LE RILO
aux horizons marins d*Euxinograd que nous avons précédemment visités.
Le principal couvent du Rilo est celui que fonda au x» siècle le saint bulgare Jean Rilski et qui, trop restauré, d'aspect trop neuf, bâti en pierres trop propres, dresse l'imposant massif de ses constructions à quatre ou cinq étages, au pied de côtes boisées sur lesquelles se détachent les fuseaux de quelques cyprès. L'aspect général a quelque chose de fortifié comme les couvents de Palestine. De grands murs nus, formant soutènement et rachetant les différences de niveau, se prolongent par les murailles des constructions, aux fenêtres rectangulaires; des avant-corps étroits font saillie, comme des contreforts ou des bastions; on aperçoit, par-dessus, des dômes [et des clochers à croix dorée, des loggias à arcades.
Au voisinage est un joli lac d'aspect pyrénéen, bordé d'un côté par de hauts rochers nus aux cassures luisantes, de l'autre par une côte de sapins, que l'on appelle le Lac sec.
Quand on va plus à l'est, vers le Mous Alla., c'est également aux Pyrénées que l'on pense, à quelque Lac d'Oo, à quelque Lac Vert des environs de Bagnères-de- Luchon, en voyant ces pointes dentelées de granit aux rainures blanches de neiges, ces escarpements qu'une pente d'éboulis sépare d'un petit lac aux eaux sombres. Là est le paysage le plus fameux de toute la Bulgarie, un paysage dont le chaud soleil fait valoir les notes vives, les granits bruns et roux complètement dénudés sous le ciel bleu, et le lac très vert. C'est dans ce lac que la Maritza prend sa source pour descendre vers Philippopoli et Andrinople et aller finir dans la mer Egée.
Enfin, dans un tout autre coin du Rhodope, au sud de Philippopoli, sur des roches moins farouches et à de moindres altitudes, on retrouve encore des couN^i^X.'e»^
tels que le vieux monastère de Batchhovo, dont la forme est un peu celle du gril cher à Philippe II, mais d'un gril à un seul barreau : autrement dit, un rectangle de bâtiments coupé en deux par un bâtiment transversal, avec des chapelles dans les deux cours. Use trouve sur l'élargissement d'une vallée déjà haute, adossé à la montagne nue, où les strates de calcaires cristallins dessinent leurs bandes blanches, et la disposition originale de ses constructions aux toits de tuiles, qu'accompagne la verdure toujours chère aux moines, se compose bien sur ce large fond de paysage.
Dans le Rhodope également, on a plaisir à rencontrer de beaux costumes de femme, tels que celui de Tchépilaré, sur la frontière turque, avec le voile blanc sur une étoffe rouge, la veste et la jupe noires brodées et soutachées d'or, le corsage et le tablier de laine rouge, les colliers à sequins d'or et les bracelets. De Kôstendil, également à la frontière turque, au delà de Pernik, viennent ces femmes, dont la jupe rouge en fourreau, le corsage brodé et échancré, les tresses pendantes, attirent aussitôt l'attention quand on les rencontre dans les rues de Sophia. Et c'est encore vers la Macédoine que les femmes revêtent ces costumes de laine blanche à broderie rouge, avec toute une complication de soutaches rouges sur la poitrine et le dessus des manches, les effilés rouges au bout du voile blanc et le tablier rouge à raies enchevêtrées. Ce pays frontière et montagneux est tout naturellement celui où le rouleau égaliseur des modes européennes a le moins fait son œuvre fâcheuse et où se conservent les mœurs les plus originales. Là, se recrutent une partie des soldats irréguliers qui, passant la frontière, vont faire le coup de fusil avec les bandes bulgares contre les bandes grecques et les zaptiés turcs en Macédoine.
Tout le versant turc du Rhodope, désolé depuis