‹ La bruyèreChapitre 63 sur 81 · Tome II, p. 236 (1690), et p. 4^3 et · texte numérisé non relu

Tome II, p. 236 (1690), et p. 4^3 et

2. Voyez tome III, i" partie, p. 224» Addition à la page 532 du tome I".

SUR LA BRUYERE. cxlv

Choisy : « Ils furent toujours mal ensemble, » est-il dit dans la clef manuscrite d'un exemplaire des Caractères qui vient de Félibien des Avaux*. C'est donc dans un sens ironique que l'abbé le Dieu parle de la Bruyère comme du bon ami de Choisy : « Depuis la mort de son bon ami la Bruyère, écrit-il le 6 juin 1696 au sujet de Choisy, il a repris le commerce de notre père grec [Bossuet)^. » La brouille de lit Bruyère et de Choisy, assez grave pour que l'abbé ne voulût plus s'exposer à rencontrer l'auteur des Caractères chez Bossuet, avait probablement pour origine la publication du caractère de Théodote, imprimé en 1692'. On ne peut s'imaginer, au surplus, deux caractères plus dissemblables que ceux de la Bruyère et de cet abbé, si puérilement vaniteux et efféminé jusqu'au ridicule.

Racine et Boileau étaient déjà illustres quand la Bruyère leur fut présenté, soit dans l'une de ses visites à Bossuet, soit à l'hôtel de Condé. Il fallait qu'ils s'entretinssent souvent de lui en 1687, au moment où il allait publier les Caractères, puisqu'ils lui avaient donné entre eux un sobriquet. Leur cor-

I. La Comédie de J. delà Bruyère, 2° édition, i" partie, p. i45, note 3.

a. OEuvres de Bossuet, édition Lebel, tome XL, p. 244- 3. Suivant Ed. Fournier (/^/</em), Choisy aurait encore eu d'autres griefs : « Si la Bruyère parle, dans sa 4° édition, des gens qui refusent de « rendre ce qu'ils doivent", » il pense à l'abbé, qui, partant pour Siam, emprunta 400 francs avec promesse du double au retour et ne rendit rien. Si, dans la même édition, il y a quelques mots contre quelqu'un qui, ne pouvant a être un Erasme, doit « penser à être évêque'', » il a encore l'abbé de Choisy en vue. » M. Fournier veut que la Bruyère, par ces allusions, se venge de la cabale qui, en 1691, fît nommer Pavillon à l'encontre de sa candidature-, mais c'est Tallemant, et non Choisy, qui opposa le nom de Pavillon à celui de la Bruyère.

<• Tome II, p. 21, n" 2^7.

* Tome 1, p. iSg, n" 26. Nous ne saurions dire si Ed. Fournier propose ces deux applications à Choisy sur des conjectures personnelles, ou s'il les tire de la clef de Félibien. Jl fait remarquer ailleurs (p. Sag, note 2) que la Bruyère, dans l'une des allusions précédentes, donne à Choisy le surnom A^Erasme en souvenir des Dialogues qu'il a composés, avec l'abbé de Dangeau. à la façon des Colloquia du célèbre écrivain de Rotterdam.

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respondance malheureusement ne le mentionne que deux fois à peine : « Maximilien m'est venu voir à Auteuil, et m'a lu quelque chose de son Théophraste, écrit Boileau à Racine en 1687, dans une lettre que nous avons déjà citée*. C'est un fort bon homme, et à qui il ne manqueroit rien si hi nature l'avoit fait aussi agréable qu'il a envie de l'être. Du reste, il a du savoir et du mérite. » Un « fort bon homme » : l'exjjression pouvait sembler juste en 1687, avant la publication des Caracimes, mais plus tard, revisant ses lettres et en prévoyant la publication, Boileau l'effaça et la remplaça par celle-ci: « Unfort//o/înéle homme. » Et de plus il ajouta l'esprit aux qualités qu'il reconnaissait à l'auteur des Caractères : « Il a du savoir, de l'esprit et du mérite ^. » Boileau n'est jamais allé au delà de cette appréciation un peu réservée, à laquelle il mêlait, dans ses entretiens, quelques critiques qui, venant d'un tel juge,

