‹ La bruyèreChapitre 65 sur 81 · Voyez ci-dessus, p. xcvir, cxii et cxv · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. xcvir, cxii et cxv

2. La mort de la Bruyère n'est mentionnée dans la Gazette qu'à l'occasion de l'élection de son successeur : « Le 16 juillet, l'abbé Fleury, sous-précepteur des enfants de France, fut reçu à l'Académie françoise, à la place vacante par le décès du sieur de la Bruyère. » (N° du 21 juillet 1696, p. 348.)

3. On avait espéré découvrir dans la correspondance de Mathieu Marais de précieux détails sur la Bruyère. «Que j'admire, lui écrivait Bayle le 2 octobre 1698, que j'admire l'abondance des faits curieux que vous me communiquez touchant MM. Arnaud, Rabelais, Santeul, la Bruyère^ etc. ! Cela me fait juger. Monsieur, qu'un Dictionnaire historique et critique, que vous voudriez faire, seroit

cLii NOTICE BIOGRAPHIQUE

Les princes avaient parfois pour compagnons leurs anciens maîtres dans leurs voyages, même à la guerre : c'est ainsi que

l'ouvrage le plus curieux qui se pût voir. Vous connoissez mille particularités, mille personnalités, qui sont inconnues à la plupart des auteurs.,.. » (Lettres choisies de M. liayle^ Rotterdam, 1714, p. fi4<Ji ce passage a été cité par M. de Lescure dans la Notice qui précède le Journal de M. Marais^ tome I, p. 11.) c II est bien à regretter, écrit Taschereau, ayant en vue cette lettre (/?tfMe rétrospective^ a* série, tome VII, p. 33o), que Bayle n'ait pas consacré un article à la Bruyère, et ait laissé perdre les matériaux biographiques dont il parle ici. » Ces matériaux n'ont pas été perdus : une copie de la longue lettre de Marais à laquelle répond Bayle, lettre écrite a l'occasion d'une publication de Bayle [Réflexions sur un imprimé gui a pour titre : le Jugement public sur le Dictionnaire critique de M. Bayle), est conservée dans le manuscrit i36 de la collection Bouhier [Manuscrits français, n» 6669), à la Bibliothèque nationale, et voici les seuls renseignements, peu nouveaux pour nous, qu'elle

contienne sur la Bruyère (p. io3 et io4) : « Je suis bien aise que

vous Unissiez par une pensée de M. de la Bruyère. Voilà un homme au bon coin'^. Il s'est vu, de son vivant, objecté aux anciens, lui qui en étoit l'admirateur. Les modernes l'ont saisi pour en faire un Théophraste de notre siècle. M. Perrault ne l'a pas oublié dans ses Parallèles. M, Ménage ou ses amis en ont parlé avec éloge, et ont très-bienfait le caractère du faiseur de caractères*. M. Despréaux l'a cité dans sa satire des Femmes. Il s'est fait neuf éditions de son livre en peu de temps. Il n'y a jamais eu de réputation plus rapide. C'est un conquérant, un Alexandre dans les lettres, qui doit plus à sa vigueur et à sa force véritable qu'au goût des lecteurs qui aiment les choses satiriques, malgré tout ce qu'en ont

' Locution familière à Boileau, qui « de cette marque », dit Marais dans la même lettre, n'en connaissait pas << une douzaine dans le monde.... Il en revenoit toujours, ajoute Marais, au bon coin, qui est le mot du guet entre les savants de haute volée. »

« Menagiana, etc., » écrit Marais en note.

SUR LA BRUYERE. gliii

M. de Court alla mourir de la lièvre, en 1694, au camp de Vignamont, auprès de son élève le duc du Maine. Mais M. de Court était secrétaire des commandements du duc du Maine, et la Bruyère, qui au reste n'avait été qu'un des professeurs du duc de Bourbon, n'avait pas conservé dans sa maison de fonction qui rendît sa présence constamment opportune et utile auprès de lui. Tandis que Monsieur le Prince, Monsieur le Duc, Madame la Duchesse, et nombre de courtisans, accompagnaient Louis XIV dans le voyage qu'il entreprit, du 10 mai au 7 juin 1687, pour aller voir les fortifications de Luxembourg, la Bruyère était demeuré à Paris ; car c'est au mois de mai et tandis que Racine visitait Luxembourg en qualité d'historiographe du Roi, qu'il lut à Boileau « quelque chose 3) de son Théophraste : ce nous est une raison de croire qu'il dut être également dispensé de se joindre à la maison de Louis de Bourbon pendant les campagnes de 1688 et des années suivantes*. Disons toutefois que, si nombreuses qu'aient

dit ses adversaires, qu'il a battus, dos et ventre, dans le discours qu'il a mis à la tête de sa harangue. Vous devez, Monsieur, à cet illustre, à ce Montagne mitigé, un grain de cet encens exquis que les Muses vous ont donné pour distribuer aux savants. » — Marais avait beaucoup lu la Bruyère. Dans un passage de cette même lettre, il cite une phrase de son jugement sur la Fontaine : « .... Ce n'est que légèreté, qu'élégance », etc. (tome II, p. loi), et il annote comme il suit le mot légèreté^ qu'emploie la Bruyère : « Légèreté^ en bonne part, a paru nouveau ; mais pour la Fontaine ne falloitil pas de la nouveauté ? M. de Fénelon a dit dans son Discours à V Académie : « les grâces vivantes et légères. » Mme Dacier dit dans sa préface de Térence : « Les plaisanteries de Térence sont d'une (k légèreté, si j'ose me servir de ce terme, et d'une politesse infinie.» Elle y met un correctif. La Fontaine, dans son conte de Scamaiidre^ dit : « une beauté naïve, une taille légère. » M. de Caillières le condamne; mais il n'est pas le plénipotentiaire de l'Académie. » I. Le duc de Bourbon partit de Versailles le 25 septembre 1688 pour aller faire ses premières armes et assister au siège de Pbilisbourg : il revint le aS novembre. En 1689, son absence dura cinq mois : il partit vers le 20 mai pour se rendre à l'armée d'Allemagne, commandée par M. de Duras, et ne fut de retour que le 7 novembre. En 1690, nommé maréchal de camp, il rejoignait à Nancy, le 23 mai, le Dauphin, qui allait prendre le com- La Bruyère, i j

cLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

été les éditions des Caractères, il n'en est qu'une dont la publication puisse servir à démontrer la présence de la Bruyère à Paris pendant que le duc de Bourbon est à l'armée. La date de l'impression de la 6*, achevée le i" juin

1691, s'accorderait mal avec son départ, s'il eût accompagné au siège de Mons le duc de Bourbon : le prince avait pris congé du Roi le i3 mai, et il est presque certain que la Bruyère demeura le mois entier à Paris pour corriger les dernières feuilles.

S'il avait dû assister à une campagne, c'eût été à celle de

1692, plutôt qu'à toute autre. Le 10 mai, on avait vu partir de Versailles presque toute la cour, et de Paris un certain nombre de curieux, qui, n'étant v ni guerriers ni courtisans »,

mandement de l'armée d'Allemagne : la petite vérole l'obligea bientôt à s'éloigner, pendant six semaines, de larmée-, il y revint à la fin de juillet, et regagna Versailles, avec le Dauphin, dans les premiers jours d'octobre. Nous passons les campagnes de ifipi et de 1692, mentionnées p. cliv et clv. En 1698, le duc de Bourbon quittait Chantilly vers le 20 mai, quelques jours après la séance de réception de la Bruyère à l'Académie, pour rejoindre l'armée de Flandre, et n'en revenait qu'à la fin d'octobre, après une campagne qui lui avait offert l'occasion de se distinguer à la bataille de Nerwinde. Le duc de Bourbon fit encore partie en 1694 de l'armée du maréchal de Luxembourg : il quitta Chantilly le 4 juin et revint à Versailles le 4 octobre. Il s'en faut de peu que nous ne puissions offrir pour cette année 1694 la preuve d'un aVihi de la Bruyère. Le 3 juin, il recevait, sans nul doute à Paris, une « indemnité » de son frère Louis, en faveur duquel il venait de s'engager pour une somme de 3ooo livres (voyez ci-après, p. clxxxix) : or le duc de Bourbon se trouvait ce même jour à Chantilly, avec les siens, s'apprêtant à se mettre en route, dès le lendemain, pour rejoindre l'armée du duc de Luxembourg. A la rigueur, la Bruyère aurait pu arriver en temps utile à Chantilly, qui était en quelque sorte la première étape du duc de Bourbon, et partir avec lui, s'il avait dû l'accompagner; mais 11 est bien probable qu'aucun projet de départ ne se mêlait à ses préoccupations, ce 3 juin où il réglait, loin de Chantilly, des affaires de famille. En 1696 enfin, le Duc partit pour l'armée de Flandre le 9 juin et revint le 2 a septembre. La Bruyère était mort depuis plusieurs jours quand Louis de Bourbon se mit en route pour la campagne de 1696.

SUR LA BRUYERE. clv

n'en suivirent pas moins Louis XIV jusque sous les fortilications de Namur. La Bruyère a fait le récit des impressions de ces Parisiens dépayse's. La capitulation de la ville avait été' signée le 5 juin; mais le château résistait encore, et le siège se prolongeait. Des pluies torrentielles avaient succédé au beau temps des premières semaines, et les spectateurs oisifs se décourageaient : « Le salut de l'État dépend-il d'une citadelle de plus ou de moins ? » La citadelle capitule enfin le 3o juin, et les mêmes personnages, oubliant leurs doléances, triomphent bruyamment de la persévérance dont ils avaient gémi, et s'offrent naïvement à l'admiration des bourgeois « aux fenêtres, » dans les villes et les bourgades qu'ils traversent en revenant à Paris ^. La Bruyère avait-il été le confident, au camp de Namur, de leur impatience et de leurs frayeurs? A-t-il vu luimême leur glorieux cortège à travers les rues de Givet, de Rocroy et de Dammartin? Je ne le pense pas. S'il eût passé, en leur compagnie, sept semaines aux camps de Givry ou de Namur, Racine aurait eu souvent l'occasion de le voir auprès des princes de Condé : ne l'eût-il pas nommé, au moins une fois, dans les lettres qu'il adressait à Boileau ?

Non plus qu'aux tranchées de Mons ou de Namur, nul document ne révèle la présence de la Bruyère à Dijon pendant la tenue des états de Bourgogne, qu'Henri- Jules de Bourbon vint y présider en i685, en 1688, en 1691 et en 1694, pour ne citer que les sessions qui eurent lieu pendant le séjour de notre auteur dans la maison de Condé. Il n'y alla certainement pas en 168 5, car le duc de Bourbon, quand son père s'y rendit pour quelques jours, était retenu à Versailles par ses leçons et par l'approche de son mariage. Je doute que le duc de Bourbon et la Bruyère aient paru davantage à Dijon en 1688 et en 1691 : les états de 1688 se tinrent en mai, et Dangeau nous montre Louis de Bourbon à la revue de Maintenon le 23^; ceux de 1691 s'ouvrirent le 3i mai, et l'impres-

Page 1