‹ La bruyèreChapitre 62 sur 81 · I. Voyez la citation plus complète au tome II, p · texte numérisé non relu

I. Voyez la citation plus complète au tome II, p

a. On lit dans les Lettres de la comtesse de Rivière et la baronne de Neufpont (Paris, 1776, tome II, p. aGa) que la Bruyère était « le grand ami » de Santeul, et qu'ils « passoient ensemble trois mois de l'année à la campagne, » c'est-à-dire à Cbantilly : bien que l'ouvrage soit apocryphe, les indications de ce genre y sont généralement exactes ; celle qui nous présente la Bruyère comme un ami de Santeul est en concordance avec toutes celles que nous avons recueillies ailleurs, une phrase de Bouhier exceptée (voyez ci-après, p. cxli).

3. Lettre du 27 octobre 1684 {Archi<-es de la maison de Condé), La Bruyère faisait partie de la maison depuis plus de deux mois.

4. Santeul ayant reproché au P. Anselme de n'avoir pas lu à Bossuet la pièce qu'il venait de composer au sujet d'une hymne

CXL NOTICE BIOGRAPHIQUE

dans la pièce qu'il composa, en 1691 ou 1692, à la suite de l'effondrement de la maison qui contenait la bibliothèque de Huet, il le nommait son censeur amical, censor amice^. Peutêtre enfin est-il permis de reconnaître encore la Bruyère dans un Brossus dont il a reçu des conseils et qui refuse de recevoir ses éloges*.

de sainte Hunegonde, à laquelle on n'avait pas fait l'accueil qu'il espérait, le P. Anselme lui répondait le 12 novembre 1690 : « .... Eh! la pouvois-je lire sans l'avoir?... Ne vous priai-je pas plus d'une fois de m'en donner une copie, et ne me répondîtes-vous pas toujours que vous n'en aviez qu'une, que vous aviez destinée à M. de la Bruyère?... » [SantoUana, Paris, 1764, 4° partie, p. 269.) I. Il y suppose que les mauvais livres ont été engloutis dans un gouffre, et que les bons ont été sauvés. Après avoir parlé de Desmarets de Saint-Sorlin et de ses ouvrages,

.... Libros ad munera natos,

Quos luale vendiderat bibliopola.,.,

il dit à l'adresse de la Bruyère :

Non ea sors, omnes quos excudere Canienae

Contingit libiis, censor amice, tuis.

Describis varies, pro re, pro tempore, mores ;

Non appellato nomine, quenique doces.

Si quis in hoc speculo deformia vix ferat ora.

Non daninet speculi, stultus inersque, fidem. E cœlo, ut sapiant, missos niortalibus œgris

£t magno afflatus numine credo libros....

(7. B. Santoid y'ictorlni Opéra poetica, 1694, p. 34o.) — La même édition (p. 416) contient un distique que l'on peut, ce nous semble, appliquer aussi à la Bruyère :

Sur un auteur gui apprend par des jeux la morale : Inforniare docent operosa volumina mores : Quaiii melius lepidis nos docet ille jocis !

a. -/id Brossum, virum clarum et insignem.

Te siiadente liber tandem qui prodit in auras,

Per te, Brosse, etiam clauditur ille liber. Si mihi fas esset te totum exponere versu.

Aller prodiret, te renuente, liber.

— Ces vers n'ont été publiés qu'après la mort de Santeul, dans un volume qui fait suite à l'édition de 1698 (p. 5o). Ils sont intitidés dans la table : Épigramme sur M. de la Brosse. Cette traduction, sans

SUR L\ BRUYERE. cxlt

Le caractère de Théodas avait paru dans la sixième e'dition, publie'e dans l'été de 1691 . Cette même année, le jeune Bouhier, âgé de dix-huit ans, visitait souvent la Bruyère ^ Témoin de la bonhomie avec laquelle Santeul reconnaissait sa folie dans celle de Théodas, Bouhier le fut aussi des sentiments que la Bruyère laissait paraître quand il voyait les folles gaietés du chanoine de Saint-Victor récompensées par des « distinctions » qui étaient refusées à d'autres :

« Pour l'agrément de son esprit [écrit Bouhier après avoir parlé des vers de Santeul^), il n'y a rien qui en fasse mieux l'éloge que les distinctions qu'avoient pour iui Monsieur le Prince et toute sa famille. Dans les dernières années de sa vie, Monsieur le Prince n'a presque point fait de voyage, soit à Chantilly, soit en Bourgogne, dont il ne l'ait mis, jusque-là qu'il le mettoit dans son carrosse, préférablement à beaucoup d'autres, qui le souffroient fort impatiemment. J'en ai vu, entre autres, la Bruyère fort offensé ; car il se croyoit fort au-dessus de Santeul. Mais l'enjouement et la

doute arbitraire, n'est pas reproduite dans l'édition de 1729. Les mots Brosse et Bruyère ayant été souvent synonymes, nous n'avons aucune objection à présenter contre la traduction de Brossas par la Bruyère^ proposée par M. Paul Lacroix et acceptée par Ed. Fournier dans la Comédie de J . de la Bruyère^ p. 607.