I. Voyez ci-dessus, p. lxxxix, et \es OEuvies de Racine^ tome VI, p. 548. L'autographe, dont il y a un fac-similé dans la Galerie française ou Collection de portraits^ etc. (Paris, Didot, 1824, iji-4°i p. 35o), appartient à M. le marquis de Biencourt. « Cette lettre, qui manque dans le Recueil de Louis Racine, dit M. Mesnard (OEuvres de Racine^ tome VI, p. 545, note i), a été publiée pour la première fois par Cizeron-Rival au tome III, p. 55, de ses Lettres familières de 3131. Boileau Despréaiix et Jirossette. » Elle a été réimprimëe, en i858, par M. Laverdet, dans sa Correspondance entre Boileau Despréaux et Brossette^ d'après une copie écrite par Jean-Baptiste Racine. — La seconde mention de la Bruyère que contient la correspondance de Boileau se trouve dans la lettre écrite à Racine, de Bourbon, le 9 août 1G87 [OEinrcs de Racine^ tome VI, p. 578) : « Je vous demande pardon du gros paquet que je vous envoie.... Je vous envoie un compliment pour M. de la Bruyère. » Ainsi que le fait remarquer M. Mesnard, c'est à tort que l'on a rattaché à la publication des Caractères ce compliment inséré dans le paquet adressé à Racine; car ils ne parurent que plusieurs mois plus tard.

a. Ce n'est pas tout, si l'on s'en rapporte au texte publié par M. Laverdet, d'après un manuscrit qu'aurait corrigé Boileau -, la lettre y est augmentée d'un post-scrij)tum que n'ont pas connu les éditeurs précédents et qui ne se trouve ni dans le texte de Cizeron- Rival ni dans l'autographe. « On s'explique avec peine, dit M. Mesnard {OEuvres de Racine^ tome VI, p. 548 et 549, note 8 de la lettre 61), que Boileau ait pu faire après coup une addition de

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ne pouvaient être indifférentes à la Bruyère, celle, par exemple, que lui adressaient, avec le plus d'instance, ses adversaires, de s'être soustrait à «la servitude des transitions ^ «Notre auteur

ce genre. Quoi qu'il en soit, voici ce post-scriptum : « Nous (Maxi- « milien^ c\st-à~dire la Bruyère^ et mol) parlons quelquefois de vers, « et il ne me parle point sottement. Il m'en lut l'autre jour un a assez grand nombre de très-méchants qui ont été faits, l'année « passée, dans Bourbon même, à l'occasion des eaux de Bourbon. « Il me parut qu'il étoit aussi dégoûté de ces vers que moi, et « pour vous montrer que je ne suis encore guéri de rien, c'est que « je ne pus m'empêcher de faire sur-le-champ, à propos de ces « misérables vers, cette épigramme que j'adresse à la fontaine « même de Bourbon :

« Oui, TOUS pouvez chasser l'humeur apoplectique,

« Rendre le mouvement au corps paralytique

« Et guérir tous les maux les plus invétérés;

« Mais quand je lis ces vers par votre onde inspires, « Il me paroît. admirable fontaine,

« Que vous n'eûtes jamais la vertu d'Hippocrène. »

— « Ces vers, ajoute M. Mesnard, sont donnés par Berriat-Saint- Prix, au tome II des OEuvres de Boileau, p. 460, parmi les épigrammes (n° xviii). Il ne dit pas qu'ils soient extraits d'une lettre à Racine. »M. Mesnard, on le voit, doute de l'authenticité du postscriptum, et nous le considérons aussi comme apocryphe. L'interlocuteur de Boileau, ce Maximilien, semble être allé à Bourbon en 1686 : si la Bruyère se fût éloigné de son élève en 1686, M. AlLaire n'eût-il pas retrouvé la trace de sou absence dans la correspondance de Condé et des officiers qui entouraient son petit-fils?

I. «M. Despréaux disoit de la Bruyère que c'étoit un homme qui avolt beaucoup d'esprit et d'érudition ; mais que son stjle étoit prophétique, qu'il falloit souvent le deviner ; qu'un ouvrage comme le sien ne demandoit que de l'esprit, puisqu'il délivroit de la servitude des transitions, « qui est, disoit-il, la pierre d'achop- « pement de presque tous les écrivains. » — « J'ai eu, continuoit-il, le courage de lui soutenir que son discours à l'Académie étoit mauvais, quoique d'ailleurs très-ingénieux et parfaitement écrit; mais que l'éloquence ne consiste pas à dire simplement de belles choses, qu'elle tend à persuader, et que, pour cela, il faut dire des choses convenables aux temps, aux lieux et aux personnes. » [Bolxana ou Entretiens de M. de Losme deMonchesnay avecM. Despréaux, dans le tome V de l'édition Saint-Marc, 17471 des OEuvres de Boileau^ P- 77')

cxLvm NOTICE BIOGRAPHIQUE

répondit à ce reproche dès sa première édition ; et il y revint, non sans humeur, dans hi préface de son Discours à VAcadémie, s'efforcant de démontrer que s'il avait omis les transitions entre ses alinéas, il avait du moins introduit un plan et une économie dans son ouvrage*.

