BROUSSAIS
Quand Tune des colonnes d'un édifice se détache, l'édifice entier en est ébranlé jusque dans sa hase.
Quand l'un de ces hommes qui marchent à la tète de la société et la guident vient à mourir, la société tout entière est émue, chacun se regarde avec effroi et les âmes prennent le deuil-, puis, les passions, un moment comprimées par la grandeur de l'événement, se réveillent, les opinions se manifestent, et pour
le grand homme qui n'est plus la postérité commence.
Mais si, comme Broussais, cet homme a excité tant de haines, tant de sympathies, tant de polémiques!... s'il a entrepris de renverser, pour le reconstruire, un des côtés de l'édifice de la science humaine; s'il a voulu, par la force de sa pensée, par l'intelligence incisive employée a de pénétrantes études; s'il a voulu, grâce à l'observation profonde de tout ce qu'on a fait avant lui. grâce à une foi vive en tout ce qu'on pouvait faire encore, ne pas quitter le monde intellectuel s'en l'avoir rendu différent du jour où il y est entré : longtemps encore après qu'il n'y est plus, les polémiques continuent, les haines et les sympathies se montrent, les passions s'agitent et les opinions se combattent.
Maintenant , à l'égard de Broussais , les esprits sont redevenus calmes, et le moment est favorable pour la plume impartiale qui veut rendre hommage à sa mémoire en esquissant sa vie.
Ce fut à Saint-Malo, la ville natale de Lamennais et de Chateaubriand, que naquit, le 17 décembre 1772, François-Joseph-Victor Broussais. Sort enfance fut a la fois pétulante et dormeuse, énergique et pensive, agissant aujourd'hui par réflexion, ayant hier agi par instinct. C'est l'instinct fortifié par une puissance précoce de réflexion qui fit prendre en haine à Broussais. dans son enfance surnommé Fanchin. une servante choisie par ses parents
alors qu'il avait environ dix ans. Le jour où cette iille entra dans la maison, Fanchin la regarda avec attention, comme peuvent faire les enfants pour un nouveau visage admis dans leur cercle ; mais cette attention devint sérieuse; les traits de ce visage étaient répulsifs à l'enfant. Telle l'ut la première impression-, et rien ne l'effaça dans l'esprit du jeune Broussais jusqu'à l'âge de douze ans. où son père, médecin distingué, le fit entrerait collège deDinan. Toutes les fois qu'il revenait à la maison paternelle, cette impression, loin de s'effacer, ne se modiûait même pas et semblait prendre encore une nouvelle vigueur à la seule vue des traits de la servante.
Au collège, le jeune homme se lit remarquer par son application, sa facilité, et par un goût qu'il a conservé jusqu'à sa mort , pour les études classiques.
Lorsqu'il eut vingt ans et que ses études furent achevées, on était en 1792 et l'Assemblée législative déclarait la patrie en danger!... Broussais s'élança alors au premier rang des volontaires . et de simple grenadier devint bientôt sous-officier. A cette nierveilleuse époque tous les espoirs étaient permis, et le bâton de maréchal était un but accessible à toutes les ambitions: Broussais pouvait donc devenir maréchal d'empire ou être tué par un boule!. Le sort, qui ne voulait ni l'un ni l'autre de ces destins, en décida autrement; Fanchin tomba malade, et revint dans sa famille après avoir servi quinze mois.
