I. Tome II, p. 86 et 88, n" 21. — 2. Tome I, p. i52, n
CLX NOTICE BIOGRAPHIQUE
ne citer que les noms de gens de l'hôtel de Condé*, personne ne s'avisait (ne pouvait-il en faire la remarque?) du mérite de l'homme le \i\us instruit de ce même hôtel, qui savait l'histoire et connaissait les gouvernements mieux que tout homme de cour, parlait plusieurs langues, et avait tracé, de main de maître, une sorte de traité sur l'art de la diplomatie^. La Bruyère n'était pas un ambitieux vulgaire, prêt à solliciter auprès de Pontchartrain comme le faisait Briord auprès de Pomponne ou deTorcy, et le spectacle, même désintéressé, de la cour expliquait et justifiait l'amertume de ses réflexions sur la distribution que l'on y faisait des emplois; mais assurément ce n'était pas sans faire encore une fois un retour sur luimême qu'il écrivait cette réflexion ironique : « Il est savant, dit un politique, il est donc incapable d'affaires; je ne lui confierois pas l'état de ma garde-robe'. » Ainsi devaient parler ceux qui habitaient l'hôtel de Condé; ainsi pensaient sans doute Pontchartrain et Phélypeaux eux-mêmes. La Bruyère avait assez de pénétration pour surprendre ce sentiment dans l'esprit de chacun et assez d'orgueil pour en être blessé.
La composition des Caractères iusc[u en 1688, la révision et le développement de chacun des chapitres de son livre jus-
1. Depuis même l'entrée de la Bruyère dans la maison de Condé, Gourville, dont il est superflu de raconter la carrière diplomatique, avait été, en avril (ou mars) 1687, envoyé par Louis XIV à Aix-la-Chapelle auprès du duc de Hanovre « pour le porter à faire n traité » avec lui. (Mémoires de Gourville, p. 498; conférez le Journal de Dangeau, tome II, p. 45.) Quant à Briord, auquel, comme précédemment à Saintrailles, Monsieur le Prince avait donné, en 1690, « la députation de Bourgogne, » emploi qui rapportait laooo écus (i/ûdein^ tome III, p. 256), Louis XIV l'avait chargé, en 1694, d'une mission en Bourgogne qui lui valut des éloges (ibidem^ tome V, p. 28 et 54) ; plus tard, quelques mois après la mort de la Bruyère, qui n'avait pu prévoir cette éclatante fortune, il en fit son ambassadeur à Turin [ibidem^ tome VI, p. yo et 78, et Mémoires de Saint-Simon, tome I, p. 400).
2. Tome I, p. 373-377, n° 12. — « .... H n'étoit étranger en aucun genre de doctrine, a dit de la Bruyère l'abbé Fleury (Recueil des harangues prononcées par Messieurs de V Académie, tome III, p. 71); il savoit les langues mortes et les vivantes. »