SALONIQUE
de moderniser la ville en grande partie ; mais il subsiste des vieux quartiers d'une belle couleur orientale et, dans la vieille ville haute, où se dressent des murailles flanquées de tours, nombreux sont les restes byzantins, les débris antiques, les églises transformées en mosquées.
C'est là que Ton peut voir la basilique de Saint- Démétrios, du vi« siècle, avec ses deux colonnades superposées sur les côtés, son pavage en mosaïque de trois tons et, dans une crypte, le tombeau du saint mégalomartyr Démétrios, qui partage avec saint Georges le culte des orthodoxes. Là aussi saint Georges a une église ronde du iv^ siècle, à la coupole décorée de mosaïques trop réparées, avec huit niches latérales. Puis, c'est Sainte-Sophie, bâtie d'après la tradition par le même architecte Anthémios que la Sainte-Sophie de Constantinople et sur le même plan ; Haghia Paraskévi, autre basilique à trois nefs du v« siècle ; enfin l'église des Apôtres en forme de croix grecque du xi® siècle, une des mieux conservées parmi les églises byzantines, avec ses jolies coupoles hexagonales, aux colonnettes de briques sur les six angles, reliées par des arceaux. Dans une rue, se dressent les deux piliers à basreliefs sculptés, restes de l'Arc de triomphe de Galerius. La richesse en antiquités de Thessalonique apparaît à chaque pas que l'on fait dans la ville, par les bouts d'inscriptions, les fragments de sculptures que l'on aperçoit dans le pavage des monuments, dans les murs. Et nous en avons au Louvre une autre preuve dans la belle façade rapportée par la mission Miller. Enfin les restes pittoresques de l'occupation vénitienne se superposent encore, dans cette curieuse ville, à ceux de l'antiquité grecque ou romaine et de Bysance et complètent, avec les costumes juifs ou orientaux, le tableau très intéressant qu'elle offre au visiteur. Toute la ville est dominée par \a. \\ft\\\^ càX.^Ôl^\^
vénitienne aux remparts crénelés flanqués de tours carrées, qui remplace une acropole antique et dont les Turcs, à leur tour, ont fait plus tard une prison.
Après Salonique, nous pouvons couper la presqu'île de Ghalcidique et son trident montagneux par la dépression semée de lacs, où se trouvaient jadis les villes de Lété et d'Apollonia. La montagne sainte de VAthos, qui s'éloigne déjà trop de la Bulgarie pour être étudiée ici, est cependant un des points où la compétition ardente des Slaves (Russes ou Bulgares) et des Grecs a pris, dans ces dernières années, le plus de vivacité. Hellène était jadis tout entière la montagne sainte ; mais, après la guerre de l'indépendance grecque, à laquelle les moines armés avaient pris part, la Russie dut intervenir pour les protéger ; peu à peu, sous ce prétexte, elle a envoyé, parmi eux, d'autres moines orthodoxes, qui ont réclamé leur part dans le pays et qui, bien argentés par des subsides plus ou moins officiels, ont construit alors cet immense couvent appelé le Russiko ou Saint-Pantéléïmon, en outre des anciens couvents bulgare et serbe et des 17 couvents grecs. A en croire les moines grecs, peut-être animés par la jalousie, ce Russiko ne loge pas des moines, mais des soldats, dont le nombre dépasserait 3000; ce serait un retranchement tout préparé pour une invasion future. Soldats peut-être pas ; mais il est certain que, là comme dans toute la Macédoine et même dans la Thrace, les Russes et les Bulgares (qui, dans ce cas, travaillent ensemble), ont fait, depuis quarante ans, des efforts énormes et souvent couronnés de succès pour grouper, en une formule religieuse par des églises et des communautés, puis en une nation par les écoles et par la résurrection de la langue slave oubliée, d'anciens frères de race, devenus, depuis bien des générations, des Hellènes.
Après la Ghalcidique et le golfe d'Orphani, on trouve,
Li:S MINES D'OR DU PANGIŒ.
au voisinage de la côte, le massif du Pangèc, derrière lequel sont, dans la plaine fertile couverte de moissons et de plants de tabac, les deux importantes villes de Sérès et de Drama. Le Pangée (Bounar Dagh), c'est l'antiaue pays des mines d'or macédoniennes, où l'on
KOTKL EST U.NK VIKILI.R VILI.K HI9Tt)RiyUI<: I)K« BALKANS (page 261).
a retrouvé récemment quelques filons. Quatre cents ans avant Jésus-Christ, Hérodote nous parle déjà de ces mines d'or et d'argent, dont l'une produisit à Alexandre un talent d'argent par jour et, près de cinq cents ans plus tard, au premier siècle après notre ère, Strabon nous signale plus précisément, pour leur richesse, les mines de Daton sur le golfe Strymonique (golfe d'Orphani), de Philippes et de toute la contrée jusqu'à la Péonie qui, dit-il, ont fait jadis» ioxx^Çi \^
fortune de Cadmus. Si Ton ajoute les mines de Thasos également citées par les Anciens et dont je crois avoir autrefois retrouvé l'emplacement, on voit qu'il y avait, dans ce coin de pays, toute une petite Californie antique.
Sur le flanc est de ce mont Pangée était jadis un lac, aujourd'hui remplacé par une grande plaine d'alluvions un peu marécageuse et au bord duquel se dressa l'antique ville de Crénide ou Philippes, dont il reste encore des ruines importantes. C'est peut-être sur ce lac que se trouvaient, au temps d'Hérodote, les anciennes cités lacustres du mont Pangée, décrites par le vieil auteur : « Au milieu de l'eau, dit-il, sont les cabanes bâties sur de longs pilotis et reliées à la terre par d'étroites planches. Dans chacune de ces cabanes, on laisse une trappe ouverte au milieu des planches, donnant directement sur le lac et, pour éviter que les enfants n'y tombent, on leur attache le pied avec des liens de jonc. Quand on veut du poisson, il suffit de descendre par cette trappe une corbeille au bout d'un câble; on la remonte bientôt pleine; et ce poisson sert même à nourrir les chevaux et les bêtes. »
Cet emplacement de Philippes est doublement célèbre par la grande ville qu'y fonda Philippe de Macédoine et par la bataille où Brutus et Cassius, en l'an 42, se heurtèrent aux triumvirs. Là passait, en effet, l'antique voie Égnatienne de l'Adriatique à l'Hellespont, que nous avons déjà rencontrée à diverses reprises de Durazzo à Monastir par le lac d'Ochrida, puis d'Ochrida à Salonique ; et, sur cette grande route directe, presque entièrement terrestre, de Rome en Asie, aujourd'hui perdue au milieu de tant de pays oubliés ou sauvages, alors incessamment suivie par tout ce que Rome envoyait de fonctionnaires, de soldats ou de commerçants à ses provinces asiatiques, ce fut ce jour-là l'Occident qui se heurta contre l'Orient.