Dès ce moment il dirigea toutes ses facultés vers l'art de son père; celui-ci lui donna les premières instructions, et. il commença comme chirurgien sousaide à l'hôpital militaire de Saint-Malo; puis il alla à Brest où il étudia l'anatomie. Billard et Duret furent ses professeurs. Bientôt il fut nommé chirurgien militaire de troisième classe, puis de deuxième classe. 11 avait alors vingt-cinq ans. C'est pendant qu'il était à Brest qu'un coup affreux vint frapper Broussais. Laissons parler ici M. Henri de Montègre, son secrétaire et son ami : « Les deux grands partis politiques qui divisaient alors la France, dit-il, étaient plus prononcés en Bretagne qu'ds ne pouvaient l'être partout ailleurs... Le patriotisme et l'exaltation de Broussais lui avaient fait sans doute aussi des ennemis personnels : pendant qu'il était éloigné de la maison paternelle, quelques misérables , » de ceux qui souillent la défense de toutes les causes , « que sa présence eût intimidés peut-être, y pénétrèrent, et, dans leur lâche fureur, ils égorgèrent le père et la mère de Broussais; l'un et l'autre étaient alors assez âgés-, ils s'étaient mariés à plus de quarante ans , et le père de Broussais en avait alors soixantecinq. Surpris et trahis aussi, dit-on, par une domestique qui introduisit les assassins, ils tombèrent après quelque résistance. Le cadavre mutilé du père fut trouvé, la tète séparée du tronc, dans le grenier de la maison, d'où il avait repoussé, pendant quelques instants, à coups de fusil, les attaques de ces
forcenés. Le corps de sa femme avait éprouvé des mutilations semblables, et les vainqueurs , tout souillés de sang, avaient en se retirant ajouté l'incendie au meurtre. »
Quelques années après ce malheur, dont la nouvelle avait creusé dans son àme des traces profondes, Broussais se promenait un soir avec Tun de ses amis d'enfance le long des côtes de Saint-Malo. Comme ils cheminaient, ils virent de loin une femme venir à leur rencontre. Avant Broussais, l'ami distingua les traits de cette femme.
— ■ Tiens, dit-il, voilà la malheureuse qui...
Il n'acheva pas. car Broussais pâlit, chancela et tomba enfin dans les bras de son compagnon. Il venait de reconnaître la servante qui avait ouvert la porte aux assassins, il venait de revoir l'antipathie du petit Fanchin.
Maintenant qui peut dire si Fanchin. devenu Broussais, ne se rappela point plus tard cette affligeante consécration des instincts de son enfance; si, se remémorant les traits de l'indigne servante, il ne voulut pas se rendre un compte intellectuel et physique d?s causes de sa première haine; si entin ce qui créa la science de Lavater ne le conduisit pas à celle qu'il illustra un jour : la science profonde et mystérieuse encore aujourd'hui de Gall et de Spurzheim?
En 179o ou 96 , Broussais se maria. Il prit pour femme Marie-Jeanne ïroussart , qui lui donna six
enfants. De cette famille, il reste aujourd'hui Casimir et François Broussais, tous deux médecins et dignes de leur nom.
À l'époque de son mariage, et même quelques années après. Broussais n'avait pas encore vu Paris 5 il n'avait pas encore essayé sa pénétrante intelligence à cette pierre de touche de tous les talents, de tous les génies, de toutes les gloires. En 1800, il vint, pour la première fois, habiter la grande métropole. Là, il eut à vaincre les premiers obstacles qui s'élèvent devant tous ceux qui se dévouent à la science. Sa vie fut alors simple et laborieuse ; depuis, il n'en a pas changé. En 1803. il fit la connaissance deBichat. dont il resta toujours l'ami. Il suivit ses cours avec succès, et ne tarda pas à être reçu docteur en médecine. Malgré sa jeune expérience, Broussais se sentait déjà à cette époque le besoin d'innover . ou plutôt de rectifier les erreurs qu'il apercevait dans la pratique de la science, et que de longues années avaient pourtant consacrées; il composa alors la thèse ayant pour litre : De la Fièvre heciiqve. etc., et la dédia à Pinel.
Cette thèse révéla dans son auteur quelque chose de ce qu'il devait être un jour: ce fut comme le prélude d'un grand concert . le portique d'un temple immense. Le moment était beau pour Broutais : Pinel. Bichat, Cabanis, Chaussier s'illustraient dans la science. On remarquait alors je ne sais quelle vague indécision dans les doctrines médicales; on ressentait,
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sans s'en rendre compte, le besoin de principes régénérateurs. L'instant était donc Lien favorable, et Broussais le comprit.
