétition avec lui, car il avait depuis quelque temps congédié Tourreil, « pour l'avoir loué » dans un livre, dit Saint-Simon, dont nous ne garantirons pas l'exactitude sur ce point [Additions au Journal de Dangeau, tome IV, p. 14, et tome XV,
SUR LA BRUYERE. cxv
On peut afiSrmer que la Bruyère ne se présenta pas à l'Académie pour y remplacer Pellisson : la candidature de Fénelon, appuyée par les amis mêmes de notre auteur, ne rencontra que deux opposants au scrutin de proposition, dans la séance du 7 mars 1693. Mais il se mit résolument sur les rangs, lorsque la mort de Bussy et celle de l'abbé de la Chambre laissèrent deux places vacantes. L'abbé Bignon, neveu de Pontchartrain, sollicitait une des deux. La Loubère, gouverneur de Phélypeaux, fut un instant l'un des candidats désignés pour la seconde; mais il se retira devant la Bruyère, et supplia ses amis de reporter sur l'auteur des Caractères les suffrages qu'ils lui destinaient.
Au dire du Mercure galant^ le succès de la Bruyère ne fut obtenu qu'à l'aide des « plus fortes brigues qui aient jamais été faites. » Les chansons du temps font écho. Injurieuses pour Régnier Desmarais, Racine et Bossuet, qui étaient les patrons de sa candidature, elles ne mettent pas en cause toutefois les Altesses de la Bruyère, très-indifférentes sans doute à son ambition académique. Tout gentilhomme qu'il fût de Monsieui' le Prince, il put dire, dans son discours de réception, en parlant de sa nomination : « H n'y a ni poste, ni crédit, ni richesses, ni titres, ni autorité, ni faveur qui aient pu vous plier à faire ce choix : je n'ai rien de toutes ces choses, tout me manque. Un ouvrage qui a eu quelque succès par sa
singularité a été toute la médiation que j'ai employée et que
vous avez reçue * . » Il est toutefois une médiation dont la trace s'est retrouvée, et qui justifie, dans une certaine mesure, les ombrages de quelques académiciens : Pontchartrain écrivit à Renaudot une pressante lettre de recommandation en faveur tout à la fois de l'abbé Bignon et de la Bruyère, et, pour être le seul qu'on ait publié, ce billet n'est sans doute point le seul que le puissant contrôleur général ait écrit au sujet de cette élection^. Mais si Bossuet, Racine, Boileau, Régnier
p. 178). — Au scrutin de proposition, Tourreil avait obtenu toutes les voix moins trois.