‹ La bruyèreChapitre 66 sur 81 · Voyez tome II, p. 118 et 119, n · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p. 118 et 119, n

2. Henri-Jules de Bourbon, suivant une lettre de Bussy, se proposait de passer le mois de mai entier à Dijon {Correspondance de Bussy ^ édition de M. Lud. Lalanne, tome VI, p. 126); il y demeura, pour le moins, jusqu'au ao ou 21 {ibidem^ p. i3o).

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sion de la dernière feuille de la 6" édition est, nous l'avons dit, datée du i" juin*.

Je croirais plus volontiers que la Bruyère assista aux états de 1694. Partis de Fontainebleau le 10 novembre, Henri-Jules et Louis de Bourbon avaient, pour la première fois, emmené Sanleul avec eux. Il se peut que ce soit pendant ce séjour à Dijon des princes de Condé que Bouhier ait été témoin de l'impatience avec laquelle la Bruyère supportait les préférences qu'ils marquaient au poète latin. C'est, au surplus, par un minutieux scrupule d'exactitude que nous cherchons à savoir si la Bruyère vint jamais à Dijon. Sa présence, s'il y vint, n'y fut pas remarquée, et, de son côté, il n'a rien écrit qui paraisse être un souvenir d'un séjour en Bourgogne : s'il vit Dijon en fête, les plaisirs qu'il y put prendre ne le réconcilièrent pas avec la province.

Ses devoirs, si même son titre lui en imposait, de gentilhomme du duc de Bourbon laissaient, en somme, une grande liberté à la Bruyère. Les affaires de famille, d'autre part, l'occupèrent peu dans ses dernières années. Il n'avait pas voulu invoquer, en 1674, son titre de trésorier pour refuser, comme il en aurait eu le droit, la curatelle de ses deux nièces, Mlles de la Guyottière, émancipées à la mort de leur mère; mais, tout en acceptant le soin de leurs intérêts, il les avait confiées à

I. Monsieur le Prince était arrivé à Dijon le 29 mai. {^Choix de lettres Inédites écrites par N. Brùlart^ publiées par M. de Lacuisine, 1869, tome II, p. 392.) — Bouhier, comme il a été dit (tome II, p. 345, et ci-dessus, p. cxxxix), a vu entre les mains de la Bruyère ime lettre de Santeul relative au caractère de Théodas, inséré dans la 6^ édition, qui fnt achevée d'imprimer le i" juin 1691; mais ne n'est pas à Dijon qu'il l'a dû voir. Si la Bruyère avait passé le mois de juin entier en Bourgogne avec les princes, il n'aurait pas été impossible que Santeul, après avoir reçu de l'imprimerie un exemplaire en blanc (c'est-à-dire non encore relié) de l'édition du i" juin, lui eût fait parvenir, dans le cours de ce même mois, son remerciement à Dijon, et que ce fût à Dijon que l'eût vu le Dijonnais Bouhier • mais Bouliier parle de fréquentation à Paris, et non à Dijon, en 1691 (ci-dessus, p. cxli, note i). Le passage que nous rappelons ne peut donc guère être invoqué comme preuve d'un voyage de la Bruyère en Bourgogne cette même année 1691.

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la garde de sa mère, qui veilla sur elles jusqu'en 167g, année où nous les perdons de vue. En 1695, sa qualité d'académicien lui permettait de n'accepter aucune part, après la mort de son frère Louis, dans la surveillance des intérêts de ses neveux et nièces : il n'usa point de la permission ; mais la charge d'ailleurs était légère : il ne fut que leur subrogé tuteur, la tutelle ayant été réservée à sa belle-sœur.

L'administration de sa fortune personnelle ne dut pas non plus distraire souvent la Bruyère de cette laborieuse « oisiveté n du « sage n ù laquelle nous devons les Caractères. La liquidation de l'héritage de son oncle, commencée en 1672, était enfin achevée depuis 1680, Il avait renoncé tout à la fois, en 1686, à la succession de son père et à celle de sa mère*. De fortune mobilière, il n'en avait plus à gérer; car, tout héritier qu'il eût été d'un oncle enrichi, il ne devait léguer, à son tour, aucun contrat^, ni laisser d'autre capital qu'une somme de 2129 livres, enfermée dans ses tiroirs soit à Paris soit à Versailles, et dont la plus grande partie pouvait être le fruit de ses économies sur la pension annuelle de mille écus qu'il recevait des Condé.

Quelque événement malheureux avait-il fait disparaître la meilleure part de la succession ? La générosité de la Bruyère l'entraîna-t-elle dans quelque disgrâce de fortune encourue par son frère Louis? C'est le secret que gardent encore les archives des notaires du dix-septième siècle. Il nous a semblé, plus d'une fois, entrevoir la gêne au foyer du moraliste. Au moment où il vient d'acheter une charge de trésorier, le 14 janvier 1678, il fait un emprunt à sa mère et lui constitue une rente : est-ce bien le désir d'obliger sa mère qui le décide à lui emprunter 3352 livres? ne seraient-ce pas plutôt les difficultés de vie que pouvaient susciter l'achat de son office et les lenteurs

1. Par unacte notarié du 16 février 1679, Mmeveuve de la Bruyère et ses enfants, prenant leurs précautions contre les conséquences que l'on pourrait tirer de signatures données par ces derniers en vue de faciliter le rachat d'une rente, déclarent que ce rachat n'a tourné qu'au profit de Mme de la Bruyère -, les enfants, de plus, protestent n'avoir pris aucun bien de la succession de leur père et se réservent de la refuser quand bon leur semblera.