I. « Je l'ai fort fréquenté à Paris pendant les années 1691 et 169a. Il paroissoit certainement avoir plus de cinquante ans. » (Bibliothèque nationale. Manuscrits français, n° 24 4^3, Correspondance du président Bouhier, tome V, p. 703, lettre de Bouhier à l'abbé Leclerc, datée du 3 mars 1729; conférez, ibidem, p. 743.) Bouhier croyait à tort que la Bruyère était né en ifiSg, et l'écrivait à l'avocat Aubert, qui, dans une des notices qu'il avait publiées, avec Leclerc, sous le titre de Bibliothèque de Richelet, en tête du Dictionnaire de Richelet (Lyon, 1728, in-f", tome I, p. ^i), l'avait fait naître en 1645, répétant ainsi la date, très-exacte d'ailleurs, que donnait déjà la Liste des auteurs cités dans l'édition précédente du même Dictionnaire (Rouen, 1719, p. vi). La Bruyère évidemment paraissait être plus âgé qu'il n'était : bien qu'il n'ait pas atteint cinquante et un ans, Bouhier n'est pas le seul qui l'ait fait vivre jusqu'à cinquante-sept (voyez le Dictionnaire de Jal, p. i4); une clef lui donne à sa mort cinquante-cinq ans (tome I, p. SgS); d'Olivet cinquante-deux [Histoire de l^ Académie, tome II, p. 322).

a. Souvenirs de Jean Bouhier, p. 74 et -S,

cxLii NOTICE BIOGRAPHIQUE

vivacité de celui-ci plaisoient mieux ù Monsieur le Prince que le sérieux cynique et mordant de l'autre. D'ailleurs i^Ionsieur le Prince faisoit à Santeul cent niches qu'il prenoitfort bien, au lieu que la Bruyère ne s'en seroit pas accommodé '. »

Quel contraste entre Santeul et Bossuet, que nous avons à citer l'un après l'autre en tête des amis que nous donnons à la Bruyère! Pédagogue et censeur du premier, il ne pouvait considérer le second que comme le plus éminent des maîtres. On ne nomme point notre moraliste parmi les membres du petit concile que Bossuet avait institué, en 1673, auprès de lui et qu'il ne réunit régulièrement que pendant les huit années qui suivirent; mais s'il n'a pas été l'im des pères laïques, suivant l'expression de Bossuet^, qui prirent part aux études qu'il présidait sur l'Ecriture sainte, nul ne fut plus assidu parmi les amis dont le prélat s'entourait à Meaux et à Versailles.

L'un de ceux que la Bruyère rencontrait le plus souvent auprès de Bossuet, soit dans l'allée du petit parc de Versailles que les promenades du prélat, accompagné de son cortège habituel, avaient fait nommer Y Allée des philosophes^ , soit à Paris

I. Bouhler cite l'une de ces niches faites à Dijon en 1674 : à la demande d'Henri— Jules de Bourbon, une dame, qui dessinait fort bien, fit dans une assemble'e, sans qu'il s'en aperçût, le portrait de Santeul, et le représenta « avec un habillement et un bonnet de fou, ayant un masque d'une main et une marotte de l'autre. » A Dijon encore et la même année, le père et le fils, après avoir folâtré avec Santeul « dans un de leurs appartements à huis clos, s'étoient enfin jetés sur lui comme pour l'étriller. . .. Ils «ap- « prirent bientôt à ne plus s'y frotter {ajoutait Santeul en faisant le « récit du combat')^ car, ayant pris chacun d'eux par le bras, je les « enlevai de terre, et je vous secouai ces deux pygmées comme un « Hercule. » {Ibidem, p. 68, 75 et 76.) — Le président Bouhier ne laisse pas voir si c'est à Dijon ou à Chantilly qu'il remarqua le mécontentement de la Bruyère. Au compte de Bouhier lui-même, Santeul n'alla que deux fois en Bourgogne pour la tenue des étals, la première en 1694 et la seconde en 1697, année de sa mort à Dijon (p. 64 et 68).

a. Sur le Petit concile et les Pires laïques, voyez M. Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, 2« partie, chapitre ix, p. 420-45i.

