‹ La bruyèreChapitre 64 sur 81 · Tome II, p. 517-522, et tome III, i" partie, p · texte numérisé non relu

Tome II, p. 517-522, et tome III, i" partie, p

CL NOTICE BIOGRAPHIQUE

de désirer les fonctions de premier viilet de chambre de Louis XIV, « et personne, ajoute-t-il, ne doutoit qu'il ne rapportât tout au Roi, tellement qu'il n'étoit reçu dans aucune maison '.» La vive amitié de Racine et de Boileau, le bon accueil de Mme de Sévigné et la confiance de la Bruyère pouvaient le consoler de bien des mésaventures; mais il en avait subi une, la plus cruelle de toutes, qu'il ne pouvait ni oublier ni pardonner et dont l'auteur, disait-on, était l'une des Altesses mêmes de la Bruyère :1e i6 décembre 1684, quatre mois après l'entrée de celui-ci dans la maison de Condé, des gens apostés dans une galerie de Versailles l'avaient outrageusement accablé de coups de bâton ^. Quels entretiens sur la cour l'on peut supposer entre la Bruyère et ce gentilhomme qui avait été bâtonné par l'ordre d'un Condé, et dont les courtisans fuyaient jusqu'à l'approche !

I. « .... Ilétoit seul au milieu de la cour sans que personne voulût lui parler, encore moins le recevoir. » [Addition de Saint-Simon au Journal de Dangcau^ tome I, p. 81.) — « .... Il n'étoit reçu dans aucune maison, ni abordé de personne. Il étoit poli et accostant, mais à peine lui répondoit-on en fuyant.... « [Mémoires de Saint- Simon, tome IV, p. 62.)

■2. « Le bruit se répandit, écrit Dangeau à la date du dimanche 17 décembre 1684 (Journal^ fome I, p. 81), qu'on avoit fait le soir du samedi une cruelle insulte à M. de Termes dans la galerie basse; ce bruit étoil apparemment faux, et le Roi témoigna en être fort mécontent. Il fit faire des perquisitions pour savoir qui avoit fait courir ce bruit-là. » Saint-Simon est persuadé, au contraire, que le bruit n'était nullement faux, et 11 donne, au-dessous même du passage de Dangeau, une explication de cette « insulte » (luimême répète le mot), explication qu'il développe et précise dans ses Mémoires (tome IV, p. 62 et 63). Suivant lui. Monsieur le Duc (c'est-à-dire, bien évidemment, le père de l'élève de la Bruyère, Henri-Jules de Bourbon, qu'on appelait Monsieur le Prince à l'époque où Saint-Simon écrivait) et le prince de Conti (« Mme la princesse de Conti » dans l'Addition, mais dans ses Mémoires Saint- Simon se rectifie), vers une heure du matin, avaient fait charger M. de Termes, à grands coups de bâton, par quatre ou cinq Suisses « qui, n'épargnant que sa tète, le menèrent battant à l'autre bout de la galerie, et l'y laissèrent si moulu de coups qu'il en fut plusieurs jours au lit. » Monsieur le Duc et le prince de Conti,

SUR LA BRUYERE. cli

Nous avons déjà nommé', comme ayant été en relation avec la Bruyère, Malezieu, qui lut l'un des premiers ses Caractères, avant l'impression; Régnier Desmarais, qui, comme Bossuet, favorisa sa nomination à l'Académie ; la Loubère, qui retira sa candidature devant la sienne; Renaudot, qui le vit chez Bossuet et chez Pontchartrain, sut l'apprécier, et cependant ne lui consacra même pas une ligne de regrets dans la Gazette lorsqu'il mourut^. Nous pourrions ajouter comme ayant pratiqué, sinon aimé et goûté la Bruyère, tous ceux qui vivaient dans la familiarité de Bossuet. Mais, on le voit par tout ce chapitre, sur le degré d'amitié et d'intimité les renseignements nous manquent pi-esque entièrement. On peut vraiment s'étonner que, d'une époque qui nous a laissé tant de souvenirs écrits, il nous en reste si peu et de si insignifiants sur un homme de la valeur de notre moraliste^.

ajoute Saint-Simon dans ses Mémoires^ accusaient Termes d'avoir conté au Roi les détails d'un souper qu'ils avaient fait, quelques jours auparavant, « chex Langlée à Paris, après lequel il s'ëtoit passé des choses assez étranges. » Il par-aît certain que Termes fut bâtonnc, et qu'on accusa Henri-Jules de Bourbon, comme le dit Saint-Simon, d'avoir payé les coups; mais le souper de Langlée n'avait eu lieu que le 24 décembre, une semaine après la bastonnade, si Dangeau est exact [ihident^ p. 83) et s'il n'y a eu qu'un souper de ce genre chez Langlée dans les derniers jours de l'année. L'insulte n'aurait donc pas eu la cause que lui donne Saint-Simon. Quoi qu'il en soit, elle fit « un grand vacarme, » et la Bruyère ne put l'ignorer. Sa liaison avec la victime d'un Condé est une preuve nouvelle qu'il n'était pas bon courtisan.

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