‹ La bruyèreChapitre 69 sur 81 · I. Tome II, p. 86 et 88, n» 21. — 2. Tome I, p. 149, n · texte numérisé non relu

I. Tome II, p. 86 et 88, n» 21. — 2. Tome I, p. 149, n

CLXii NOTICE BIOGRAPHIQUE

auxquelles ils se mêlèrent avec la plus vive ardeur. La Bruyère ne leur avait pas fait couiidence de son travail, dont il leur ménageait la surprise. Le 8 mai, ses Dialogues étaient assez avancés pour qu'il en lit ime lecture à Antoine Bossuet, frère de révêque de Meaux; mais, si peu de temps après, dans la lettre même oîi il devait parler à sou fils de ces Dialogues^ Antoine Bossuet avait la douleur de lui annoncer la mort de la Bruyère, Il succomba, dans la nuit du lo au ii mai, à une attaque d'apoplexie. C'est dans la lettre d'Antoine Bossuet qu'il faut chercher le l'écit le plus fidèle des derniers moments de l'auteur des Caractères.

« .... Je viens à regret, écrit-il de Paris le ai mai, à la triste nouvelle de la mort du pauvre M. de la Bruyère, que nous perdîmes, le jeudi dix de ce mois, par une apoplexie, en deux ou trois heiu-es, à Versailles. J'avois soupe avec lui le mardi huit; il ëtoit gai et ne s'étoit jamais mieux porté. Le mercredi, et le jeudi même jusqu'à neuf heures du soir, se passèrent en visites et en promenades, sans aucun pressentiment; il soupa avec appétit, et, tout d'un coup, il perdit la parole, et sa bouche se tourna. M. Félix, M. Fagon, et toute la médecine de la cour vint à son secours. Il montroit sa tête, comme le siège de son mal. Il eut quelque connoissance. Saignée, émétique, lavement de tabac, rien n'y fit. Il fut assisté, jusqu'à la fin, de 31. Gaïon, que M. Fagon y laissa, et d'un aumônier de Monsieur le Prince. 11 m'avoit fait boire à votre santé, deux jours auparavant. Il m'avoit lu des dialogues qu'il avoit faits sur le quiétisme, non pas à l'imitation des Lettres provinciales (car il étoit toujours original), mais des dialogues de sa façon'; il disoit que vous seriez bien étonné quand vous le verriez à Rome*. Enfin il parloit toujours de

1. Sur ces Dialogues et sur la publication qui fut faite en 1699 par l'abbé du Pin de Dialogues posthumes attribués à la Bruyère, voyez notre Notice^ au tome II, p. 629 et suivantes.

2. Quand vous le verriez à Rome^ est-ce à dire que la Bruyère avait formé, depuis le départ des abbés Bossuet et Phelipeaux, c'est-àdire depuis le i3 mars, le projet d'aller les rejoindre à Rome? C'est ainsi qu'on l'a compris (voyez la Comédie de J. de la Bruyère^ p. 377, note 4, et p. Sgo). Mais ne s'agirait-il pas des Dialogues sur le quiétisme, que la Bruyère devait bientôt publier? On voit, parla lettre de son père, que l'abbé Bossuet ignorait l'étude que la Bruyère venait de faire du mysticisme de Mme Guyon : la Bruyère, dans

SUR LA BRUYERE. clxiii

cœur. C'est une perte pour nous tous ; nous le regrettons sensiblement *. »

La mort de la Bruyère n'attrista pas seulement ses amis; Saint-Simon, nous l'avons vu, a exprimé dans ses Mémoires les sentiments qu'elle lui inspira ; Bossuet écrivait le 28 mai : « Toute la cour l'a regretté, et Monsieur le Prince plus que tous les autres^. »

son entretien avec Antoine Bossuet, ne voulait-il point parler de la surprise qu'aurait son fils en voyant la publication des Dialogues ? La leçon a quand vous le verriez » (verriez cela) peut s'accorder avec cette interprétation. Si nous savions ce qu'est devenue la lettre d'Antoine Bossuet, qui a appartenu à Monmerqué, nous nous serions assuré toutefois que le n'a pas été lu pour les : ce serait, pour le moins, la seconde faute de transcription que l'on pourrait relever dans l'impression de ce document.

1. Nous avons dit, tome II, p. 629, note i, comment cette lettre, publiée en i836 dans la Revue rétrospective^ peut être attribuée à Antoine Bossuet, bien qu'il ne l'ait pas signée. — L'abbé d'Olivet a recueilli sur la mort de la Bruyère des détails qui ne concordent pas avec ceux que donne Antoine Bossuet : « Quatre jours auparavant, il étoit à Paris dans une compagnie de gens qui me l'ont conté, où tout à coup il s'aperçut qu'il devenoit sourd, mais absolument sourd. Point de douleur cependant. Il s'en retourna à Versailles, où il avoit son logement à l'hôtel de Condé; et une apoplexie d'un quart d'heure l'emporta. » {Histoire de VAcadémie^ tome II, p. 3ai et 322.) Voici en quels termes le Mercure galant annonça la mort de la Bruyère dans son numéro de mai (p. 309) : « Il me reste à vous dire qu'il vaque une place à l'Académie françoise par la mort de M. de la Bruyère, si connu par son livre des Caractères de Théophraste. Il avoit soupe avec un appétit extraordinaire, et presque aussitôt il tomba en apoplexie. Il n'eut plus de connoissance, et mourut à deux heures après minuit. »

2. « Nous vous demanderons les nouvelles : c'en a été pour vous une bien fâcheuse que celle de la mort de M. de la Bruyère. Toute la cour », etc. (Lettre du 28 mai 1696, adressée à l'abbé Bossuet et datée de Paris, OEuvres de Bossuet^ édition Lebel, tome XL, p. 176.) — Le 3o juin, de Germigny, Bossuet écrivait encore à son neveu : ce Nous vous avons écrit la mort du pauvre M. de la Bruyère, et cependant nous voyons que vous l'avez apprise par d'autres endroits. » {Ibidem^ p. 204.) Enfin, le 16 juillet 1696, Bossuet écrivait de Paris au même abbé Bossuet : « Je revins

CLXiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

Comme il arrivait souvent au dix-septième siècle en pareil cas, la mort « si prompte, si surprenante, » de la Bruyère (ce sont les expressions de son successeur à l'Académie *) fit naître quelques soupçons de poison; mais ils ne méritaient aucune créance*. Laissons aux médecins le soin d'examiner si le traitement qu'on lui Ht subir, au sortir d'un repas où l'on avait remarqué son appétit^, ne dut pas rendre mortelle l'attaque dont il était frappé.

La Bruyère fut inhumé à Versailles le 1 2 mai, dans la vieille église de la paroisse Notre-Dame, c'est-à-dire dans l'église Saint-Julien, qui a été démolie en 1797 : Louis XIV ne permettait pas que l'on fît des inhumations dans l'église Notre-Dame, reconstruite en 1686''. Quelques jours après, Robert-Pierre de la Bruyère faisait procéder à l'inventaire des meubles de son frère dans les petits appartements qu'il avait occupés à

hier i5 de Versailles, pour assister à la réception de Tabbé Fleury et à sa harangue à l'Académie. Il a la place de notre pauvre ami, que je regrette tous les jours de plus en plus, » [Ibidem^ p. ao6 et 307.)

Page 1