‹ La bruyèreChapitre 48 sur 81 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

3. Voyez, au tome II, cet alinéa de la page 44^ • « J^ viens d'entendre, a dit Théobalde, une grande vilaine harangue qui m'a fait bâiller vingt fois et qui m'a ennuyé à la mort. » Si l'on prend à la lettre l'une des phrases qui suivent, c'est dès le 16 juin que Fontenelle et ses amis seraient allés à Versailles pour y décrier le discours. La cour n'était pas déserte : Pontcluirtrain et bien d'autres n'avaient point quitté Versailles ; mais le Roi n'y devait rentrer que le 27 juin, au retour de son voyage en Flandre, où l'a vaicnt accompagné le Dauphin, les princes, les princesses, etc.

SUR LA BRUYERE. cxxiu

qu'il donne à ses ennemis de l'Académie : en 169"?, Théobalde avait e'té Bensserade; en 1694, il devient Fontenellc, « le chef des mécontents, » et les Thèohaldes sont les amis de Fontenelle. Les Thèohaldes^ au surplus, ne furent pas les seuls qui décrièrent le discours de la Bruyère. « M. l'abbé Bignon.... lit assez bien, et M. de la Bruyère.... fit très-mal, à ce que tout le monde dit, » écrit Bourdelot à Nicaise. Galland n'est pas plus bienveillant'.

On cherchait à susciter des colères contre la Bruyère en dehors même de la société littéraire. Il avait pris à partie les gens d'affaires, et dans une apostrophe inattendue, qu'il mêlait à l'éloge de Richelieu, leur avait reproché leurs dédains pour les lettres et les lettrés, dont il les considérait comme les plus irréconciliables ennemis. On prétendit que la Bruyère avait eu particulièrement en vue un personnage dans cette apostrophe, et un nom fut prononcé. Lequel? je ne sais. Mais si ce passage du discours et celui de la préface, écrite plus tard, qui s'y rapporte s'appliquent personnellement à quelqu'un, je n'hésite pas à dire que c'est à Gourville.

La querelle des Thèohaldes et de la Bruyère fut portée devant l'Académie elle-même, et elle le fut par la Bruyère-. Vengeurs de la gloire de Corneille, ses adversaires voulaient s'opposer à l'impression du discours et l'écarter du recueil des harangues académiques. Ils tentèrent d'obtenir de l'abbé Bignon qu'il séparât sa cause de celle de son confrère ; mais l'abbé Bignon, « prié, sollicité, persécuté, » résista aux instances avec une fermeté dont la Bruyère lui sut gré. L'Académie de même maintint les droits de la Bruyère, et la harangue fut admise dans ses archives et dans son recueil.

La Bruyère nous montre l'Académie se refusant à la suppression de son discours, et se tait sur une seconde proposition qui fut aussi, dit-on, faite à la Compagnie. C'est l'atteinte portée à la gloire de Corneille qui avait surtout ému quelques académiciens : on demanda que l'alinéa disparût du discours

1. Voyez la Notice qui précède le Discours à V Académie, tome II, p. 433-436, et la Notice bibliograpkique, tome III, i" partie, p. i5o et i5i.

2. Voyez tome II, p. 448: « Ils sont encore allésplus loin, » etc.

cxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

imprimé. Suivant les nouvellistes du temps, Racine se fâcha :

« Les mots ont été dits, les mots demeureront*. »

Bossuet, ajoutent les nouvellistes, fut chargé de faire savoir à ses confrères que Racine ne paraîtrait plus à l'Académie et se plaindrait au Roi, si le discours n'était pas exactement imprimé. Les beaux esprits qui se plaisaient à railler l'Académie propageaient volontiers ces rumeurs, pour en prendre l'occasion d'allusions mahgnes aux habitudes de soumission qu'entretenait dans la Compagnie le désir de ne point perdre les faveurs royales^.

Publié à part, en 1693, par Coignard et par Michallet, le discours prit place l'année suivante dans une édition nouvelle des Caractères^ la 8*. La Bruyère n'avait point pardonné : il inséra dans cette même édition le caractère satirique de CydiaSy où Fontenclle se reconnut immédiatement, et sa vive réponse aux Théobaldes, placée en tête de son discours. Dans cette préface, il n'oublie aucun des griefs invoqués contre lui, répète avec amertume chacun des méchants propos qui ont circulé à la cour et dans la ville, et répond à tous. Nous renvoyons le lecteur à cette âpre apologie, 011 l'amour-propre froissé, l'indignation et la colère éclatent en traits que l'art n'a pas tous aussi finement polis ou aiguisés que ceux dont sont remplis les Caractères.

ce Si, chargé de faire quelque autre harangue, je retombe encore dans des peintures, disait la Bru3'ère en parlant de ceux qui lui reprochaient d'avoir « fait des caractères, 3) au lieu d'un discours, c'est alors qu'on pourra écouter leur critique, et peut-être me condamner*. 5) .... Il ne devait pas avoir l'oc-

1. Extrait d'une chanson du temps. Voyez ci-après les Pièces justificatives^ p. clxxx.

2. Brillon raconte [Sentiments critiques sur les Caractères de Théophraste de M. de la Bruyère, p. SSg) que « la harangue de la Bruyère a donné lieu à un nouveau statut de l'Académie, » obligeant les académiciens à soumettre à l'avance leurs discours à l'examen de deux de leurs confrères. D'Olivet ne dit rien qui confirme l'assertion de Brillon.

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