SOPHIA
Telle est la vieille place de guerre qui fut, en 1878, choisie pour capitale de la nouvelle principauté. Quand on regarde sa position sur la carte, elle paraît d* abord singulièrement excentrique et correspond mal à Tidée que Ton peut se faire d'une capitale, considérée comme le centre de gravité d'un pays. Parmi les autres villes historiques de Bulgarie, Tirnovo au nord du Balkan et Philippopoli au sud, occupaient assurément une position plus centrale, et cette dernière ville avec le môme avantage d*ôtre située sur la grande route européenne, également intercalée entre Paris, Vienne et Constantinople. Philippopoli, dont je dirai un mot tout à rheure, a été, en effet, un très important foyer de civilisation hellénique et, si la voie de communication nord-sud de Roumanie en Grèce y est moins indiquée qu*à Sophia, il n'eut pas été difficile de relier Philippopoli à Tirnovo et Routschouk au nord par un des nombreux cols, entre lesquels on a hésité pour la future ligne transbalkanique et de descendre, d'autre part» sur la mer Egée à Kavala. En choisissant une capitale située tout au bout du pays, et à une soixantaine de kilomètres de la frontière, ou a évidemment regardé dans l'avenir encore plus que dans le présent. Complétez la Bulgarie par la Macédoine et Sophia se trouve en communication facile avec Sérès, avec Salonique, comme avec Kavala. Faites surtout abstraction de toutes les divisions politiques actuelles, englobez toute la péninsule en des États-Unis balkaniques et voyez comme la situation de Sophia se retrouve au centre du pays, au nœud de toutes ses voies de communication.
La ville de Sophia, dont le développement depuis vingt ans a été très rapide, n'offre pas à l'étranger un grand intérêt. Quelques monuments valent cependant une visite.
Un des restes anciens est une mosquée à plusieurs
coupoles, la Bôjûk Djami, dont on a fait le Musée national, avec des restes antiques, des tableaux d'artistes bulgares et de curieuses collections de costumes, d'objets populaires, etc.
Une autre petite église byzantine, convertie en mosquée par les Turcs, puis restaurée (un peu, je crois, par l'initiative du prince Ferdinand), est décÛée à la Sagesse divine, l'Haghia Sophia, dont la ville même a, depuis le xvi« siècle, pris le nom.
On montre également les travaux de l'immense cathédrale élevée par souscription nationale et qui doit occuper dans la ville une place prédominante, la Sweti Alexander Newski, commencée en 1896, pour laquelle on a recueilli 25 millions. Nous avons déjà aperçu en passant le palais princier, bâti dans un style officiel assez incolore, que l'on peut, si on le veut, qualifier de Renaissance : un grand bâtiment long à toits mansardés avec un pavillon central à toit plus haut, devant lequel s'avance une terrasse. Puis vient le bâtiment du Sobranié, c'est-à-dire la Chambre des députés, en face de laquelle se dresse le grand monument équestre du tzar libérateur, par A. Zocchi. Enfin, autour du jardin municipal situé devant le palais, on bâtit aujourd'hui des ministères.
Les principales habitations qui entourent ces monuments ont, pour la plupart, l'aspect ordinaire à Pesth ou à Vienne : des architectures composites à façades ornementées et imitant la sculpture en ciment moulé, avec des enduits peints, parfois décorés d'arabesques obtenues à l'italienne au moyen de patrons ajourés. Ce procédé permet de bâtir vite, ainsi qu'il est utile de le faire dans une ville au développement aussi actif. Les soubassements seuls sont en pierre; audessus on élève des murs en briques, sur lesquels on applique cet enduit, qui simule la pierre de taille, et même la pierre la plus prodiguement ornementée.