‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 112 sur 198 · Voir plus loin, page · texte numérisé non relu

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Romains), où passent chaque jour les express à wagons-lits allant d'Europe à Salonique et où bifurque, en outre, l'embranchement de Mitrovitza, tend rapidement à s'européaniser. C'est une ville de 30000 habitants, dont un bon tiers de Bulgares, Serbes, Albanais catholiques (ayant ici leur archevêque) et Grecs, avec des hôtels autrichiens et bulgares. Jadis, après avoir été une capitale romaine et une ville bulgare, ce fut la capitale serbe du grand empire du roi Douchan au xiv© siècle. On est ici à la limite des zones d'influence serbe et bulgare.

Un peu au sud, le chemin de fer laisse de côté la vieille Istip (Stipion), construite en amphithéâtre dans sa cuve de terrains tertiaires entourée de montagnes cristallines, avec une butte granitique que couronne un château fort, et point de départ d'une route classique qui, par la Stroumitza, descend à Sérès. Il traverse enfin la Porte-de-Fer (Démir Kapou) de Macédoine et aboutit à Salonique. Un massif de roches cristallines, un vieux noyau de la croûte terrestre, qui dépasse 2 500 mètres, sépare au Sud la vallée du Vardar, par laquelle Uskub communique avec Salonique, du bassin de Monastir et de Prilep; mais, au nord, ce bassin se vide dans le Vardar, par la vallée de la Tcherna, qui a son confluent en face d'Istip. La montagne est restée farouche; la plaine, plus fréquentée, s'adoucit. On va maintenant sans peine à la rude Monastir, ou Bitolia (autrefois Hérakleia), la grande ville de 60000 âmes aux foires célèbres, le vieux centre de fanatisme, jadis aussi inaccessible que pittoresque, où aboutit, depuis une dizaine d'années, une ligne en cul de sac, montant de Salonique par la vieille capitale bulgare de Vodéna et les bords du lac d'Ostrovo.

Monastir, si l'on était dans un autre pays que la Turquie, deviendrait vite un centre de touristes, le point de départ de belles excursions vers les cimes de

la Néredska Pianina, vers le pays des lacs, et vers TAlbanie. Mais, à part quelques grandes routes, sur lesquelles circulent rarement des Européens, tout ce pays montagneux, qui comprend les régions limitrophes de la Macédoine et de l'Albanie, est d'un accès diflicile et il est à craindre qu'on le voie seulement s'ouvrir, comme tant d'autres, le jour où le pittoresque des vieilles mœurs, des villages orientaux, des antiques châteaux sur les cimes et même des forêts, en aura disparu.

Sans parler ici de l'Albanie qui nous entraînerait en dehors de notre sujet, ce doit être actuellement un coin bien curieux que cette vieille Macédoine bulgare du moyen âge, ce dernier retranchement de la défense bulgare au xie siècle, de nouveau complètement bulgarisé aujourd'hui, qui comprend les antiques capitales d'Achrida, Prilep, Monastir et Vodéna, aux châteaux-forts en ruines, jadis défendus par les tzars bulgares contre les basileis byzantins. Là surtout, la propagande bulgare et russe a été active depuis une quarantaine d'années. Auparavant, tous les chrétiens y étaient devenus grecs, jusqu'à ceux dont le nom de Voulgaris ou de Bulgarides était une preuve suffisante d'origine slave. On leur a rappelé (au besoin par les moyens les plus persuasifs) qu'ils étaient Bulgares, que leur centre était Sophia et non Athènes; on a reconstitué l'église bulgare orthodoxe, l'école bulgare, au lieu des églises et des écoles grecques et, aujourd'hui, ce pays est mûr, quand l'heure du démembrement sonnera, pour se rattacher à la Bulgarie.

A l'est, s'étend d'abord la grande plaine fertile, la plaine d'alluvions de Monastir, l'antique Hérakleia, avec ses prés aux gras troupeaux et ses riches moissons dans un cercle de montagnes aux roches archéennes. Au nord, la ville très bulgare de Prilep (autrefois PrilapoD) montre, dans la plaine, au pied de montagnes

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