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saf^c dans ses discours, craiiu,ii;ml toiilc sorte d'ambition, inr-me celle de montrer de Tespiil. »
Il semble cependant tjue les dires de Tabbé d'Olivet ne sont pas tout à. fait exacts. La Bruyère voulut souvent, sinon toujours, participer aux liesses de ce monde. On ne peut en douter de la part d'un homme qui a proclamé : « Jl faut rii'e avant cpie d'être heureux, de peur de mourii' sans avoir ri. « Longtemps, très longtemps, il s'efforça dv. dompter son caractère qui le portait vers la solitude et le silence. Les témoignages sur ce point sont nombreux : « C'est un fort bon homme, dit Boileau, à qui il ne manquerait rien, si la nature l'avait fait aussi agréable qu'il a envie de l'être. » — « C'était, ajoute Valincourt, un bon homme dans le fond, mais que la crainte de paraître pédant avait jeté dans un autre ridicule ojjposé quon ncï saurait définir, en sorte que, pendant tout le temps qu'il a passé dans la maison de M. le Duc, où il est mort, on s'y est toujours moqué de lui. »
Car, comme la plupart des personnages qui n'ont pas une gaieté naturelle, Û exagérait, dans son désù* de plaire et d'être aimable, sa gentillesse. Celle-ci aisément, étant de conmiande, tournait au burlesque. On voyait, à Chantilly, un La Bruyère s'efforcer de devenir « im rude joueur de lansquenet » qu'il n'aimait point. Il lui prenait aussi « des saillies de danser et de chanter, mais fort désagréablement ». Comme jadis le grand Condé, M. le Prince et M. le Duc se divertissaient de ses frénésies subites et s'mgéniaient à les provoquer. Avec Jérôme PhéUppeaux également, le moraliste volontiers faisait le plaisantin :
Avant-hier, monseigneui", lui écrivait-il, sur les sept heiu'es du soir, les plombs de la gouttière qui est sous la fenêtre de ma chambre se trouvèrent si échauffés du soleil qui avait brillé tout le joiu", que j'y fis cuire un gâteau, galette fonce ou fouace ([ue je trouvai excellente ; vous voyez sans peine, avec votre sagacité ordiuahe, de quelle utihté cela peut être aux intérêts de la Ligue [d'Augsboui'g], et je ne vous annonce cette particularité qu'avec le déplaisk que vous pouvez imaginer. Le temps hier se couvrit et menaça de la pluie toute l'après-dînée. Il ne
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plut pas néanmoins ; aujourd'hui, il a plu ; s'il pleuvra demain ou s'il ne pleu^Ta pas, c'est, monseigneur, ce que ne puis décider quand le salut de toute FEmope en de\T:ait dépendre : je crois avec cela, moralement parlant, qu'il tombera un peu de pluie, et que, dès que la pluie aura cessé, il ne pleuvra plus, à moins que la pluie ne reconuuence. Mais, à propos de pluie, les beaux plans et les belles eaux que celles d'une maison que j'ai vue dans un vallon en deçà de la tour de Montfort ! La belle, la noble simplicité qui règne jusqu'à présent dans ses bâtiments ! Voudi-ait-on bien ne s'en point ennuyer? il faut l'avouer nettement et sans détom', je suis fou de Pontcliartrain, de ses tenants et aboutissants, circonstances et dépendances ; si vous ne me faites entrer à Pontcliartrain, je romps avec vous, monseigiiem', avec notre M. de la Loubère, avec les jeux floraux, et, qui pis est, avec monseigneur et ]VIme de Pontchartrain, avec celle que vous épouserez, avec tout ce qui naîtra de vous, avec leurs parrains et leurs maiTaines, avec leurs mères nourrices : c'est une maladie, c'est une fureur.
A ces absurdités attristantes, PJif'lippeaux répijndail decette sorte :
Si par hasard vous avez, monsieur, quelqu'un de vos amis (jui vous connaisse assez peu pour vous croire sage, je vous prie de me le mai^quer par nom et par surnom, afin que je le détrompe à ne pouvoir douter un moment du contraire. Je n'aurai pour cela qu'à lui montrer vos lettres : si après cela il ne demeure pas d'accord que vous êtes un des moins sensés de l'Acadénùe fi'ançaise, il faut qu'il le soit aussi peu que vous. Je n'ai pu encore bien discerner si c'est la qualité d'académicien, ou les honneurs que vous recevez à Chantilly, qui vous font tourner la cervelle. Quoi qu'il en soit, je vous assure que c'est dommage ; cai' vous" étiez un fort joli garçon, qui donniez beaucoup d'espérances. Si j'arrive devant vous à Paiis, je ne manquerai pas de vous faire ])réparer une petite chambre bien commode à l'Académie du faubourg Saint-Germain (1). J'aurai bien soin qu'elle soit séparée des autres, afin (jue vous n'ayez communication qu'avec vos amis particuhers, et que les Parisiens, naturellement curieux, ne soient pas témoins du malheur (jui vous est arrivé. En attendant, vous pouvez penser, faire et écrire autant d'extra-
{1) Les Petites-Maisons, hôpital où l'on internait les fous.
