‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 100 sur 198 · LES TYPES FEMININS DE BELA · texte numérisé non relu

LES TYPES FEMININS DE BELA

ici, comme vers Slivno, quelque résidu spécial d'une race très asiatique, très mogole, peut-être métissée de nègres. C'est un type kalmouk grossièrement équarri à coups de serpe, aux fortes pommettes, à la lèvre inférieure proéminente ; et la coiffure est à Tavenant : pardevant, sur le front, un rang de mèches noires, d'inégale longueur, qui semblent avoir été tailladées dans l'obscurité par un coiffeur de régiment; en arrière, quatre ou cinq petites tresses à moitié recouvertes d'un foulard et piquées d'une grosse fleur démesurée, comme un tournesol, une pivoine épanouie, ou une grappe entière de lilas. Les fiancées ajoutent encore, par làdessus, un singulier édifîce, surmonté de plumes, de roses, de tournesols, avec des cordons de couleur, des rangées de sequins pendantes dans le dos ; puis ce sont des colliers de monnaies, des bracelets, etc., toute une quincaillerie, qui leur donne absolument l'air de femmes sauvages. Mais sauvages, elles le sont, en effet, à un degré surprenant, et presque impossibles à reproduire, si ce n'est à distance ou de dos.

Dans ce village, comme dans la plupart des autres, on voit faire aux paysannes des métiers divers et souvent très pittoresques, à la façon de toutes ces besognes primitives, non encore gâtées par l'intervention barbare des machines. Ici, l'une file ou tisse; là, une autre accroupie tend la trame sur un cylindre de bois, tandis qu'une compagne tire la même trame à l'autre bout. Partout il y a de petits fours pour cuire soi-même le pain ; ailleurs, la récolte de prunes bout dans une cuve ; ou c'est l'alambic de cuivre pour la distillation de l'essence de roses ; ou encore, maintenant que le travail de la récolte est terminé, on s'organise pour cuire chacun son charbon de bois.

Que de motifs forment tableau : les chemins serpentant au milieu des enclos palissades, par-dessus lesquels on voit l'aire à battre le grain toute jaunie ;

les chambres basses d*où sort en courant quelque marmot; les vergers autour des chaumières; le toujours joli spectacle de la fontaine où, le soir, les femmes vont remplir leurs cruches et leurs seaux, avec de belles attitudes; le chemin descendant à la rivière, par lequel montent, à ma rencontre, des vaches ou des moutons, comme un Troyon; les grandes meules jaunes sur le fond boisé de la montagne qu'azuré* déjà la nuit tombante; les bébés effarés que je fais fuir; le mouvement de cette femme qui fend du bois à coups de cognée!... On voudrait pouvoir s'arrêter longtemps: mais la nuit close me chasse à l'hôtel, où nous attendent prosaïquement l'habituel bouillon de poulet, les grillades d'agneau et le givetch, ce ragoût de mouton agrémenté de légumes divers et de piments.

J'ai bien dit : à l'hôtel ; car il ne faudrait pas s'imaginer qu'en Bulgarie on soit réduit d'ordinaire, comme c'est si souvent le cas en Orient, à abuser d'une hospitalité toujours volontiers offerte. Dans la plupart de ces villages, de ces petites villes où nous passons, il existe des hôtels ou des auberges. Ceux des villes, il est vrai, sont, comme en France, à redouter pour leur saleté; mais les auberges de campagne n'exposent pas aux mêmes dangers ; on y trouve d'ordinaire une chambre nue et toute ^blanche, dans laquelle on organise soi-même son coucher. Le prix en est modeste: 40 à 50 centimes par nuit. L'hôtelier fournit le toit, les quatre murs, une table, du feu, et, si l'on veut, vend quelques provisions, cuisinées ensuite par vos hommes. Le bénéfice est moins, on le conçoit, dans le prix du logement que dans les accessoires. En général, cet homme est également épicier, banquier et barbier. Dans la salle commune, pleine de Bulgares et de Turcs, on rase l'un, tandis que l'autre mange, qu'un troisième fume, que le cafedji chauffe son café et que des femmes

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