LE RHODOPE ET LA MACEDOINE
Le rôle de la Macédoine dans les ambitions bulgares. — Pernik et ses mines de charbon. — Uskub, Istip et la route de Salonique. — La vieille Macédoine bulgare. — La Bulgarie du xi* siècle et les campagnes de Basile IL — Marko Kraliévitch. — Monastir. — Vodéna. — Le pays des lacs et ses caractères géologiques. — La vieille capitale d'Acbrida. — Le massif du Rilo et ses couvents. — Les costumes du Rhodope. — Les côtes grecques de la Macédoine. — Pella. — Salonique et ses monuments. — Les rivalités dans TAthos. — Les mines du Pangée. — La bat^le de Philippes. — Kavala et le commerce des tabacs.
La Macédoine bulgare.
QUAND on dépasse, vers le sud, la zone des dépressions centrales et la voie ferrée de Paris à Constantinople qui la suit, on arrive bientôt aux limites actuelles de la Bulgarie. Cette voie internationale suit la frontière à 30 ou 40 kilomètres de distance, parfois à 20 seulement, comme pourrait le faire une voie stratégique destinée à jeter rapidement des troupes sur toute la longueur. Au Sud-Ouest seulement, derrière Sophia, la Bulgarie pénètre dans le pays turc pour englober les régions de Pernik et de Kôstendil, où elle tient les sources du Strouma et rentrée des chemins qui descendent : d'un côté vers
Sérès, de Tautre vers Uskub et Salonique et pour prendre aussi le massif du Rilo avec les cimes du Rhodope. Mais si, dans le sens du Sud, la Bulgarie est étroite, par là s'étendent, pour Tavenir, < les grands espoirs et les vastes pensées » ; par là s'ouvre, au delà des bornes placées en 1878 par les diplomates, cette Macédoine, vers laquelle tend de toutes ses forces l'action bulgare et qui intéresse les Bulgares pardessus tout. Je n'ai pas visité ce côté sud de la Bulgarie; et, de la Macédoine, je ne connais, pour l'avoir abordée dans un autre voyage, que la partie tout à fait grecque de la côte vers Kavala ou Salonique. Cependant, quoique en principe ce livre soit exclusivement restreint à des impressions personnelles, le côté macédonien de la Bulgarie tient une trop grande place dans les préoccupations du pays pour qu'il ne faille pas en dire au moins quelques mots.
La voie de pénétration naturelle de Sophia vers la mer Egée, ou même vers l'Adriatique, est la ligne déprimée qui, par un léger col au pied nord du Vitosh, fait passer, dès Pernik, dans le bassin du Strouma (Strymon), puis se continue sur Kôstendil, où, un jour ou l'autre, se fera l'embranchement des lignes de Sérès et d'Uskub : cette dernière menant à Salonique, à Scutari d'Albanie, à Durazzo et à Janina d'Epire.
Pernik, qui eut son Kastron bien fortifié au temps du moyen âge bulgare et qui repoussa alors avec succès les assauts de l'empereur Basile (1005), est situé à l'entrée d'un défilé, où le Strouma s'engage entre deux collines nues. Cette petite ville d'autrefois a retrouvé son heure dans l'histoire bulgare contemporaine, car c'est de ce point qu'est partie la conspira^ tion militaire destinée à renverser le prince de Battenberg ; mais c'est surtout comme centre de l'in* dustrie houillère en Bulgarie qu'elle est aujourd'hui