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CHAPITRE VII

LES DEPRESSIONS CENTRALES.

SOPHIA — PHIUPPOPOU

La voie internationale des dépressions centrales. — De Belgrade à Sophia. — L'arrivée à Sophia. — Le passé de la capitale. — Sa situation. — Ses monuments. — L'aspect de la ville. — Le mont Vitosh. — Les sources thermales autour de Sophia. — Le Kastron de Boyana. — De Sophia à Philippopoli. — La porte de Trajan. — Les tumulusde Tatar Bazardschik et le trésor d'ïzgherli. — Philippopoli. — Les roules de Gonstantinople et de Bourgas.

La région de la Bulgarie que nous abordons maintenant est la moins pittoresque du pays. Au sud de la chaîne balkanique, entre celle-ci et le Rhodope, où reparaissent les hautes cimes avec les bois, c'est l'alignement des dépressions centrales, àpeine séparées l'une de l'autre par de courtes collines ; c'est la grande voie de communication internationale qui relie Paris et Vienne avec Gonstantinople et l'Orient; et, comme tous les chemins des nations, c'est une zone déprimée, plate et monotone, sur laquelle semble encore peser l'ennui et flotter la poussière de toutes les générations en marche qui l'ont successivement foulée. C'est, par contre, pour la même raison, la région des deux capitales bulgares, Sophia et Philippopoli : les villes populeuses s'établissant volontiers en des carreCowx^ \^^-

gement ouverts de toutes parts et vers lesquels tous les produits convergent.

Quand on traverse la Bulgarie en chemin de fer de Paris à Constantinople, cette région est la seule que Ton en voie et le tableau n'est pas fait pour inspirer le désir de s'arrêter, d'aller visiter le reste. Le pays bulgare qui, aperçu ainsi en courant, donne au voyageur l'impression de vastes plaines monotones et fertiles, n'apporte aucune coquetterie pour se montrer dans ses atours et dans sa parure de forêts. Pour la culture même, celui qui se contenterait de visiter les environs de Sophia concevrait une idée fâcheuse et inexacte, car ce bassin est occupé par une population de paysans spéciale, qui, malgré son voisinage de la capitale, passe pour tout particulièrement arriérée...

Après une nuit employée à traverser les plaines indéfinies de la Hongrie, l'heure du réveil sonne, pofur les voyageurs de l'Orient-Express, au moment où Ton passe le pont de Belgrade, en face de la ville étagée sur sa colline avec ses clochers et ses tours. Puis, c'est Nisch : une caserne; un bout de rempart; quelques baraques d'usines en briques; des maisons basses blanchies à la chaux et couvertes de tuiles, étalées dans la verdure maigre; des soldats sous la tente; des officiers bottés à casquette russe; en somme, un grand village militaire au milieu d'une plaine poudreuse.

On commence alors à monter lentement vers le col peu élevé qui sépare la vallée de Nisch de celle de Sophia : d'abord des terrains rouges sans herbe, avec quelques arbres espacés sur ce rouge, qui les fait crûment ressortir; puis de petites gorges calcaires, par endroits très resserrées, où coule une rivière boueuse entre des escarpements gris tachés d'orange. Bientôt la pente s'interrompt et l'on se retrouve dans une plaine de maïs entre des montagnes calcaires

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arrondies. Pirot, qui figure sur les cartes, est aussi un village avec une grande caserne.

A Tsaribrod, on pénètre en Bulgarie ; la ligne monte encore un instant, puis descend rapidement dans une plaine absolument nue, avec un rang de grandes collines en vue qui sont les Balkans, et, à trois heures, on s'arrête en gare de Sophia.

La capitale de la Bulgarie, quand on la voit du chemin de fer à l'arrivée, n'apparaît pas non plus bien séduisante. La gare est loin de la ville, qui se montre à distance plate et basse. Il faut, pour s'y rendre, trotter un bon moment sur une large route cahoteuse à travers un faubourg à peu près aussi dépourvu d'habitations que celui qui avoisine la gare d'Athènes. Enfin l'on entre en ville : la route ne devient pas meilleure, mais les maisons se tassent, prennent l'air européen ; c'est le boulevard Marie-Louise; on croise des tramways à trolley, des bicyclettes; un pont; le mouvement de monde s'accentue; les maisons ont plusieurs étages; on trouve un quartier commerçant et animé avec une dernière mosquée encore debout. Puis, une bâtisse importante, à enduit jaune, avec un bout de jardin et une grille, représente le palais du prince; à gauche, une rue monte à la Chambre des députés en longeant un jardin public; c'est l'entrée du quartier élégant, du « West End », au bout duquel s'étale, dans la verdure, une sorte de Bois de Boulogne.

Les Bulgares tirent quelque fierté de leur capitale. Pour l'apprécier avec justice, il faut, comme un peu pour toute chose en Bulgarie, tenir compte de sa jeunesse : Sophia a beau, comme je vais le rappeler, être une des plus anciennes villes de l'empire byzantin, en tant que ville moderne, son âge ne dépasse guère vingt ans. C'est une très jeune cadette à côté de Bukarest, par exemple, et il n'est pas bien surprenant qu'en retournant de Sophia à Bukarest on éprouve

une impression analogue à celle que cause le passage de Bukarest à Pesth, puis de Pesth à Vienne, enfin de Vienne à Paris. Quand on franchit ces diverses étapes de l'Orient à TOccident, il semble un peu que Ton rentre progressivement de la campagne à la ville. Mais, précisément, l'impression d'ensemble que m*a laissée Sophia, avec ses maisons espacées entourées de jardins, sortes de gentils cottages bien aérés sur de larges avenues, est celle d'un joli faubourg campagnard près de Londres, ou d'une ville coloniale anglaise.

Cette impression tient à la façon dont la ville moderne s'est trouvée bâtie tout à neuf par rectangles, d'abord encadrés de rues toutes droites et d'équerre, avant même de posséder des maisons, comme les cités nouvelles d'Australie, d'Amérique ou d'Afrique australe. 11 y avait pourtant jadis une vieille ville à Sophia, avec des quartiers à la turque aux maisons de bois compliquées, aux ruelles étroites; mais un ministre à poigne (on en voit parfois en Bulgarie) ordonna de jeter bas tout cela et, pour vaincre d'un coup les résistances en s'attaquant à la plus grave, il commença par une très vieille et très vénérée église, que le peuple avait en parfôculière dévotion. Les femmes, à cette nouvelle, s'assemblèrent, face aux démolisseurs, en une révolte tumultueuse ; mais le procédé du maréchal Lobau en eut raison et, l'église une fois abattue, tout le reste alla sans peine. C'est ainsi qu'une ville de vingt siècles paraît aussi neuve qu'une Johannesburg ou une Kalgoorlie. Bien peu de débris du passé ont été épargnés et ceux-là mêmes que l'on voit encore n'ont pas subsisté sans quelques protestations de ce peuple très jeune et partant trop moderne. Maintenant, les habitations étant bâties, la ville se paye peu à peu des monuments; après le parlement, le palais du prince et la poste, c'est un théâtre (inauguré au début

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