2. Sa sœur laissa trois contrats de rente, dont le revenu s'élevait à près de 900 livres.

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de la liquidation de l'he'ritage de son oncle ? Quoi qu'il en soit, six mois plus tard, cette somme était réduite d'un tiers entre ses mains, et ce qui lui en restait lui était volé par un serviteur. A peine entré dans la maison de Condé, où il devait attendre douze mois le payement de ses premiers gages, il empruntait encore 2000 livres, que cette fois il put rembourser avant la fin même de l'année, au moment peut-être où il vendit sa charge. Soit sur le prix de cet office, soit sur la somme que put lui léguer le grand Condé*, il éteignit aussi, en 1687, sa première dette, non pas entre les mains de sa mère, ((u'il avait perdue en 1684, mais entre celles de sa sœur, seule légataire de cette pauvre femme, dont la succession a été répudiée. Le voilà donc libéré de toute dette, mais, d'autre part, il est dépourvu de toute créance, et je cherche vainement l'emploi de la somme qu'il a retirée de la vente de son office, ou du moins de ce qu'il a dû en garder, ses dettes payées.

De l'héritage de Jean II de la Bruyère il avait toutefois conservé sa part dans les propriétés du Vendomois, ou du moins dans la principale, celle de Ronieau, ainsi que dans la maison de Saulx. La terre de Romeau était d'un mince rapport; de ce côté, Louis avait surveillé les intérêts communs, et après lui l'abbé Robert-Pierre : la Bruyère ne semble pas en avoir jamais pris soin, ni avoir jamais habité ce lointain domaine. Vivant tantôt à Versailles, tantôt à Chantilly, tantôt à Paris, où, logé au Petit-Luxembourg, il était encore l'hôte des princes de Condé, il ne dut pas non plus jouir beaucoup de la maison de campagne de Saulx, bien qu'il y eût une chambre, très-simplement meublée à ses frais*.

I. « En peu de paroles, dit Gourville en racontant la scène où Condé mourant lui donne ses dernières instructions, il me déclara ce qu'il vouloit faire pour ses domestiques et pour moi. » {Mémoires,j». 497 'i conférez la Correspondance de Btissy, tome VI, p. 3.)

a. On a jusqu'ici placé à tort cette maison à Sceaux : c'est à Saulx-les-Chartreux,près de Longjumeau, qu'elle se trouvait. Ainsi qu'on le pourra voir ci-après (p. clxxxix, note i),elle était « vieille et caduque, » et son délabrement rendait chaque jour nécessaires des réparations, dont les dépenses, en y joignant les 4° «^'cus de gages du jardinier, excédaient a le profit et revenu, » lequel était d'environ 80 livres par au, non compris le revenu d'un arpent

SUR LA BRUYERE. clix

De l'ensemble de ces de'tails, recueillis çà et là sur les actes conservés dans les archives du notariat de M'' Gastine, et de la lecture des inventaires dresses après le décès de la Bruyère, on pourrait peut-être induire que ce n'est point par une simple boutade d'esprit ou d'humeur qu'il s'est plaint si vivement de ne tii-er aucun profit de ses écrits; toutefois dormir sur ce un lit de plumes » ou même se faire « la vie aimable ^ » n'était assurément pas ce qui lui importait le plus, et nous pouvons, avec SainX-Simon, avoir foi en son désintéressement. Mais n'eut-il jamais aucun regret de n'être qu'un écrivain d'un ce grand nom » et de «< beaucoup de gloire, n en même temps qu'un gentilhomme inoccupé de la suite d'un prince du sang? Tandis qu'il voyait confier des postes éminents à quelque <c fat. . . . en crédit-, » tandis que, tout auprès de lui, l'écuyer Briord et même Gourville recevaient du Roi des missions délicates, pour

de pré. Jean II de la Bruyère, l'oncle, avait pris, en i652, cette propriété pour 7498 francs ; mais il n'avait déboursé que 5408 livres, payées comptant : le reste était représenté par une créance sur le propriétaire, pour le recouvrement de laquelle il avait dû engager un procès. Il n'est donc pas exact, comme on l'a pensé, que cette propriété vînt du grand-père de la Bruyère; il ne l'est pas non plus, on l'a vu plus haut, qu'elle ait été le seul immeuble possédé par la famille de la Bruyère. En 1682, la même maison n'était plus estimée que 44°° livres, car Louis de la Bruyère, qui venait de se marier et qui avait à payer une charge, vendit (le i5 avril 1682) son quart pour 11 00 livres : légataire du quart, notre la Bruyère devenait ainsi copropriétaire pour un tiers. Sa mort attribua le tiers de sa part, c'est-à-dire un neuvième, aux enfants du même Louis, décédé en 1694. Suivant l'exemple que lui avait donné son mari, leur mère, Claude-Angélique Targas, vendit ce neuvième aux copropriétaires survivants, Elisabeth de la Bruyère et Robert-Pierre de la Bruyère, et le vendit sur le pied de l'estimation précédente (de 44oo livres), qui fut maintenue malgré la diminution de revenu que l'on attribuait tant à « l'état des maisons et des héritages » qu'au a malheur des temps. » (Archives nationales, Y 4^59, documents signalés par Monmerqué à Walckenaer, analysés par ce dernier dans ses Remarques et éclaircissements^ p. 766 et 769, et publiés presque intégralement par H. Lot dans le Bulletin de la Société de P Histoire de Paris, année 1877, p. 82-87 \ voyez aussi le Dictionnaire de Jal^ p. 71 j.)

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