Quelque temps après la publication de sa thèse, Broussais. sur la recommandation de Desgenettes, fut nommé médecin militaire, et parcourut successivement, en celte qualité, les Pays-Bas, l'Allemagne et L'Italie, jusqu'en 1808. Il revint alors à Paris pour y publier son grand ouvrage sur les phlegmasies chroniques, dont il avait rassemblé les matériaux dans ses voyages. Ce livre valut à Broussais les honneurs des prix décennaux de l'Institut. Mais bientôt ses fonctions de médecin principal l'appelèrent en Espagne. Il quitta donc encore la France, et parcourut l'Espagne dans toute son étendue. En 1813, Broussais revint en France, et jusqu'en 181 ï il exerça les fonctions de médecin principal dans les hôpitaux des frontières de l'Espagne.
Dans ces nombreux voyages, et grâce à son organisation morale et physique, il avait su toujours résister aux épreuves multipliées et aux fatigues de l'état militaire. Il recueillait grand nombre d'observations sur les différents pays qu'il parcourait, et sa prodigieuse mémoire le servait admirablement ensuite pour coordonner tous ces matériaux épars, et qui acquéraient, en passant dans ses mains, une grande portée.
Broussais revint à Paris en même temps que les Bourbons. 11 y fit, sous la restauration, des cours de
pathologie interne, et fut nommé bientôt second professeur à l'hôpital militaire du Yal-de-Gràce , redevenu hôpital d'instruction. C'est à ce moment de sa \ie que Broussais commença à être véritablement célèbre. Ses cours de la rue du Foin, et bientôt après ceux de la rue des Grès, attirèrent une aflluence considérable; la nouveauté de ses principes, la grandeur de la doctrine dont il jetait les fondements, firent une sensation profonde dans le monde médical. En contemplant cet homme, qui grandissait si audacieusement, si rapidement, la Faculté se demanda jusqu'à quel degré il voulait atteindre, et s'il ne faudrait pas l'arrêter dans son violent essor ; mais il est des idées plus puissantes que le monde qu'elles traversent, et celles de Broussais étaient de ces idées-là.
En 1816, Broussais fit paraître son œuvre la plus grande, Y Examen des Doctrines médicales. C'était alors se poser hardiment en réformateur, et il ne fallait pas moins que toute la conscience que Broussais possédait de son génie pour tenter un pareil coup. N'était-ce pas couvrir toutes les voix humaines qui prenaient part aux controverses médicales et philosophiques de l'époque, par un coup de tonnerre ?
C'est qu'il faut sentir en soi une grande puissance et un grand courage pour venir dire à tant d'hommes éminents : « Ce que vous avez fait jusqu'ici est mal fait, est vicieux, est absurde; » car alors tout homme a droit de dire à celui qui parle si haut et de si haut :
« Vous détruisez nos œuvres, nous avons droit d'attendre tout des vôtres. Vous renversez, mais il vous faut reconstruire. Comment reconstruirez-vous? »
Ce courage, cette puissance, c'était L'âme même de Broussais ■. c'est le moment de sa vie où il a été le plus en butte aux attaques de l'ignorance, des passions et de la haine : il sut y résister courageusement, et ne faiblit pas un moment pendant ces longs combats. Après avoir publié une seconde édition, plus complète que la première , de X Examen des doctrines médicales. Broussais fonda, en 1822, un journal important {Annales de la, Médecine physiologique), qui fut pour lui la tribune où il continua de proclamer ses systèmes. Sa voix ne retentit pas en vain : bientôt il vit une immense quantité de médecins embrasser sa doctrine, et. la propageant, la faire pénétrer sur tous les points du monde. Il publia encore à cette époque le livre avant pour titre : Commentaires des propositions de pathologie, et son fameux Traité de physiologie pathologique, qui tous les deux obtinrent de grands succès. Des récompenses dignes de lui étaient donc enfin accordées à celui qui les avait attendues si longtemps, et à qui elles étaient si bien dues pour son dévouement.... nous devons presque dire pour son apostolat: car on peut, sans une trop audacieuse hyperbole, nommer Broussais l'apôtre de la physiologie.
En 1823. Broussais fut nommé membre titulaire de l'Académie royale de médecine, qu'on venait de
fonder-, il avait été nommé, quelque temps auparavant, premier professeur au Yal-de-Grâce.