LA lîIlUVKItK (iKMIl,ll(tjMMI<: DK M. LK DUC ISl
vagancos que vous voiidnv, : elles ne feront que me réjouir; car les folies, (|uanil elles sont aussi agréables que les vôtres, divertissent toujours et délassent du grand tiavail dont je suis accablé.
Le La Bruyt^i'P ainsi transformé en bateleur de la plume était, en effet, bien digne de figurer aux Petites-Maisons. C'est un La Bruyère peu connu, et que l'on discerne, avec douleur, de l'autre. Ce La Bruyère jalousait, tout en l'aimant, un chanoine de Saint- Victor, Sauteul, poète latin, qui, égaré dans la petite cour de Chantilly, y avait, à la longue, par ses louanges hyperboliques et ses pantalonnades, glané les amitiés. Il a tracé de lui, sous le nom de Théodas, un portrait vivant et juste. H voyait bien qu'il se conduisait, selon le mot de l'abbé Le Gendre, en « saltimbanque, en Jean Farine, en possédé » et que les meilleures compagnies ne le recherchaient que pour ses cabrioles de baladin et ses singeries. Il n'eut osé, à son exemple, contrefah'e « la couleu\Te et siffler comme cet insecte » et se livrer à mille autres turlupinades dont sa dignité eut souffert. Mais il gémissait à part soi de ne connaître point la faveur de ce fol, admis dans la familiarité des princes et bénéficiant, au prix de pénibles humiliations, de nombreux avantages.
Malgré des concessions préjudiciables à la noblesse de son caractère, La Bruyère ne par\ànt point à égaler en séduction les coquets de son temps. Il professait : « L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit. » Il était seul peut-être à le penser. Néanmoins l'effort qu'il fit pour conquérir quelque réputation d'amabilité lui fut utile. Vers la fin de sa vie, nous discernons en lui un goût visible de l'élégance. H porte, non sans majesté, une belle perruque « à longs cheveux gris blonds ». Son linge est choisi avec soin parmi le plus fin. Il apprécie les cravates et les manchettes de dentelles. Ses chapeaux (( de Caudebec ou de Castor « sont à la dernière mode, de même que ses bottes éperonnées. Qu'ils soient en gros de Tours ou en drap d'Angleterre, ses • vêtements, doublés
de taffetas, ont des couleurs éclatautes et resplendissent de leiu's fleurs, de leurs i^assepoils, de leurs bordiu^es, de leurs « agréments x d'or et d'argent. En qualité de gentilhomme, il accroche l'épée au baudrier de soie, et \ olontiers . il se promène tenant à la main la haute canne à poignée d'argent.
Le cavalier pliilosophe a-t-il grand ah, ainsi ajusté? On n'oserait le prétendre. Jouit-il cependant de quelque prestige auprès des femmes? Xous le cro}'ons volontiers. Sa croisade contre les ^'ices du siècle et la façon déhbérée avec laquelle il railla les pécores répandues dans les salons attkèrent certainement sur lui l'attention féminine. D était une sorte de héros de la plume. Comme les héros de l'épée, les héros de la plume connaissent les succès d'alcôve. Un chansonnier représente La Bruyère « couru » des femmes. Pourquoi cet homme am'ait-il été le plus malheureux sur ce point d'entre ses pareils, comme le veulent certains de ses biographes? Il parle de l'amour avec une ardente smcérité. Certames de ses plirases prennent l'apparence d'aveux échappés le plus souvent à sa tristesse.
n est triste d'aimer, écrit-il, sans une grande fortune, et qui nous donne les moj-ens de combler ce que Ton aime, et le rendre si heureux qu'il n'ait plus de souhaits à faire.
Les femmes se préparent pour leurs amants, si elles les attendent ; mais si elles en sont sm'prises, elles oubhent, à leur arrivée, l'état oii elles se trouvent ; elles ne se voient plus. EUes ont plus de loisir avec les indifférents ; elles sentent le désordre où elles sont, s'ajustent en leur présence, ou disparaissent un moment, et reviennent parées.
A juger de cette femme par sa beauté, sa jeunesse, sa fierté et ses dédains, il n'y a persoime qui doute que ce ne soit un liéros qui doive un jour la charmer. Son choix est fait : c'est un petit monstre qui manque d'esprit.
n marque sans ambage son dégoût aux femmes fardées, à celles qui, dédaignant la simplicité du langage et des manières, croient susciter l'admiration par la mignardise et raiîectation. Il exècre les dkectem's de conscience,