Bien que Racine n'ait pas écrit une seule fois, dans les lettres qui nous sont parvenues, le nom de son grand admirateur la Bruyère, il devait lui témoigner une affection plus vive que ne le faisait Boileau. Son amitié du moins s'est déclarée avec éclat dans la lutte qu'il fallut soutenir contre les Théobaldes de l'Académie, pour y faire admettre l'auteur de Caractères .

Sous les auspices de Bossuet, de Racine et de Boileau, la Bruyère entra dans le groupe dont ils étaient les chefs, et qui formait le parti des Anciens. On opposait, tout à la fois, ce parti à celui des Modernes, et, comme les grands lettrés de la cour, au groupe « des Illustres de Paris, » dirigé par Fontenelle, Charpentier, Perrault et Thomas Corneille. Fontenelle lui-même, dans son Eloge de l'un des membres de cette société de Versailles, a délimité les deux camps, sans oublier de rappeler que la Bruyère n'appartenait pas au sien :

« La cour rassembloit alors un assez grand nombre de gens illustres par l'esprit : 3IM. Racine, Despréaux, de la Bruyère, de Malezieu, de Court \ Monsieur de Meaux étoit à la tête. Ils formèrent une espèce de société particulière, d'autant plus unie qu'elle étoit plus séparée de celle des Illustres de Paris, qui ne prétendolent pas devoir reconnoître un tribunal supérieur ni se soumettre aveuglément à des jugements, quoique revêtus de ce nom imposant de jugements de la cour. Du moins avoient-ils une autorité souveraine à Versailles, et Paris même ne se croyoit pas toujours assez fort pour en appeler*. »

I. Voyez tome I, Discours sur Théophraste, p. 28 ; tome II, p. 44^, 445 et 446. Il est à noter que l'abbé le Gendre, qui, en 1691, passa, pendant vingt jours, toutes les après-dînées chez Boileau, ne cite pas la Bruyère dans la « compagnie triée d'hommes de lettres » qui formaient les assemblées quotidiennes de la maison d'Auteuil {Mémoires, p. 173-175).

3. Éloge de M. de Malezieu, dans les Œuvres de M. de Fontenelle^ 1766, tome VI, p. 274 et 9.7').

SUR LA BRUYERE. cxlix

Fontenelle, on le voit, parle sans amertume de gens qui l'avaient souvent raillé. Nul ne l'avait plus cruellement attaqué que la Bruyère. Un de leurs amis communs, Phélypeaux, c'est-à-dire Pontchartrain le fils, avait su obtenir de Boileau le sacrifice d'une strophe de l'Ode sur la prise de Namurj qui pouvait affliger Fontenelle : on ne dit pas qu'il ait de même tenté de le protéger contre les traits de l'auteur des Caractères. Il n'y eût sans doute pas réussi, bien que deux lettres de lui, seules pages qui, avec quelques lignes de Bussy, nous aient été conservées de la correspondance reçue par la Bruyère, témoignent de relations assez étroites, et permettent de supposer réciproque influence. Des lettres de ia Bruyère à Phélypeaux, nous n'en connaissons qu'une d'un ton assez laborieux, et dont la lecture nous console un peu de la perte des autres. C'était, du reste, un disgracieux correspondant que Phélypeaux ; les Mémoires de Saint-Simon^ nous avaient prévenu contre lui : ses lettres ne nous le rendent pas plus aimable. On peut vraiment se demander si, en acceptant la mission de le tenir au courant, pendant ses absences, des événements qui se produisaient à Versailles, la Bruyère n'obéissait pas à un sentiment de déférence et de gratitude envers Pontchartrain, qui, l'on s'en souvient, l'avait aidé à franchir les portes de l'Académie, plutôt qu'à un sentiment de sympathie pour son ■fils lui-même^.

A la cour, la Bruyère n'eut, en dehors de la famille Pontchartrain, que de passagères relations, telles que celles qu'il put nouer avec Saint-Simon ou Bussy. Il semble avoir eu toutefois un commerce plus suivi avec le marquis de Termes, qu'il chargea d'offrir à Bussy la primeur des Caractères avant qu'ils fussent mis en vente. Singulière destinée que celle de cet homme d'esprit, haï et méprisé des courtisans, estimé et recherché par Racine, Boileau, Mme de Sévigné, Bussy et la Bruyère! Ce n'étaient ni le souvenir de ses galanteries ni celui d'un emprisonnement inexpliqué à l'occasion de l'affaire des poisons, qui avaient valu à M. de Termes sa mauvaise renommée : par pauvreté, il avait eu «la bassesse, j) dit Saint-Simon,

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