La publication du Traité de l'Irritation et de la FoNeût encore une impression profonde sur le monde savant. Toutes les qualités et tous les défauts du célèbre physiologiste sont contenus dans ce livre : jamais il n'avait attaqué avec tant d'ironie1 et de verve l'école psychologique ; mais , hélas! jamais non plus il n'avait autant avancé, ses idées de matérialisme.
Broussais continua ainsi ses études, ses leçons et ses combats jusqu'en 1831 ; alors, et grâce aux désirs du ministère de Casimir Périer, la Faculté de médecine créa une chaire de pathologie et de thérapeutique, et la lui confia.
Quelque temps après, il fut nommé membre titulaire de l'Académie des sciences morales et politiques, puis enfin membre de la Faculté. Dès lors,- rien ne manquait plus à sa gloire; mais comme ces grandes âmes, trop vastes pour pouvoir jamais être remplies. il voulut cueillir d'autres palmes dans le champ, nouvellement ouvert à la France, de la phrénologie. et cette époque fut encore une des plus brillantes de la vie de ce grand savant.
Le cours de phrénologie qu'il fit en 183b' obtint un de ces succès qui deviennent des faits historiques, Broussais avait alors soixante-quatre ans, et pourtant son intelligence était encore fraîche et juvénile . sa pensée haute, sa parole électrique. Malgré ses dernières maladies, il. avait conservé toutes les forces de
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ses facultés, et quelques semaines avant sa mort, il lut encore, à l'Institut, un mémoire dans Lequel on retrouva toute l'énergie et toute la beauté de son génie.
Il est des hommes de bronze sur lesquels la faux du temps devrait s'émousser -, des hommes si puissants , que la mort elle - même devrait les craindre !
Mais le temps et la mort frappent aux ordres d'un pouvoir plus fort que tous les génies qu'il a créés ensemble, et ce pouvoir avait jeté le grain de sable de Pascal dans la carrière où Broussais marchait à grands pas.
Atteint d'une affection chronique, mais toujours plein d'ardeur et de dévouement pour la science . Broussais ne donna pas à cette maladie les soins qu'elle exigeait. Vers les derniers temps de sa vie, elle prit un caractère dangereux, et MM. Amussat . Bouillaud, Treille . furent appelés à lui donner leurs conseils.
Le 1 ! novembre 1838. il partit pour sa maison de campagne de Vitry, là. malgré son état de souffrance, il voulait. encore préparer des travaux importants : le 16 même, dans l'après-midi, il corrigeait plusieurs fragments d'ouvrages; mais dans la nuit qui suivit, il expira.
Cette mort subite donna lieu de penser que l'autopsie était nécessaire ; les éclaircissements qu'elle amena sont consignés dans la notice de M. Amussat.
qui . dans ces tristes circonstances, a mérité les plus grands éloges.
Coramebeaucoup de grands hommes, qui accordent autant à l'action qu'à la méditation, et dont Napoléon pourrait être le type. Broussais ne se résuma point; il n'écrivit point la dernière page de son OEuvre complète, celle qui pourtant doit contenir les enseignements suprêmes, et contenir aussi cet erratum solennel où l'esprit prés de sa fin. reconnaissant ses fautes, défend à la postérité d'étendre jusqu'à elles son admiration.
Le convoi de l'illustre professeur fut encore un triomphe: une multitude d'élèves réclamèrent l'honneur de porter son corps-, le service funèbre fut célébré par l'aumônier du Yal-de-Gràce.
Le Yal-de-Gràce, qui avait vu autrefois l'aurore de la gloire de Broussais, s'illumina de ses derniers rayons terrestres.
Le cortège, gros de plus de cinq mille personnes, défila ensuite devant les principaux monuments où Broussais s'était fait entendre et admirer, et se dirigea vers le cimetière du Père-Lachaise.
Plusieurs discours remarquables furent prononcés sur sa tombe par MM. Grilla. Droz, Larrey. Bouillaud et Gasc : tous furent accueillis par la foule avec émotion et sympathie.
