‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 117 sur 198 · LE VERSANT TURC DU RHODOPE · texte numérisé non relu

LE VERSANT TURC DU RHODOPE

quelques années par ces luttes de bandes, est, de toutes façons, fort sauvage. Là se trouvent encore, dans Touest, les restes de quelques vieilles forteresses du moyen âge bulgare, telles que la petite place de Melnik, vers la haute vallée du Strouma dans le farouche canton du Zagorie, sur un roc isolé entouré de précipices, où Basile II, en 1014, après sa victoire de Cimbalongou, vint poursuivre les Bulgares vaincus. Mais, dès que Ton approche de la côte, on rentre dans la Macédoine grecque, qui, depuis Philippe et Alexandre jusqu'aux empereurs byzantins et aux Hellènes actuels, n'a jamais été réellement slavisée. La mer Egée, ses îles et ses rivages sont l'incontestable empire de l'hellénisme, que la politique seule, avec ses conventions, ses marchandages ou ses coups de force, peut tendre à leur disputer. Commerçants et marins, les Hellènes, qui ailleurs faiblissent, reconquièrent toute leur supériorité quand ils reprennent contact avec la mer et avec ses chemins d'échange. Aux Bulgares, les grandes plaines fécondes qu'ils ont labourées patiemment depuis des siècles, et les montagnes rudes, sur lesquelles s'est assise il y a mille ans leur forte domination; mais, aux Grecs, la mer bleue semée d'îles et sillonnée de voiles, les villes riantes où l'esprit pétille dans la lumière et la gaieté légère de ces rochers marmoréens qui émergent des flots, avec la beauté tranquille ou majestueuse des dieux, jadis enfantés par leurs flancs.

C'est au voisinage de cette côte que sont les antiques capitales grecques et une promenade rapide sur ce rivage nous donnera l'occasion de revoir un peu de ces restes antiques qui prêtent une âme plus vivante au paysage, et dont l'absence laisse à la longue bien mornes les paysages de Bulgarie.

Les côtes grecques de la Macédoine.

PeHa, capitale glorieuse d'Alexandre, n'est guère, pour le moment, qu'un souvenir sur le bord du Jénidzé Gôl, à l'ouest du Vardar et de Salonique. Elle est assez loin dans l'intérieur; mais, sur la côte même, grandit chaque jour, au fond de son golfe, Therma ou Thessalonique (Salonique), la riche cité byzantine et la populeuse ville moderne, si admirablement située et par laquelle passerait si naturellement, si directement, une route de l'Egypte et des Indes le jour où le pays serait européanisé.

Salonique^ est surtout une ville juive plus encore qu'une ville grecque. Sur ses 120000 habitants, plus de la moitié sont des juifs espagnols, Sefardim ou Spaniols, arrivés au xv« siècle d'Espagne et gardant leur vieux costume très original. Les Grecs, qui sont une quinzaine de mille, occupent le reste de l'activité commerciale. Les musulmans apportent le pittoresque de leurs costumes et de leurs mosquées. Quant aux relation» avec la Bulgarie, elles se sont surtout accusées jusqu'ici par les attentats et les troubles demeurés fameux de 1903. C'est un des points où les ambitions bulgare et grecque se trouvent le plus directement en conflits, d'autant plus violents que la proie est plus belle à prendre : Salonique étant, après Constantinople, le principal port de toute la côte.

Vue de la mer, Salonique apparaît comme un grand triangle de maisons en amphithéâtre sur une colline jaune dénudée, à côté d'une large plaine. A l'intérieur, les incendies et les tremblements de terre ont permis

1. J'ai décrit autrefois la côte de Macédoine, Salonique, Eavala, Philippes, le Mont-Athos, avec les îles de l'Archipel, Thasos, Mytilène, Lemnos, etc., dans mes Grecs de Turquie (Cornély, 1897).

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