AUX BORDS DE LA TOUNDJA
tapissées de verdure et dorées de soleil.. A la rencontre de la route et de la rivière, quelques bâtiments, où nous logeons, marquent une station thermale. Tout autour, c*est un fouillis de verdure, de saules et de peupliers, dont les fuseaux clairs s'enlèvent en lumière dans Tor du couchant, sur le fond des collines bleues. On dirait, et ce n*est pas un mince compliment, une jolie rivière de France, quelque chose d'intermédiaire entre le Loir et la Sioule d'Auvergne. Ce doit être un vrai plaisir pour les Bulgares de quitter la plaine trop ensoleillée de lamboli, Zagora ou Philippopoli pour venir ici, dans cet établissement coquet, prendre des eaux thermales, qui doivent certainement guérir beaucoup de maladies, suivre à l'ombre les bords de la rivière tranquille sous les arbres et s'éveiller le matin au chant des oiseaux.
Quand nous nous réveillons ainsi nous-mêmes, il fait un joli temps lumineux; la campagne toute verte, moissons et prés, en ce mois de mai, ondule et s'accidente, coupée de taillis qui se reboisent en chênes. Nous descendons ainsi sur la vallée des roses, que j'avais laissée toute jaune et nue à l'automne et que je retrouve transformée en un immense lit de verdure. Malheureusement, quoique nous soyons au 17 mai, les rosiers de Tvarditza, dont on m'avait annoncé l'éclosion, sont en retard cette année et ne nous montrent que quelques boutons entr'ouverts. De Tvarditza, nous regagnons alors, vers Binkos, la vallée de la Toundja. Le pays, sans être accidenté, n'a pas la monotonie de la plaine ; il est surtout d'un vert admirable, qui fait ressortir les grands troupeaux de vaches blanches, de buffles noirs, de chevaux épars le long de la rivière au milieu de ces prés. Ce soir-là, nous allons par la plaine coucher à Slivno : petite ville qui, l'an dernier, me semblait si lointaine, séparée de Paris par des difficultés telles de correspondance et où, cette fois, je me
retrouve bien tranquille, absolument chez moi. C'est extraordinaire comme, en quelques mois, la Bulgarie a changé d'aspect à mes yeux!...
Cette impression si naturelle, que Ton éprouve si aisément lorsqu'on revient pour la seconde fois dans le même pays et qui s'accentue encore lorsque, après y avoir été seul, on revient deux, tous les détails matériels la confirment. Le Balkan même, qui, sans jamais avoir été bien effrayant l'an dernier, nécessitait pourtant de longues chevauchées, des repas de rencontre et des gîtes aventureux, nous allons le traverser cette fois dans un bon landau à quatre chevaux, en couchant dans un presque confortable hôtel.
La route de Slivno à Kotel reste d'abord, pendant trois heures, en plaine, au pied du Balkan, avant d'attaquer la montée. C'est toujours la même vallée fertile et sans intérêt que nous commençons à connaître. Enfin nous tournons au nurd et traversons d'abord une première colline d'une centaine de mètres pour redescendre dans la vallée de Mokréni.
Là, c'est la halte habituelle : le déjeuner sur une terrasse ouverte au-dessus d'une autre tonnelle, où une vingtaine de paysans bulgares à bonnet brun et ceinture rouge sont attablés bien en vue, et campés de face comme pour chanter un choeur d'opéra-comique.
Après Mokréni, le Balkan commence, mais un Balkan nullement escarpé et dont, jusqu'à Kotel au moins, les pentes sont on ne peut plus douces. La grande forêt du Balkan central n'existe malheureusement pas ici, et il faut se contenter des taillis de chênes encore bas, que l'Administration forestière surveille avec un soin jaloux et qui donneront quelque jour, mais seulement un jour, de belles forêts. A 500 mètres d'altitude, plateau formant terrasse avec une large vue ; de grands oiseaux bleus s'envolent devant nous; les troupeaux de buffles s'entassent dans les prés, des buffles dont les