DU CŒUR
Il 5^ a un goût cUans la pure ainitié où ue peuvent atteindre ceux qui sont nés médiocres.
L'amitié peut subsister entre des gens de différents sexes, exempte même de toute grossièreté ; une femme cependant regarde toujours un homme comme un homme, et réciproquement un hoimue regarde une femme comme une femme : cette liaison n"est ni passion, ni amitié pure ; elle fait une classe à part.
Lamour naît brusquement, sans autre réflexion, ])ar tempérament ou par faiblesse ; un trait de beauté nous fixe, nous détermine. L'amitié, au contraire, se forme peu à peu, avec le temps, par la ])ratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de bonté de cœur, d'attachement, de ser\ices et de complaisance dans les amis, pour faire en plusieurs années bien moins que ne fait quelquefois en un moment un beau visage ou une belle main !
Les hommes souvent veulent aimer, et ne sauraient y réussir ; ils cherchent leur défaite sans pouvoir la rencontrer, et, si j'ose ainsi parler, ils sont contraints de demeurer libres.
11 y a quelquefois dans le cours de la \ie de si chers plaisirs et de si tendres engagements que l'on nous défend, qu'il est naturel de désirer du moins qu'ils fussent permis : de si grands charmes ne peuvent être surpassés que par celui de savoir y renoncer par vertu.
La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lorsqu'elle est agréable, puisque, si l'on cousait ensemble toutes les heures que l'on passe avec ce qui plaît, l'on ferait à peine d'un grand nonibre d'années une vie de quelques mois.
11 n'y a qu'un premier dépit en amour, comme la première faute dans l'amitié, dont l'on puisse faire un bon usage.
Qu'il est difficile d'être content de quelqu'un !
L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit.
D y a de certains grands sentiments, de certaines actions nobles et élevées, que nous devons moins à la force de notre esprit qu'à la bonté de notre naturel.
H y a du plaisir à rencontrer les veux de celui à (jui Ton vient de donner.
Comme nous nous affectionnons de plus en plus aux personnes à qui nous faisons du bien, de même nous haïssons violemment ceux que nous avons beaucoup offensés.
Il n'y a guère au monde un plus l)el excès que celui de la reconnaissance.
Il y a des lieux que l'on admire ; il y en a d'autres qui touchent, et où l'on aimerait à vivre.
Il me semble que Ton dépend des lieux pour l'esprit, l'humeur, la passion, le goût et les sentiments.
Quelques-uns se défendent d'aimer et de faire des vers, comme de deux faibles qu'ils n'osent avouer : l'un du cœur, l'autre de l'esprit.
Regretter ce que l'on aime est un bien, en comparaison de vivre avec ce que l'on hait.
Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser. L'amour a cela de commun avec les scrupules, qu'il s'aigrit par les réflexions et les retours que l'on fait pour s'en déhvi'er. Il faut, s'il se peut, ne point songer à sa passion pour l'affaibhr.