3. Voyez les Mémoires de Cabbé le Dieu, p. i37, et M. Floquet, ouvrage cité, p. 487.

SUll LA BRUYERE. cxliii

ou à Meaux, était l'abbé de Fénelon. Si l'on en croit l'abbé Phélipeaux, on le vit plus fréquemment que jamais dans la société de Bossuet en 1689, au moment où il désirait être nommé précepteur du duc de Bourgogne. Bien que Phélipeaux soit un témoin suspect quand il s'agit de Fénelon et qu'il convienne de se défier de son aniraosité j)assionnée contre l'auteur des Maximes des Saints^ nous ne pouvons écarter une anecdote, datée de cette époque, où il met en scène Fénelon et la Bruyère, et qui ajoute un trait à la biographie de l'un et de l'autre :

« Cet abbé, dit-il de Fénelon*, depuis son retour du Poitou*, ovi il étoit allé avec l'abbé de Langeron pour instruire les nouveaux convertis, songeoit sérieusement à jeter les fondements de sa fortune. On parloit déjà de donner aux trois princes de France ^ un gouverneur et un précepteur — Il s'attacha, avec plus d'assiduité qu'auparavant, à Monsieur l'évêque de Meaux, prévoyant qu'il pourroit être consulté sur le choix d'un précepteur. Le prélat n'alloit point dans le diocèse sans être accompagné des abbés de Fénelon et de Langeron, son intime et inséparable ami. Quand il étoit à Paris, ils venoient régulièrement dîner avec lui et lui tenoient une fidèle et assidue compagnie, de sorte que le prélat n'étoit guère sans l'un ou sans l'autre. Ils avoient soin d'avilir par de piquantes railleries tous ceux qui pouvoient avoir les mêmes prétentions. Pendant les repas et les promenades, ils louoient sans cesse le prélat, jusqu'à l'en fatiguer. Leurs flatteries étoient sans bornes, jusqu'à exciter de l'indignation à ceux qui étoient présents. Le prélat en rougissoit souvent, leur en témoignoit publiquement son dégoût et les prioit de s'en abstenir. La Bruyère, homme sincère et naturel, en étoit outré. Il me disoit quelquefois à l'oreille : « Quels empoi- « sonneurs! Peut-on porter la flatterie à cet excès! — Voilà, lui « disois-je, pour vous la matière d'un beau caractère ! » Un jour, la Bruyère, par malice, avança, en leur présence, que le Roi devoit engager Monsieur de Meaux à continuer aux princes les instruc-

1. Relation de V origine^ du progrès et de la condamnation du quiétisme répandu en France^ 1/33, p. 33 et 34-

2. C'est auprès des protestants de l'Aunis et delaSaintonge que Fénelon fut envoyé à deux reprises en mission, de décembre i685 à juillet 1687.

3. Le duc de Bourgogne, dont Fénelon fut nommé précepteur le 16 août 1689, et ses frères les ducs d'Anjou et de Berry.

cxLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

lions qu'il avoit données avec tant de sagesse à Monseigneur le Dauphin : les abbés furent déconcertés et s'appliquèrent à persuader au prélat qu'il ne convenoit point à un évêque de son âge, chargé du gouvernement d'un diocèse, occupé à des études si utiles à l'Église, de consumer un temps si précieux à apprendre la grammaire à des enfants; ils en parloient avec chaleur à tous ceux qui approchoient le prélat, cherchant toutes les voies possibles de le dégoûter de ce dessein. »

Le récit est grossièrement cliargé : Fénelon n'était pas homme à prodiguer les flatteries jusqu'à exciter le dégoût; mais le fond peut être vrai. La Bruyère néanmoins a toujours parlé de f'énelon avec estime et même avec admiration*. Il ne vécut pas assez longtemps pour assister à sa rupture avec l'évêque de Meaux. Leurs discussions sur les doctrines de Mme Guyon s'ouvrirent en 16941 mais leur amitié n'en parut altérée ni cette année ni la suivante : encore au mois de février 1695, Bossuet applaudissait à la nomination de Fénelon à l'archevêché de Cambrai; et, quatre mois plus tard, il le consacrait à Saint-Cyr. La Bruyère était mort lorsque Monsieur de Cambrai refusa l'approbation que Monsieur de Meaux lui demandait de joindre au manuscrit de ses Instructions sur les états d'oraison^ et c'est ce refus, bientôt suivi de la publication des Maximes des Saints, qui alluma la guerre entre les deux prélats.

L'abbé de Choisy, dont le nom se trouve çà et là mêlé à nos commentaires, a fait partie des réunions de l'évêché de Meaux. La Bruyère et lui s'y sont connus, et nous avions tout d'abord pensé qu'ils s'y étaient liés d'une amitié durable : nous nous sommes accusé ailleurs de cette méprise *. En annotant le Discours à l'académie, nous avions résisté à l'interprétation qui avait invariablement attribué à Choisy l'un des compliments que la Bruyère adresse aux académiciens qu'il aime ; mais il a fallu le témoignage d'un contemporain, cité dans la seconde édition de la Comédie de la Bruyère, pour nous éclairer sur les relations véritables de la Bruvère et de

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