Broussais fut toujours un homme d'une extrême activité intellectuelle et physique, son ardeur pour le travail ne s'est jamais ralentie.
Il se levait tous les jours de grand matin, et ne se couchait que fort tard; c'est ainsi qu'il vécut, pensa, et apprit le double de la vie commune.
Sa parole était vive, souvent sarcastique ; sa logique sûre et entraînante, sa pensée rapide et élevée.
La conformation de sa tète était remarquablement belle.
Il conserva jusqu'à la fin de sa vie un goût trèsmarqué pour la littérature classique, et Horace fut toujours son poète de prédilection.
Lemercier, l'auteur de Pinto et iïAcjamemnon, l'académicien dont M. Victor Hugo occupe si noblement le fauteuil , savait le goût de Broussais , son admirateur et son ami, pour la littérature et les arts.
Un jour qu'il envoyait à l'auteur de la Médecine physiologique un exemplaire de la Henriade, qu'il lui avait promis, Lemercier rappela son domestique pour écrire sur la première page les vers suivants, qu'il improvisait :
Voltaire guérissait le fanatique esprit Dont on voit des humains les races possédées: De ta raison, Broussais, la lumière guérit Ces pestes, de Terreur, dont les ont obsédées La vieille médecine et les chaires fondées
Par l'ignorance qui prescrit
Les formules recommandées, Dont, avec Rabelais, Molière encor se rît.
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Les malades mouraient martyrs de leurs idées : Mais, grâce à tes leçons par les faits secondées, C'est le charlatanisme et le mal qui périt.
Courage donc! et gloire aux écoles guidées
Par ton zèle et ton nom sous nos palmes inscrit !
Si Broussais avait pour la gloire littéraire cette intelligente et haute sympathie qui lui valait celle des grands écrivains de son temps, il n'éprouvait pas les mêmes sentiments pour la gloire militaire. Ce grand médecin ne voyait pas, sans une émotion vive et sincère, un homme, quel qu'il fut, descendre dans la mort: sa sensibilité naturelle, que rien n'altéra jamais durant une carrière si pleine de faits, s'éveillait aussi vite au récit d'une mort arrivée au loin qu'à la vue de l'être souffrant sous ses yeux ; et un jour qu'un jeune homme retraçait avec feu. devant lui. une bataille de Napoléon, on l'entendit s'écrier dans cette belle parole :
« Faut-il donc toujours que les idées se battent et fassent égorger les populations ! »
Le peu d'étendue qui reste encore à notre plume ne nous permet pas d'analyser, comme nous l'aurions dû peut-être, les doctrines médicales et philosophiques de Broussais.
Bornons-nous donc à dire seulement que la médecine leur doit une grande partie de son développement, et que si quelques-unes sont fausses et erronées, presque toutes ont puissamment contribue à
l'élévation, à l'agrandissement et à la gloire de la science.
Nous aimons à penser que si Broussais a rencontré dans sa route une multitude d'ennemis, un grand nombre lui ont été suscités par ses opinions matérialistes, et. dans ce cas. il ne faudrait pas blâmer ces ennemis loyaux, mais les remercier d'avoir combattu ces opinions, que rien au monde, à notre avis. ne pourra jamais faire triompher.
C'est là. vraiment, un sujet de longues tristesses que de penser que des hommes qui se sont promenés la lumière du génie a la main et au front dans le monde infini de l'intelligence n'y aient rien rencontré qui leur criât la divinité de l'âme, qui leur ait dit qu'à l'âme ils devaient leur grandeur et leur génie !... Ah! croyons plutôt que devant les révélations de l'éternelle puissance qui se traduit par notre âme et en notre âme, l'orgueil humain leur fermait les yeux.
Mais tout le monde a pardonné a Brous-ais : sur la pierre d'un tombeau toute haine doit s'éteindre et toute passion mourir : on ne doit plus se souvenir que du bien fait sur la terre par l'homme qui maintetant dort dessous, et se rappeler ce vieux proverbe oriental :
« Les grands fleuves, les gros arbres, les plantes salutaires et les gens de bien ne naissent pas pour eux-mêmes, mais pour être utiles aux autres. »